Jean Echenoz a raconté les dix dernières années de la vie de Ravel, dans un ouvrage éponyme. On ne peut pas parler de biographie au sens classique du terme. Plutôt d'un portrait, constitué de petites touches délicates. Où le non-dit parle autant que le narré, comme en musique les silences font partie intégrante de la composition.
Echenoz dépeint un homme portant l'attention la plus extrême à son élégance, qui n'hésitait pas à lancer une mode, plutôt qu'à la suivre. De même qu'en musique, Ravel avait également son style. Il faisait du Ravel. Individu extrême, extrêmement conscient de sa popularité, et vivant fort mal les inimitiés et critiques, nombreuses, inhérentes à son caractère.
Un homme entouré de femmes et à la fois solitaire. Qui passa toute sa vie à la recherche du sommeil.
Toutes ces petites touches forment un tableau émouvant, fin, qui prend toute sa précision dès que le lecteur prend du recul, à la manière d'une toile impressionniste.
Ah, j'oubliais, il a écrit le Boléro. Visiblement, il n'a pas fait exprès.
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dimanche 10 mai 2020
lundi 25 août 2014
Dumas Père Père
Alex Dumas était le fils métis d'une esclave de Saint Domingue et d'un noble désargenté. En France, il eut le titre de Comte et fit partie du Régiment des Dragons de la Reine. Il avait la carrure appropriée pour faire taire toute allusion à sa couleur de peau. Il avait la carrure d'un grand soldat, d'un meneur d'hommes qui, à force de coups d'éclat, et porté par ses idéaux républicains, deviendra général d'armée sous la Révolution.
Sa foi en la Révolution le conduira à se brouiller avec Bonaparte, dont il refusa le culte, ce qui mettra un point définitif à sa fulgurante carrière militaire.
La biographie de Tom Reiss, Dumas, le Comte Noir, a reçu le Prix Pulitzer 2013. Rigoureusement documentée, sa lecture est passionnante. Outre l'éclairage qu'elle fournit sur ce grand homme, elle est riche en éléments sur la position juridique de la France dans l'interdiction de l'esclavage, bien antérieure à celle des Etats-Unis. Le travail de Reiss est également éclairant sur l'influence dans l'oeuvre littéraire de Dumas du souvenir de son père.
Une lecture aussi passionnante qu'agréable.
Sa foi en la Révolution le conduira à se brouiller avec Bonaparte, dont il refusa le culte, ce qui mettra un point définitif à sa fulgurante carrière militaire.
La biographie de Tom Reiss, Dumas, le Comte Noir, a reçu le Prix Pulitzer 2013. Rigoureusement documentée, sa lecture est passionnante. Outre l'éclairage qu'elle fournit sur ce grand homme, elle est riche en éléments sur la position juridique de la France dans l'interdiction de l'esclavage, bien antérieure à celle des Etats-Unis. Le travail de Reiss est également éclairant sur l'influence dans l'oeuvre littéraire de Dumas du souvenir de son père.
Une lecture aussi passionnante qu'agréable.
vendredi 22 août 2014
Hibernatus
Comme on peut se tromper, parfois. En choisissant le Rabbin Congelé, de Steve Stern, j'avais envie de m'amuser. Hi hi, un grand sage, congelé accidentellement en 1899 dans un lac proche d'un petit shtetl et qui se réveille dans l'Amérique contemporaine, ça ne peut être que drôle. Choc des cultures, apport de la sagesse ancienne à une société si matérialiste, ça ne peut être que drôle.
Mais non. Le roman suit alternativement le parcours du bloc de glace, durant un siècle, de la Vieille Europe au Nouveau Monde, et l'apprentissage du jeune adolescent, Bernie, qui sera à l'origine de la décongélation accidentelle du rabbin. Le récit invite à suivre une fresque familiale, ses romances et ses tragédies, à travers le XXe siècle. Parallèlement, il dénonce le matérialisme abrutissant, le consumérisme tout puissant dans lequel le vieux rabbin se jette à corps perdu. "Vous voulez de la sagesse et du bonheur, je vais vous en vendre". De ce point de vue, l'auteur dénonce violemment les dérives mercantiles du fait religieux.
Bernie, lui, va découvrir ses origines, le parcours de ses ancêtres, que son père ne lui avait jamais transmis. Et en se souvenant, il va se découvrir à lui-même.
Il y avait un grand rabbin, qui, lorsque son peuple était menacé, partait dans la forêt, dans une clairière donnée. Il y allumait un feu et faisait une prière particulière. Et un miracle se produisait.
Son fils à son tour fit de même, mais il ne savait plus allumer le feu sacré. Mais le miracle encore se produisait.
Son propre fils se rendait également dans la clairière. Mais lui ne connaissait même plus la prière. Pourtant, il demandait un miracle, et celui-ci se produisait.
La génération suivante ne savait même plus où se trouvait la clairière. Mais ils se racontaient entre eux cette histoire, et le miracle se produisait.
Mais non. Le roman suit alternativement le parcours du bloc de glace, durant un siècle, de la Vieille Europe au Nouveau Monde, et l'apprentissage du jeune adolescent, Bernie, qui sera à l'origine de la décongélation accidentelle du rabbin. Le récit invite à suivre une fresque familiale, ses romances et ses tragédies, à travers le XXe siècle. Parallèlement, il dénonce le matérialisme abrutissant, le consumérisme tout puissant dans lequel le vieux rabbin se jette à corps perdu. "Vous voulez de la sagesse et du bonheur, je vais vous en vendre". De ce point de vue, l'auteur dénonce violemment les dérives mercantiles du fait religieux.
Bernie, lui, va découvrir ses origines, le parcours de ses ancêtres, que son père ne lui avait jamais transmis. Et en se souvenant, il va se découvrir à lui-même.
Il y avait un grand rabbin, qui, lorsque son peuple était menacé, partait dans la forêt, dans une clairière donnée. Il y allumait un feu et faisait une prière particulière. Et un miracle se produisait.
Son fils à son tour fit de même, mais il ne savait plus allumer le feu sacré. Mais le miracle encore se produisait.
Son propre fils se rendait également dans la clairière. Mais lui ne connaissait même plus la prière. Pourtant, il demandait un miracle, et celui-ci se produisait.
La génération suivante ne savait même plus où se trouvait la clairière. Mais ils se racontaient entre eux cette histoire, et le miracle se produisait.
Libellés :
* Conte philosophique,
* Historique,
Stern (Steve)
lundi 22 août 2011
Istanbul Constantinople
Comme elle est belle, l'idée de ce roman. Retracer la venue de Michel-Ange, en froid avec un pape trop près de ses deniers, à Constantinople, chez le Grand Turc. En 1506, Bayezid II le Juste a décidé de relier par un pont enjambant le Bosphore les deux rives de sa capitale. Non satisfait par les plans que lui a proposé Léonard de Vinci, il fait mander Michel Ange.
Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, de Mathias Enard, narre le séjour de ce peintre et sculpteur de génie, tiraillé entre son orgueil d'artiste, ses peurs d'excommunication, et son attirance pour une belle danseuse andalouse.
Qu'il est dommage que le ton languide du récit ne soit pas à la hauteur de la beauté de l'histoire.
Extrait p 128, Editions Actes Sud : (un monologue de la danseuse)
Tu sens que la fin approche, que c'est la dernière nuit. Tu auras eu la possibilité de tendre la main vers moi, je me serai offerte en vain. C'est ainsi. Ce n'est pas moi que tu désires. Je ne suis que le reflet de ton ami poète, celui qui se sacrifie pour ton bonheur. Je n'existe pas. Tu le découvres peut-être maintenant ; tu en souffriras plus tard, sans doute ; tu oublieras ; tu auras beau couvrir les murs de nos visages, nos traits s'effaceront peu à peu. Les ponts sont de belles choses, pourvu qu'ils durent ; tout est périssable. Tu es capable de tendre une passerelle de pierre, mais tu ne sais pas te laisser aller aux bras qui t'attendent.
Le roman est découpé en petits chapitres d'une ou deux pages, et ne va pas sans donner l'impression que chaque mot accouché fut une épreuve. Heureusement l'ensemble est court et l'aspect plaisant de l'histoire compense amplement l'épuisement du style.
Parle leur de batailles, de rois et d'éléphants, de Mathias Enard, narre le séjour de ce peintre et sculpteur de génie, tiraillé entre son orgueil d'artiste, ses peurs d'excommunication, et son attirance pour une belle danseuse andalouse.
Qu'il est dommage que le ton languide du récit ne soit pas à la hauteur de la beauté de l'histoire.
Extrait p 128, Editions Actes Sud : (un monologue de la danseuse)
Tu sens que la fin approche, que c'est la dernière nuit. Tu auras eu la possibilité de tendre la main vers moi, je me serai offerte en vain. C'est ainsi. Ce n'est pas moi que tu désires. Je ne suis que le reflet de ton ami poète, celui qui se sacrifie pour ton bonheur. Je n'existe pas. Tu le découvres peut-être maintenant ; tu en souffriras plus tard, sans doute ; tu oublieras ; tu auras beau couvrir les murs de nos visages, nos traits s'effaceront peu à peu. Les ponts sont de belles choses, pourvu qu'ils durent ; tout est périssable. Tu es capable de tendre une passerelle de pierre, mais tu ne sais pas te laisser aller aux bras qui t'attendent.
Le roman est découpé en petits chapitres d'une ou deux pages, et ne va pas sans donner l'impression que chaque mot accouché fut une épreuve. Heureusement l'ensemble est court et l'aspect plaisant de l'histoire compense amplement l'épuisement du style.
vendredi 10 juin 2011
Tirons un trait
J'avais tant apprécié la façon dont Michel Pastoureau avait expliqué la place des animaux dans l'histoire au moyen d'une cinquantaine de tableaux, que je ne pouvais m'arrêter là dans la découverte de ce grand historien.
Je me suis jeté, avec impatience mais circonspection, sur "L'Etoffe du Diable, une histoire des rayures et des tissus rayés". Oui, dit comme ça, cela paraît curieux.
Et comme de juste, ce fut passionnant. Prenant appui sur des références bibliques et moyen-âgeuses, Pastoureau va disséquer les signification du rayé et leurs évolutions, tant dans les habits que sur les blasons, meubles ou drapeaux... L'impact de la Révolution, du développement des vacances à la mer, le rôle de la bande-dessinée...
C'est rigoureux, précis, incisif et passionnant.
Extrait p19 Edition Points, sur le manteau des Carmes :
[Le manteau] est rayé, soit blanc et brun, soit, plus rarement, blanc et noir. De bonne heure est apparue une légende expliquant l'origine biblique et célestielle de ce manteau à rayures. Il s'agirait d'une copie du manteau du prophète Elie, fondateur mythique du Carmel : enlevé au ciel sur un char de feu, il aurait jeté à son disciple Elisée son grand manteau blanc, lequel aurait gardé, sous forme de rayures brunes, les traces roussies de son passage au travers des flammes. Jolie légende des origines, mettant en scène une des figures bibliques qui ont le plus fasciné les hommes du Moyen Age : Elie, héros messianique, est un des rares personnages de l'Ecriture qui ne meurent pas. Elle souligne en outre la valeur symbolique de l'investiture par le manteau : pour la culture médiévale, tout manteau est support de signes et toute remise de manteau est liée à un rite de passage, à l'entrée dans un état nouveau.
[...]
Ce qui compte, c'est que ce manteau soit rayé, c'est à dire qu'il ne soit pas uni, qu'il ne ressemble pas à celui des autres ordres -mendiants, monastiques ou militaires -, en un mot qu'il fasse écart. De fait, il fait un écart tellement fort qu'il débouche, malgré lui, sur la transgression.
Dès leur arrivée à Paris, les carmes sont victimes des moqueries et des injures de la population. On les montre du doigt, on les invective, on les tourne en dérision en les surnommant "les frères barrés", expression particulièrement péjorative, les barres désignant en ancien français non seulement les rayures mais aussi les différentes marques de bâtardise (sens qui s'est conservé dans la langue du blason).
Une lecture courte et passionnante qui a le don de changer le regard sur les rayures que nous croisons au quotidien et au signifiant que nous y accolons, souvent inconsciemment.
Je me suis jeté, avec impatience mais circonspection, sur "L'Etoffe du Diable, une histoire des rayures et des tissus rayés". Oui, dit comme ça, cela paraît curieux.
Et comme de juste, ce fut passionnant. Prenant appui sur des références bibliques et moyen-âgeuses, Pastoureau va disséquer les signification du rayé et leurs évolutions, tant dans les habits que sur les blasons, meubles ou drapeaux... L'impact de la Révolution, du développement des vacances à la mer, le rôle de la bande-dessinée...
C'est rigoureux, précis, incisif et passionnant.
Extrait p19 Edition Points, sur le manteau des Carmes :
[Le manteau] est rayé, soit blanc et brun, soit, plus rarement, blanc et noir. De bonne heure est apparue une légende expliquant l'origine biblique et célestielle de ce manteau à rayures. Il s'agirait d'une copie du manteau du prophète Elie, fondateur mythique du Carmel : enlevé au ciel sur un char de feu, il aurait jeté à son disciple Elisée son grand manteau blanc, lequel aurait gardé, sous forme de rayures brunes, les traces roussies de son passage au travers des flammes. Jolie légende des origines, mettant en scène une des figures bibliques qui ont le plus fasciné les hommes du Moyen Age : Elie, héros messianique, est un des rares personnages de l'Ecriture qui ne meurent pas. Elle souligne en outre la valeur symbolique de l'investiture par le manteau : pour la culture médiévale, tout manteau est support de signes et toute remise de manteau est liée à un rite de passage, à l'entrée dans un état nouveau.
[...]
Ce qui compte, c'est que ce manteau soit rayé, c'est à dire qu'il ne soit pas uni, qu'il ne ressemble pas à celui des autres ordres -mendiants, monastiques ou militaires -, en un mot qu'il fasse écart. De fait, il fait un écart tellement fort qu'il débouche, malgré lui, sur la transgression.
Dès leur arrivée à Paris, les carmes sont victimes des moqueries et des injures de la population. On les montre du doigt, on les invective, on les tourne en dérision en les surnommant "les frères barrés", expression particulièrement péjorative, les barres désignant en ancien français non seulement les rayures mais aussi les différentes marques de bâtardise (sens qui s'est conservé dans la langue du blason).
Une lecture courte et passionnante qui a le don de changer le regard sur les rayures que nous croisons au quotidien et au signifiant que nous y accolons, souvent inconsciemment.
mardi 1 mars 2011
Du coq à l'âne
Michel Pastureau a la rigueur des grands historiens. Les Animaux Célèbres traitent d'une quarantaine de cas d'animaux, chronologiquement, qui ont marqué l'Histoire. C'est incisif, limpide, passionnant. Pastureau fournit des clefs de compréhension de l'histoire à la lumière du rapport de l'homme à l'animal depuis la plus lointaine antiquité jusqu'à nos jours.
Extrait page 245 aux éditions Arlea :
"Au printemps 1804, Napoléon Bonaparte n'est encore que Premier consul. Mais il songe déjà à instituer un nouveau régime impérial et à doter celui-ci d'emblèmes et de symboles nouveaux. Pour ce faire, il prend conseil. Parmi les différents animaux que lui propose son entourage (éléphant, lion, aigle, coq), les abeilles ont la faveur particulière du premier consul parce que, suivant l'heureuse formule de Cambacérès, "elles sont l'image d'une république qui a un chef", c'est à dire "l'image de la France-même". En outre, dans l'entourage du futur empereur, on met en avant une idée antique - chère à Virgile et aux pères de l'Eglise - qui voit dans la société des abeilles un modèle pour celle des hommes.
Mais le choix des abeilles napoléoniennes a également une autre signification. Il permet de rattacher par-delà les siècles le nouveau régime à une dynastie royale qui avait autrefois gouverné la France : les Mérovingiens. De même que l'aigle, parmi ses multiples significations, associe la mémoire de Charlemagne et de l'empire carolingien au nouveau régime, de même les abeilles, en puisant plus en amont encore, rappellent le souvenir de Clovis et de sa lignée."
J'ose dire que la quasi intégralité de l'ouvrage est du niveau de cet extrait. Que de connaissances et d'idées, exprimées avec la simplicité et la structure de ceux qui maitrisent réellement et pleinement leur sujet. Pour citer Boileau : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Ce livre en est une parfaite illustration.
Ce mobre en est une parfaite illustration.Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément
Source : Citation - Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire - Dicocitations - citationCe qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément
Extrait page 245 aux éditions Arlea :
"Au printemps 1804, Napoléon Bonaparte n'est encore que Premier consul. Mais il songe déjà à instituer un nouveau régime impérial et à doter celui-ci d'emblèmes et de symboles nouveaux. Pour ce faire, il prend conseil. Parmi les différents animaux que lui propose son entourage (éléphant, lion, aigle, coq), les abeilles ont la faveur particulière du premier consul parce que, suivant l'heureuse formule de Cambacérès, "elles sont l'image d'une république qui a un chef", c'est à dire "l'image de la France-même". En outre, dans l'entourage du futur empereur, on met en avant une idée antique - chère à Virgile et aux pères de l'Eglise - qui voit dans la société des abeilles un modèle pour celle des hommes.
Mais le choix des abeilles napoléoniennes a également une autre signification. Il permet de rattacher par-delà les siècles le nouveau régime à une dynastie royale qui avait autrefois gouverné la France : les Mérovingiens. De même que l'aigle, parmi ses multiples significations, associe la mémoire de Charlemagne et de l'empire carolingien au nouveau régime, de même les abeilles, en puisant plus en amont encore, rappellent le souvenir de Clovis et de sa lignée."
J'ose dire que la quasi intégralité de l'ouvrage est du niveau de cet extrait. Que de connaissances et d'idées, exprimées avec la simplicité et la structure de ceux qui maitrisent réellement et pleinement leur sujet. Pour citer Boileau : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Ce livre en est une parfaite illustration.
Ce mobre en est une parfaite illustration.Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément
Source : Citation - Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire - Dicocitations - citation
samedi 29 mai 2010
Sweet Sixties
Tout commence par des coups de feu en novembre 1963 pour se terminer par d'autres coups de feu en juin 1968. De Jack à Bob. Deux Kennedy assassinés. L'un était Président, l'autre en passe de le devenir.
Entre les deux, la mafia, le FBI de M. Hoover, le Klan, le combat de Luther King pour les droits civiques, le rachat de Vegas par Howard Hugues et la spirale du Vietnam. Cinq ans de l'histoire des Etats-Unis vus par James Ellroy.
American Death Trip, deuxième volet de sa trilogie, est une somme. Un pavé dont on ressort groggy. La tête pleine d'images. Ce péquenaud de Lindon Johnson, Rock Hudson et les garçons, Rita Hayworth la poivrote, Hugues, ses transfusions de sang et ses fidèles mormons…
Ellroy, un talent fou pour dessiner un tableau en trois mots.
A Mexico. Extrait :
"Un Mex apporta du café. Ledit Mex dégoulinait d'obséquiosité.
De grandes dents. De grandes courbettes. Consentement maximum.
Pete se prélassait. Pete appréciait la panaderia. Pete se goinfrait de petits pains. A l'aide de ruban adhésif, Pete fixa son arme sous la table.
La détente était à ras du plateau. Le silencieux fonctionnait. Le canon était pointé sur le siège d'en face.
Pete sirotait son café. Pete se frotta la tête. Mexico - niet.
C'est un trou à rats. Rempli de mendiants et de crottes de chiens. Donnez-moi plutôt la Havane d'avant Castro."
A Saigon. Extrait :
"Saigon, 19 mars 1968.
Tu es de retour.
C'est vivant. C'est violent. C'est le Vietnam.
Regarde les essaims de soldats. Regarde les niacoués repliés sur la capitale. Regarde lesdits niacs qui parlent du Têt. Regarde les temples aux entrées murées. Regarde les convois de camions. Regarde les canons de la DCA.
Tu es de retour. Regarde ça. Saigon 68.
Le taxi se trainait. Les camions le serraient. Des camions d'armement. ; des camions de ravitaillement ; des transports de troupes. Des gaz d'échappement jusqu'à hauteur de pare-brise. Des particules de gasoil qui piquent les yeux."
Un époustouflant voyage dans l'histoire américaine des années soixante, très éloignée de Happy Days.
17/20
Entre les deux, la mafia, le FBI de M. Hoover, le Klan, le combat de Luther King pour les droits civiques, le rachat de Vegas par Howard Hugues et la spirale du Vietnam. Cinq ans de l'histoire des Etats-Unis vus par James Ellroy.
American Death Trip, deuxième volet de sa trilogie, est une somme. Un pavé dont on ressort groggy. La tête pleine d'images. Ce péquenaud de Lindon Johnson, Rock Hudson et les garçons, Rita Hayworth la poivrote, Hugues, ses transfusions de sang et ses fidèles mormons…
Ellroy, un talent fou pour dessiner un tableau en trois mots.
A Mexico. Extrait :
"Un Mex apporta du café. Ledit Mex dégoulinait d'obséquiosité.
De grandes dents. De grandes courbettes. Consentement maximum.
Pete se prélassait. Pete appréciait la panaderia. Pete se goinfrait de petits pains. A l'aide de ruban adhésif, Pete fixa son arme sous la table.
La détente était à ras du plateau. Le silencieux fonctionnait. Le canon était pointé sur le siège d'en face.
Pete sirotait son café. Pete se frotta la tête. Mexico - niet.
C'est un trou à rats. Rempli de mendiants et de crottes de chiens. Donnez-moi plutôt la Havane d'avant Castro."
A Saigon. Extrait :
"Saigon, 19 mars 1968.
Tu es de retour.
C'est vivant. C'est violent. C'est le Vietnam.
Regarde les essaims de soldats. Regarde les niacoués repliés sur la capitale. Regarde lesdits niacs qui parlent du Têt. Regarde les temples aux entrées murées. Regarde les convois de camions. Regarde les canons de la DCA.
Tu es de retour. Regarde ça. Saigon 68.
Le taxi se trainait. Les camions le serraient. Des camions d'armement. ; des camions de ravitaillement ; des transports de troupes. Des gaz d'échappement jusqu'à hauteur de pare-brise. Des particules de gasoil qui piquent les yeux."
Un époustouflant voyage dans l'histoire américaine des années soixante, très éloignée de Happy Days.
17/20
Libellés :
* Historique,
* Policier,
Ellroy (James)
mardi 18 mai 2010
Guernica
Une artiste allemande, Lena Gieseke, a disséqué en trois dimensions Guernica, le tableau de Picasso commémorant la tragédie de cette ville durant la Guerre Civile en Espagne. Le résultat est émouvant.
Voilà une occasion de (re)lire l'Espoir, d'André Malraux, roman contant admirablement l'engagement des forces républicaines durant la Guerre d'Espagne.
Voilà une occasion de (re)lire l'Espoir, d'André Malraux, roman contant admirablement l'engagement des forces républicaines durant la Guerre d'Espagne.
jeudi 11 mars 2010
Les Voies du Ciel
Un Cadavre de Trop, de Ellis Peters, est une enquête policière menée par le moine Cadfael. Ancien soldat, riche d'une dizaine d'années aux croisades et de nombreuses aventures, il a décidé de finir ses jours en cultivant son jardin, au sein d'une abbaye. Heureux qui comme Ulysse...
1138 est temps de guerre fratricide dans la vieille Angleterre entre deux prétendants au trône : Stephen et Mathilde. La prise d'une place fidèle à Mathilde par l'armée de Stephen est suivie de la pendaison de la garnison. Quatre-vingt quatorze hommes. Tout se complique lorsque Cadfael en découvre un quatre-vingt quinzième. Il se fait confier l'enquête. Le roi est outré qu'un misérable ait osé camoufler son crime au milieu de sa sainte colère.
L'enquête aurait pu être passionnante, si elle n'avait été si tirée par les cheveux. Florilège :
- Le moine et son apprenti retrouvent par hasard le témoin capital du meurtre.
- Le moine retrouve un morceau de pommeau de dague serti d'une pierre précieuse sur la scène du meurtre.
- La dague est une pièce unique.
- Le moine tombe par hasard sur un enfant qui a vu un homme jeter la dague dans le fleuve.
- L'enfant a remonté la dague.
- L'enfant peut reconnaître l'homme.
Quand on a la Providence autant avec soi, je ne connais nulle enquête qui n'aboutisse. C'est certainement l'un des avantages d'un moine.
L'auteur ayant un penchant non dissimulé pour l'eau de rose, l'ensemble de l'ouvrage en est aspergé, jusqu'à une fin dont la douceur frise le loukoum. Ames sensibles, dormez en paix.
Bref, un bon divertissement qui se lit agréablement, pour lecteur fatigué.
12/20
1138 est temps de guerre fratricide dans la vieille Angleterre entre deux prétendants au trône : Stephen et Mathilde. La prise d'une place fidèle à Mathilde par l'armée de Stephen est suivie de la pendaison de la garnison. Quatre-vingt quatorze hommes. Tout se complique lorsque Cadfael en découvre un quatre-vingt quinzième. Il se fait confier l'enquête. Le roi est outré qu'un misérable ait osé camoufler son crime au milieu de sa sainte colère.
L'enquête aurait pu être passionnante, si elle n'avait été si tirée par les cheveux. Florilège :
- Le moine et son apprenti retrouvent par hasard le témoin capital du meurtre.
- Le moine retrouve un morceau de pommeau de dague serti d'une pierre précieuse sur la scène du meurtre.
- La dague est une pièce unique.
- Le moine tombe par hasard sur un enfant qui a vu un homme jeter la dague dans le fleuve.
- L'enfant a remonté la dague.
- L'enfant peut reconnaître l'homme.
Quand on a la Providence autant avec soi, je ne connais nulle enquête qui n'aboutisse. C'est certainement l'un des avantages d'un moine.
L'auteur ayant un penchant non dissimulé pour l'eau de rose, l'ensemble de l'ouvrage en est aspergé, jusqu'à une fin dont la douceur frise le loukoum. Ames sensibles, dormez en paix.
Bref, un bon divertissement qui se lit agréablement, pour lecteur fatigué.
12/20
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* Historique,
* Policier,
Peters (Ellis)
mercredi 17 février 2010
Elémentaire, mon cher Whicher
L'Affaire de Road Hill House, de Kate Summerscale, relate dans le détail un fait divers réel, arrivé en 1860 dans une petite ville industrielle anglaise : l'assassinat sordide d'un jeune enfant. Très vite, la police va se heurter à la sacro-sainte notion du respect du foyer anglais, considéré comme une forteresse que ni l'Etat ni personne n'a de légitimité à troubler.
Le souci du détail déployé par l'auteur est clinique. Rien n'est épargné au lecteur, et ce dès le prologue :
"Le dimanche 15 juillet 1860, l'inspecteur principal Jonathan Whicher, de Scotland Yard, paya deux shillings au conducteur du fiacre qui le transporta de Millbank, quartier situé à l'ouest de Westminster, à la gare de Paddington, terminus londonien du Great Western Railway. Là, il prit deux billets : l'un, pour la somme de sept schillings et dix pence, à destination de Chippenham dans le Wiltshire, trajet de quatre-vingt-quatorze miles, et l'autre qui moyennant un schilling et six pence, lui ferait ensuite couvrir les vingt miles séparant Chippenham de Trowbridge."
Autant dire qu'avaler les 430 pages fut long, très long, d'autant plus que je n'ai jamais au fond de moi, voulu connaître avec un tel luxe de détails aussi insipides qu'inutiles, l'Angleterre victorienne.
Quelques notions et anecdotes intéressantes restent ancrées dans l'esprit du lecteur d'autant plus courageux que le suspense lié à l'histoire est inexistant (volontairement, on n'est pas là pour s'amuser mais pour compter les pence). J'ai ainsi appris que le terme clue (indice) vient de clew (fil) lui-même faisant référence au fil d'Ariane. Maintenant, vous le savez aussi, et sans avoir lu le livre, veinards que vous êtes.
Le retentissement de l'affaire dans les journaux de l'époque, la personnalité du détective Whicher en charge de l'enquête, les débuts du roman policier à la même époque (Poe venait de créer son détective Auguste Dupin, précurseur de Sherlock Holmes), l'implication directe d'écrivains tels que Dickens dans l'affaire, l'utilisation de théories scientifiques plus ou moins farfelues pour élucider le mystère, auraient pu rendre l'idée d'ensemble sympathique. Pourquoi une telle froideur dans l'analyse ?
Bon. Voilà qui est chose faite. Maintenant, je vais essayer de me persuader à nouveau que la lecture peut également consister en un moment agréable.
PS : Telerama trouve le travail de l'auteur remarquable (et je ne dis pas le contraire), ce qui me renforce dans mon opinion : http://www.telerama.fr/livres/l-affaire-de-road-hill-house,29366.php
PPS : Auguste Dupin apparaît dans la remarquable nouvelle d'Edgar Allan Poe, Double Assassinat dans la rue Morgue, à lire absolument.
Le souci du détail déployé par l'auteur est clinique. Rien n'est épargné au lecteur, et ce dès le prologue :
"Le dimanche 15 juillet 1860, l'inspecteur principal Jonathan Whicher, de Scotland Yard, paya deux shillings au conducteur du fiacre qui le transporta de Millbank, quartier situé à l'ouest de Westminster, à la gare de Paddington, terminus londonien du Great Western Railway. Là, il prit deux billets : l'un, pour la somme de sept schillings et dix pence, à destination de Chippenham dans le Wiltshire, trajet de quatre-vingt-quatorze miles, et l'autre qui moyennant un schilling et six pence, lui ferait ensuite couvrir les vingt miles séparant Chippenham de Trowbridge."
Autant dire qu'avaler les 430 pages fut long, très long, d'autant plus que je n'ai jamais au fond de moi, voulu connaître avec un tel luxe de détails aussi insipides qu'inutiles, l'Angleterre victorienne.
Quelques notions et anecdotes intéressantes restent ancrées dans l'esprit du lecteur d'autant plus courageux que le suspense lié à l'histoire est inexistant (volontairement, on n'est pas là pour s'amuser mais pour compter les pence). J'ai ainsi appris que le terme clue (indice) vient de clew (fil) lui-même faisant référence au fil d'Ariane. Maintenant, vous le savez aussi, et sans avoir lu le livre, veinards que vous êtes.
Le retentissement de l'affaire dans les journaux de l'époque, la personnalité du détective Whicher en charge de l'enquête, les débuts du roman policier à la même époque (Poe venait de créer son détective Auguste Dupin, précurseur de Sherlock Holmes), l'implication directe d'écrivains tels que Dickens dans l'affaire, l'utilisation de théories scientifiques plus ou moins farfelues pour élucider le mystère, auraient pu rendre l'idée d'ensemble sympathique. Pourquoi une telle froideur dans l'analyse ?
Bon. Voilà qui est chose faite. Maintenant, je vais essayer de me persuader à nouveau que la lecture peut également consister en un moment agréable.
PS : Telerama trouve le travail de l'auteur remarquable (et je ne dis pas le contraire), ce qui me renforce dans mon opinion : http://www.telerama.fr/livres/l-affaire-de-road-hill-house,29366.php
PPS : Auguste Dupin apparaît dans la remarquable nouvelle d'Edgar Allan Poe, Double Assassinat dans la rue Morgue, à lire absolument.
Libellés :
* Historique,
* Policier,
Summerscale (Kate)
mercredi 9 décembre 2009
L'agité et le matheux
Une bien belle idée, que celle développée par Daniel Kehlman dans Les Arpenteurs du Monde. Daniel Kehlman est une étoile montante de la littérature allemande et ses bouquins font le bonheur de ses éditeurs au niveau international.
Ici, l’auteur met en parallèle la vie de deux grands hommes du début du XIXe siècle : l’explorateur Alexander Van Humboldt et le mathématicien Carl Friedrich Gauss.
Les deux hommes sont plus que brillants. L’un a la bougeotte (Humboldt) et va dresser les cartes de contrées inconnues de l’Occident en Amérique du Sud. L’autre a horreur de bouger et va reculer les frontières de la compréhension des mathématiques.
Peu avant le soir de leur vie, ils se rencontreront, et cette rencontre fera renaître en eux une flamme endormie.
Toutefois… Leurs aventures et découvertes laissent de marbre. Leur rencontre et ses conséquences sonnent artificiellement. Le passage de la fleur de l’âge à la vieillesse est trop soudain dans le récit.
L’ensemble se lit donc avec un détachement paisible. L’élégance du style de l’auteur est indéniable. C’est un beau livre. Comme dans ses salons pour la bonne société, où l’on s’ennuie sans oser le montrer, avec la satisfaction d’être invité, le roman se lit ostensiblement et sera du plus bel effet dans les dîners en ville. Je ne vérifierai pas mais je parierais que Télérama aime beaucoup.
Je n’oserai jamais avouer à quel point je me suis ennuyé.
19/20 (je plaisante)
Libellés :
* Aventures,
* Historique,
Kehlman (Daniel)
vendredi 17 juillet 2009
Le Bien Aimé

Bien Aimé par moments, honi à d'autres, Louis XV eut la tâche difficile de prendre la suite de son arrière grand-père, le Grand. Il n'en avait visiblement pas envie. Mal à son aise à Versailles, il en respecta tant l'architecture que l'étiquette par respect pour son illustre prédécesseur. "Je n'aime pas défaire ce que mes pères ont fait".
Egalement par respect, il se conforma scrupuleusement à l'adresse que lui avait faite le grand roi avant de s'éteindre :
"Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre : c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela : j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité. Ne m'imitez pas mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets."
Une volonté première de rapprochement avec la perfide Albion qui amena la France à guerroyer contre son allié espagnol. Des traités de paix désastreux, qu'ils suivent des victoires (Fontenoy) qui ne rapportèrent qu'au roi de Prusse, ou des défaites (le traité de Paris, privant le royaume du Canada, de la Louisiane et de ses comptoirs indiens). Des Parlements conservateurs, rétifs à toute tentative réformiste. Et face à tout cela un roi brave à la guerre mais peu décidé, changeant bien trop fréquemment de ministres pour le suivi d'une politique (écoute-t-on sa favorite, même si elle a le charme et l'esprit de Madame de Pompadour, pour faire ou défaire un cabinet ministériel ?).
Ne seraient dans les quatre dernières années de règne le trio Maupeou, d'Aiguillon, Terray, qui remit le royaume en ordre et les parlements au pas, bien trop tard, le bilan politique serait peu enviable. Ces dernières années, trop courtes et tardives, n'empècheront pas d'ailleurs les germes de la Révolution de se développer.
François Bluche, dans sa biographie de Louis XV, narre tout cela dans une composition élégamment construite, thématique plus que chronologique. L'historien fait froidement et objectivement son travail. On est à l'opposé de l'anecdote piquante et supposée, narrée avec force couleurs par Max Gallo. Toutefois, derrière la rigueur de son oeuvre, l'auteur s'autorise avec bonheur de temps à autres quelques sourires.
Extrait : "Sa Majesté est informée de l'âge de ses limiers et de ses chiens courants. Elle en connaît les noms, les qualités, les manques. A la limite, Louis XV aurait pu se passer de grand veneur."
Un beau livre, brillamment écrit, toutefois ardu de par sa richesse, son austérité relative et son luxe de détail pour l'amateur que je suis.
15/20
Egalement par respect, il se conforma scrupuleusement à l'adresse que lui avait faite le grand roi avant de s'éteindre :
"Mignon, vous allez être un grand roi, mais tout votre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu et du soin que vous aurez de soulager vos peuples. Il faut pour cela que vous évitiez autant que vous le pourrez de faire la guerre : c'est la ruine des peuples. Ne suivez pas le mauvais exemple que je vous ai donné sur cela : j'ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l'ai soutenue par vanité. Ne m'imitez pas mais soyez un prince pacifique, et que votre principale application soit de soulager vos sujets."
Une volonté première de rapprochement avec la perfide Albion qui amena la France à guerroyer contre son allié espagnol. Des traités de paix désastreux, qu'ils suivent des victoires (Fontenoy) qui ne rapportèrent qu'au roi de Prusse, ou des défaites (le traité de Paris, privant le royaume du Canada, de la Louisiane et de ses comptoirs indiens). Des Parlements conservateurs, rétifs à toute tentative réformiste. Et face à tout cela un roi brave à la guerre mais peu décidé, changeant bien trop fréquemment de ministres pour le suivi d'une politique (écoute-t-on sa favorite, même si elle a le charme et l'esprit de Madame de Pompadour, pour faire ou défaire un cabinet ministériel ?).
Ne seraient dans les quatre dernières années de règne le trio Maupeou, d'Aiguillon, Terray, qui remit le royaume en ordre et les parlements au pas, bien trop tard, le bilan politique serait peu enviable. Ces dernières années, trop courtes et tardives, n'empècheront pas d'ailleurs les germes de la Révolution de se développer.
François Bluche, dans sa biographie de Louis XV, narre tout cela dans une composition élégamment construite, thématique plus que chronologique. L'historien fait froidement et objectivement son travail. On est à l'opposé de l'anecdote piquante et supposée, narrée avec force couleurs par Max Gallo. Toutefois, derrière la rigueur de son oeuvre, l'auteur s'autorise avec bonheur de temps à autres quelques sourires.
Extrait : "Sa Majesté est informée de l'âge de ses limiers et de ses chiens courants. Elle en connaît les noms, les qualités, les manques. A la limite, Louis XV aurait pu se passer de grand veneur."
Un beau livre, brillamment écrit, toutefois ardu de par sa richesse, son austérité relative et son luxe de détail pour l'amateur que je suis.
15/20
mercredi 17 juin 2009
Au commencement étaient les épices

Au commencement étaient les épices. Ainsi commence la biographie de Magellan par Stefan Zweig. Les épices, si chères au goût des Européens, qui avant leur découverte mangeaient des plats d'une extrême fadeur. Epices dont ils ne purent plus se passer.
L'ennui est qu'elles venaient de loin, récoltées à l'autre bout du monde par des esclaves malais, échangées à Malaka, amenées en jonques aux comptoirs indiens, puis jusqu'en Arabie où elles étaient transportées en caravane jusqu'en Egypte ou en Syrie, avant d'être chargées sur la flotte commerciale vénitienne et vendues aux marchands européens, une fois arrivées. Autant dire qu'avec autant d'intermédiaires, elles n'étaient pas données. Et que l'or et l'argent, faute de marchandises de valeur équivalente, étaient inexorablement attirés vers l'Orient. De là à justifier une Croisade...
Mais les Croisades ne permirent pas aux Occidentaux de se libérer le passage vers l'Océan Indien.
C'est là que les découvreurs intervinrent. Une race de marins hors du communs, en cinquante ans, changèrent la connaissance que l'homme avait du monde. Colomb, Cabot, Vasco de Gama, Bartholomeu Diaz, Americo Vespucci. Leurs noms sont restés gravés dans l'Histoire. Une génération unique.
Le passage du Cap de Bonne Espérance devint en quelques années une formalité. Le Pape accorda aux Portugais toutes les terres qu'ils découvriraient à l'Est et aux Espagnols à l'Ouest de l'Europe. Les îles aux épices revenaient mécaniquement ainsi aux Portugais. A moins qu'il ne soit possible de "faire le tour" et de les prendre à revers.
C'est ce que Magellan va offrir au roi d'Espagne, l'empereur Charles Quint. Il va ainsi partir à la tête d'une armada de cinq vaisseaux pour ce qui fut à l'époque la plus grande exploration de l'histoire de l'humanité : un tour du monde. Encore fallait-il non seulement que la terre soit ronde, n'en déplaise à l'Eglise et comme l'avait décrit Ptolémée dès le premier siècle avant l'ère chrétienne. Mais il fallait également qu'il existe un passage entre le continent américain et l'Antartique, permettant de relier l'Atlantique à l'Océan Indien. Qui aurait pu deviner que non seulement ce passage, le futur détroit de Magellan, existait, mais qu'il débouchait sur l'immensité du Pacifique ?
Pour mener une telle expédition, entouré d'hostilité car Portugais au milieu d'Espagnols, il se trouva un homme aux qualités hors du commun.
Sa biographie, sublimement racontée par Zweig, sans effets de style superflus, ne se lit pas mais se dévore.
19/20
L'ennui est qu'elles venaient de loin, récoltées à l'autre bout du monde par des esclaves malais, échangées à Malaka, amenées en jonques aux comptoirs indiens, puis jusqu'en Arabie où elles étaient transportées en caravane jusqu'en Egypte ou en Syrie, avant d'être chargées sur la flotte commerciale vénitienne et vendues aux marchands européens, une fois arrivées. Autant dire qu'avec autant d'intermédiaires, elles n'étaient pas données. Et que l'or et l'argent, faute de marchandises de valeur équivalente, étaient inexorablement attirés vers l'Orient. De là à justifier une Croisade...
Mais les Croisades ne permirent pas aux Occidentaux de se libérer le passage vers l'Océan Indien.
C'est là que les découvreurs intervinrent. Une race de marins hors du communs, en cinquante ans, changèrent la connaissance que l'homme avait du monde. Colomb, Cabot, Vasco de Gama, Bartholomeu Diaz, Americo Vespucci. Leurs noms sont restés gravés dans l'Histoire. Une génération unique.
Le passage du Cap de Bonne Espérance devint en quelques années une formalité. Le Pape accorda aux Portugais toutes les terres qu'ils découvriraient à l'Est et aux Espagnols à l'Ouest de l'Europe. Les îles aux épices revenaient mécaniquement ainsi aux Portugais. A moins qu'il ne soit possible de "faire le tour" et de les prendre à revers.
C'est ce que Magellan va offrir au roi d'Espagne, l'empereur Charles Quint. Il va ainsi partir à la tête d'une armada de cinq vaisseaux pour ce qui fut à l'époque la plus grande exploration de l'histoire de l'humanité : un tour du monde. Encore fallait-il non seulement que la terre soit ronde, n'en déplaise à l'Eglise et comme l'avait décrit Ptolémée dès le premier siècle avant l'ère chrétienne. Mais il fallait également qu'il existe un passage entre le continent américain et l'Antartique, permettant de relier l'Atlantique à l'Océan Indien. Qui aurait pu deviner que non seulement ce passage, le futur détroit de Magellan, existait, mais qu'il débouchait sur l'immensité du Pacifique ?
Pour mener une telle expédition, entouré d'hostilité car Portugais au milieu d'Espagnols, il se trouva un homme aux qualités hors du commun.
Sa biographie, sublimement racontée par Zweig, sans effets de style superflus, ne se lit pas mais se dévore.
19/20
mardi 16 juin 2009
Coucher de Soleil

L'Hiver du Grand Roi, second tome de la biographie consacrée à Louis XIV par Max Gallo, narre le rêgne de Louis XIV à partir de son installation à Versailles. Il a 40 ans et des angoisses métaphysiques. Ces dernières se traduisent par un mariage (secret) avec Madame de Maintenont, qui restera à ses cotés jusqu'à la fin. Et comme elle se fait attendre, la fin, pour ce monarque. 77 ans. Il enterre fils, petits-fils et arrières petits-fils, à l'exception du duc d'Anjou, futur Louis XV.
Les conditions climatiques n'étaient pas idéales, l'hygiène à revoir, mais la grande faucheuse bénéficiait principalement, il faut le souligner, de l'aide des médecins. Rien de tel pour un malade que de bénéficier de quelques saignées et lavements pour être définitivement guéri.
Max Gallo insiste fortement sur le fait que la Princesse Palatine, épouse de Monsieur, frère du Roi, n'a dû sa longévité qu'à son refus systématique d'appliquer les conseils de la Faculté. Et le petit duc d'Anjou encore bébé ne dut son salut qu'au fait que les médecins étaient trop occupés à tuer son frère ainé à coups de lavements à la rhubarbe, et à son énergique nounou qui ne le laissa point tomber entre leurs doctes mains.
Autre point fort intéressant du livre, l'évolution du Roi, son rejet progressif de la guerre, lui qui la prisa tant dans sa jeunesse. Un monarque bénéficiant de la force de ses jeunes années et de la sagesse de la vieillesse... quelle belle chimère.
Ma critique précédente demeure à mes yeux valable. Les effets de style ne sont pas de la plus grande finesse et l'auteur prend nombre de petites libertés historiques afin de donner de la couleur à ses anecdotes.
Toutefois, ce tome-ci fait un peu plus frétiller les neurones en termes d'agitation d'idées. Je conseille donc et signe.
16/20
PS : Un point m'a fait particulièrement tiquer, de même qu'Heliosse (http://heliosse.virginradioblog.fr/heliosse/2008/03/louis-xiv-le-ro.html). L'auteur évoque de possibles abus sexuels commis sur la personne du roi dans son jeune âge par Mazarin. Il ne l'affirme pas, et de fait il n'a pas de preuve. Toutefois, il insiste lourdement sur le sujet, et dans les deux tomes. Exemple parmi d'autres d'une rigueur historique parfois relative, sacrifiée sur l'autel de l'anecdote frappante.
Les conditions climatiques n'étaient pas idéales, l'hygiène à revoir, mais la grande faucheuse bénéficiait principalement, il faut le souligner, de l'aide des médecins. Rien de tel pour un malade que de bénéficier de quelques saignées et lavements pour être définitivement guéri.
Max Gallo insiste fortement sur le fait que la Princesse Palatine, épouse de Monsieur, frère du Roi, n'a dû sa longévité qu'à son refus systématique d'appliquer les conseils de la Faculté. Et le petit duc d'Anjou encore bébé ne dut son salut qu'au fait que les médecins étaient trop occupés à tuer son frère ainé à coups de lavements à la rhubarbe, et à son énergique nounou qui ne le laissa point tomber entre leurs doctes mains.
Autre point fort intéressant du livre, l'évolution du Roi, son rejet progressif de la guerre, lui qui la prisa tant dans sa jeunesse. Un monarque bénéficiant de la force de ses jeunes années et de la sagesse de la vieillesse... quelle belle chimère.
Ma critique précédente demeure à mes yeux valable. Les effets de style ne sont pas de la plus grande finesse et l'auteur prend nombre de petites libertés historiques afin de donner de la couleur à ses anecdotes.
Toutefois, ce tome-ci fait un peu plus frétiller les neurones en termes d'agitation d'idées. Je conseille donc et signe.
16/20
PS : Un point m'a fait particulièrement tiquer, de même qu'Heliosse (http://heliosse.virginradioblog.fr/heliosse/2008/03/louis-xiv-le-ro.html). L'auteur évoque de possibles abus sexuels commis sur la personne du roi dans son jeune âge par Mazarin. Il ne l'affirme pas, et de fait il n'a pas de preuve. Toutefois, il insiste lourdement sur le sujet, et dans les deux tomes. Exemple parmi d'autres d'une rigueur historique parfois relative, sacrifiée sur l'autel de l'anecdote frappante.
mercredi 10 juin 2009
Lever de Soleil

Louis XIV, le Roi Soleil, tome 1 de la biographie du grand roi par Max Gallo, n'est pas la plus belle biographie historique qui soit. Max Gallo aime disséquer les caractères, mais son approche psychologique des personnages est à Stefan Zweig ce que Gérard Krawckzyk est à Marcel Pagnol.
Tout ça se lit bien, très bien, même, bien que le style soit d'une pauvreté rare ; J'ai renoncé à compter le nombre de fois où l'auteur assène en fin de paragraphe son définitif "Il est le roi". Tadaaaaam, roulements de tambours.
Max Gallo est de surcroit d'une rare partialité pour un historien (comme il le sera à nouveau dans ses deux tomes plus récents sur la Révolution Française). Il ne tente à aucun moment, par exemple, de défendre Nicolas Fouquet. La reine Marie-Thérèse est expédiée en quelques lignes. Et le détail des faits laisse le plus souvent la place à l'anecdote romancée. L'ensemble donne un résultat coloré, mais peu rigoureux.
Louis XIV ne s'impose qu'au décès de Mazarin. Conscient de n'avoir de rendre de comptes qu'à Dieu, il fait la guerre, sans craindre de s'exposer, danse au milieu des ballets, et choisit sa favorite d'un soir sans se soucier du qu'en dira-t-on. "Il est le roi".
Le tome 1 s'arrête alors que Louis XIV, à 40 ans, s'installe définitivement à Versailles. Perturbé par le décès de proches, notamment de nombre de ses enfants, il va se tourner dorénavant vers la religion, délaissant la dévergondée Montespant pour la bigote Maintenont. Ca, c'est le tome 2, et j'en parlerai la semaine prochaine.
En résumé, un excellent livre historique "de gare", ce qui n'est pas un défaut.
14/20
Tout ça se lit bien, très bien, même, bien que le style soit d'une pauvreté rare ; J'ai renoncé à compter le nombre de fois où l'auteur assène en fin de paragraphe son définitif "Il est le roi". Tadaaaaam, roulements de tambours.
Max Gallo est de surcroit d'une rare partialité pour un historien (comme il le sera à nouveau dans ses deux tomes plus récents sur la Révolution Française). Il ne tente à aucun moment, par exemple, de défendre Nicolas Fouquet. La reine Marie-Thérèse est expédiée en quelques lignes. Et le détail des faits laisse le plus souvent la place à l'anecdote romancée. L'ensemble donne un résultat coloré, mais peu rigoureux.
Louis XIV ne s'impose qu'au décès de Mazarin. Conscient de n'avoir de rendre de comptes qu'à Dieu, il fait la guerre, sans craindre de s'exposer, danse au milieu des ballets, et choisit sa favorite d'un soir sans se soucier du qu'en dira-t-on. "Il est le roi".
Le tome 1 s'arrête alors que Louis XIV, à 40 ans, s'installe définitivement à Versailles. Perturbé par le décès de proches, notamment de nombre de ses enfants, il va se tourner dorénavant vers la religion, délaissant la dévergondée Montespant pour la bigote Maintenont. Ca, c'est le tome 2, et j'en parlerai la semaine prochaine.
En résumé, un excellent livre historique "de gare", ce qui n'est pas un défaut.
14/20
mardi 2 juin 2009
Une reine bien trop légère

Nicolas Le Floch doit à nouveau défendre les intérêts de la Couronne. Dans le Noyé du Grand Canal, de Jean-François Parot, nouveau tome (le 8e, déjà...) des aventures du petit marquis breton devenu commissaire au Chatelet et confident du Roi, l'intrigue tourne autour du vol d'un bijou porté par la Reine. Bijou ô combien sensible dans la mesure où il peut également servir de passe-partout pour les portes de ses appartements.
Le Duc de Chartres est un jaloux et un intriguant. On ne se refait pas. Le Comte de Provence également. Avec un tel cousin et pareil beau-frère, l'honneur de la Reine, qui prête de surcroit tant le flanc à la critique, ne peut être qu'entre de mauvaises mains et les panflets, et les quolibets, fleurissent dans un Paris persifleur pour la plus grande joie de la perfide Albion.
L'enquête est agrémentée, comme à l'habitude, de la description détaillée de mets "de l'époque", qui donnent au foie du héros une place centrale dont la résistance n'a d'égale que son obstination dans la poursuite des épineuses enquêtes auquelles il se frotte.
Beau cours d'histoire où l'on rencontre Mesmer le magnétiseur, Restif de la Bretonne, poète et oiseau de nuit, et nombre d'autres personnages historiques, habitués de la série (Sartine, ministre de la Marine, Le Noir, lieutenant général de police) sans oublier la famille royale.
Parot est sans conteste un habile historien et certainement un fin gourmet. Je maintiens avoir plus de doutes sur ses qualités en tant qu'écrivain policier. L'ensemble est agréable, s'avale rapidement et sans indigestion. Les ficelles sont hélas bien grosses et le plus naïf des lecteurs aura compris plusieurs chapitres avant le héros qui est le coupable. C'est dommage, mais pas rédhibitoire.
Je vous le conseille pour le train, lors d'un départ en vacances estivales. Vous n'arriverez pas stressés.
13/20 (parce que j'aime manger)
PS : La série a nombre de fans, suffisamment d'ailleurs pour avoir justifié une adaptation télévisuelle de certaines enquêtes. Je suis persuadé que vous trouverez de multiples critiques plus élogieuses que celle-ci.
Le Duc de Chartres est un jaloux et un intriguant. On ne se refait pas. Le Comte de Provence également. Avec un tel cousin et pareil beau-frère, l'honneur de la Reine, qui prête de surcroit tant le flanc à la critique, ne peut être qu'entre de mauvaises mains et les panflets, et les quolibets, fleurissent dans un Paris persifleur pour la plus grande joie de la perfide Albion.
L'enquête est agrémentée, comme à l'habitude, de la description détaillée de mets "de l'époque", qui donnent au foie du héros une place centrale dont la résistance n'a d'égale que son obstination dans la poursuite des épineuses enquêtes auquelles il se frotte.
Beau cours d'histoire où l'on rencontre Mesmer le magnétiseur, Restif de la Bretonne, poète et oiseau de nuit, et nombre d'autres personnages historiques, habitués de la série (Sartine, ministre de la Marine, Le Noir, lieutenant général de police) sans oublier la famille royale.
Parot est sans conteste un habile historien et certainement un fin gourmet. Je maintiens avoir plus de doutes sur ses qualités en tant qu'écrivain policier. L'ensemble est agréable, s'avale rapidement et sans indigestion. Les ficelles sont hélas bien grosses et le plus naïf des lecteurs aura compris plusieurs chapitres avant le héros qui est le coupable. C'est dommage, mais pas rédhibitoire.
Je vous le conseille pour le train, lors d'un départ en vacances estivales. Vous n'arriverez pas stressés.
13/20 (parce que j'aime manger)
PS : La série a nombre de fans, suffisamment d'ailleurs pour avoir justifié une adaptation télévisuelle de certaines enquêtes. Je suis persuadé que vous trouverez de multiples critiques plus élogieuses que celle-ci.
Libellés :
* Historique,
* Policier,
Parot (Jean-François)
lundi 23 février 2009
Tout ce sang

J'ai chantonné toute la semaine dernière le Chant du Départ.
"La République nous appelleSachons vaincre ou sachons périrUn Français doit vivre pour EllePour Elle un Français doit mourir."
Aux Armes Citoyens, le tome 2 de la Révolution Française par Max Gallo, ne se lache pas une fois qu'il est entamé. Rarement ai-je lu livre d'histoire avec une fébrilité comparable à celle de la lecture d'un roman.
Le parti pris de l'auteur est de montrer comment, après l'exécution de Louis XVI, la machine de la Révolution Française s'emballe inexorablement. Le pouvoir exécutif était personnifié. Sa vacance va entraîner des luttes fratricides sans fin entre révolutionnaires. A ces luttes vont venir s'ajouter les révoltes des Chouans, notamment en Vendée, et la guerre menée par les armées royalistes du reste de l'Europe.
Malgré toutes les horreurs de la période, tant les principes établis (valeurs humaines, égalité des citoyens, accès à l'enseignement, aux soins...) que la diffusion de la Démocratie en Europe (instaurations de régimes républicains dans le Nord de l'Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse... sous le poids des armées de la République) ou la force de cette armée républicaine face aux armées royalistes par la motivation de ses hommes (et en premier lieu à Valmy, victoire de la volonté), ne peuvent qu'exalter le patriotisme.
Le temps que tout cela me passe, je suis pour le moment dans l'état d'esprit de jeter en cellule toute personne conspuant l'hymne national, si chèrement gagné. Mais c'est uniquement dû à mon influençabilité. Dans deux jours, il n'y paraîtra plus.
En attendant, je vous recommande plus que chaudement cet ouvrage, actuellement d'ailleurs numéro 1 des ventes en librairie, à ce que j'ai entendu dire.
"La République nous appelleSachons vaincre ou sachons périrUn Français doit vivre pour EllePour Elle un Français doit mourir."
Aux Armes Citoyens, le tome 2 de la Révolution Française par Max Gallo, ne se lache pas une fois qu'il est entamé. Rarement ai-je lu livre d'histoire avec une fébrilité comparable à celle de la lecture d'un roman.
Le parti pris de l'auteur est de montrer comment, après l'exécution de Louis XVI, la machine de la Révolution Française s'emballe inexorablement. Le pouvoir exécutif était personnifié. Sa vacance va entraîner des luttes fratricides sans fin entre révolutionnaires. A ces luttes vont venir s'ajouter les révoltes des Chouans, notamment en Vendée, et la guerre menée par les armées royalistes du reste de l'Europe.
Malgré toutes les horreurs de la période, tant les principes établis (valeurs humaines, égalité des citoyens, accès à l'enseignement, aux soins...) que la diffusion de la Démocratie en Europe (instaurations de régimes républicains dans le Nord de l'Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse... sous le poids des armées de la République) ou la force de cette armée républicaine face aux armées royalistes par la motivation de ses hommes (et en premier lieu à Valmy, victoire de la volonté), ne peuvent qu'exalter le patriotisme.
Le temps que tout cela me passe, je suis pour le moment dans l'état d'esprit de jeter en cellule toute personne conspuant l'hymne national, si chèrement gagné. Mais c'est uniquement dû à mon influençabilité. Dans deux jours, il n'y paraîtra plus.
En attendant, je vous recommande plus que chaudement cet ouvrage, actuellement d'ailleurs numéro 1 des ventes en librairie, à ce que j'ai entendu dire.
jeudi 12 février 2009
Le roi n'est qu'un homme
Max Gallo vient de sortir son 100e ouvrage : Le Peuple et le Roi, qui traite de la Révolution Française, allant de la période 1774 à 1793, c'est à dire de l'avènement de Louis XVI à l'exécution de Louis Capet. Le tome 2, traitant de la Terreur, sortira en mars 2009.
Le livre a de multiples atouts : Avant tout, il se lit très bien. Certains pourront trouver les effets de style employés par l'auteur un peu lourds, mais on s'y habitue rapidement. La Révolution est présentée sous son jour magnifique (l'Abbé Grégoire et l'abolition de l'esclavage, la Déclaration des Droits de l'homme...) et ses pires horreurs (le massacre systématiques des individus emprisonnés en 1792 par une foule déchainée, sadique et incontrôlable).
L'ouvrage a notamment le mérite de présenter avec une grande clareté l'engrenage inexorable dans lequel le gouvernement est entrainé. Un gouvernement paradoxalement réformateur face à une assemblée conservatrice, dont les membres sont avides de garder leurs prérogatives financières. Les ministres des finances, de grands hommes, vont se succéder et se heurter les uns après les autres à ce système de privilèges sans pouvoir l'ébranler : Turgot, Necker, Calonne
Il est terrifiant de constater que progressivement, les Parlementaires vont se trouver dépassés par le mouvement qu'ils ont engendrés. Un petit nombre de sans-culottes, usant de l'intimidation et de la violence, manipulé par des tribuns populaires, va imposer les pires extrémités et atrocités.
Marat, Hebert, et leurs brulots, excitent le peuple et lui promettent du sang.
Le Républicain que je suis trouve le livre un peu trop pro-royaliste. Mais que cette histoire est bien contée. A l'opposée d'un Robespierre, un Saint Just ou un Philippe Egalité (le sournois Duc d'Orléans), des hommes tels que Mirabeau, Lafayette, Bailly redonnent foi dans la capacité de l'homme à voir plus grand que lui-même.
A lire, donc.
Le livre a de multiples atouts : Avant tout, il se lit très bien. Certains pourront trouver les effets de style employés par l'auteur un peu lourds, mais on s'y habitue rapidement. La Révolution est présentée sous son jour magnifique (l'Abbé Grégoire et l'abolition de l'esclavage, la Déclaration des Droits de l'homme...) et ses pires horreurs (le massacre systématiques des individus emprisonnés en 1792 par une foule déchainée, sadique et incontrôlable).
L'ouvrage a notamment le mérite de présenter avec une grande clareté l'engrenage inexorable dans lequel le gouvernement est entrainé. Un gouvernement paradoxalement réformateur face à une assemblée conservatrice, dont les membres sont avides de garder leurs prérogatives financières. Les ministres des finances, de grands hommes, vont se succéder et se heurter les uns après les autres à ce système de privilèges sans pouvoir l'ébranler : Turgot, Necker, Calonne
Il est terrifiant de constater que progressivement, les Parlementaires vont se trouver dépassés par le mouvement qu'ils ont engendrés. Un petit nombre de sans-culottes, usant de l'intimidation et de la violence, manipulé par des tribuns populaires, va imposer les pires extrémités et atrocités.
Marat, Hebert, et leurs brulots, excitent le peuple et lui promettent du sang.
Le Républicain que je suis trouve le livre un peu trop pro-royaliste. Mais que cette histoire est bien contée. A l'opposée d'un Robespierre, un Saint Just ou un Philippe Egalité (le sournois Duc d'Orléans), des hommes tels que Mirabeau, Lafayette, Bailly redonnent foi dans la capacité de l'homme à voir plus grand que lui-même.
A lire, donc.
lundi 8 septembre 2008
Petite cuisine et Grande Histoire

Après le piètre Chien du Diable de Fabienne Ferrère, sur lequel je me suis hélas répandu récemment, j'avais promis de revenir à des histoires, à de l'Histoire, plus goutue. Si vous avez faim de grands moments (le congrès de Vienne de 1814 où les nations européennes se déchirent l'empire napoléonien), de grands hommes (Talleyrand, unique, grand serviteur de la France, représentant d'une nation défaite, la défendant avec tout son esprit, si retord et complexe), ce livre vous attend.
Le principal atout de Talleyrand : son cuisinier, Antonin Carême, qui lui permet d'offrir à ses invités stratégiques des repas dignes de l'Olympe. Lorsque Carême est accusé de meurtre, c'est la diplomatie française qui est menacée.
Ce roman, Le Cuisinier de Talleyrand de Jean-Christophe Duchon Doris, met l'eau à la bouche, tant la finesse des mets de Carême est habilement rendue. L'auteur est une fine plume.
Extrait (merci au site Encres Vagabondes pour ce passage, http://www.encres-vagabondes.com/magazine/duchon.htm), portant sur un petit déjeuner que se fait monter la nièce de Talleyrand :
Le principal atout de Talleyrand : son cuisinier, Antonin Carême, qui lui permet d'offrir à ses invités stratégiques des repas dignes de l'Olympe. Lorsque Carême est accusé de meurtre, c'est la diplomatie française qui est menacée.
Ce roman, Le Cuisinier de Talleyrand de Jean-Christophe Duchon Doris, met l'eau à la bouche, tant la finesse des mets de Carême est habilement rendue. L'auteur est une fine plume.
Extrait (merci au site Encres Vagabondes pour ce passage, http://www.encres-vagabondes.com/magazine/duchon.htm), portant sur un petit déjeuner que se fait monter la nièce de Talleyrand :
« bol brûlant de chocolat, langues-de-chat cuites au miel et au beurre, un verre d'orgeat et un gâteau aux abricots de la Wachau sortant du four. […] Le gâteau avait fait craquer sa vieille croûte et une lave d'un jaune luisant clapotait entre les lèvres dorées de la chair éclatée, exhalant une odeur chaude d'amande et de fruit qui se répandait dans les escaliers […] ».
L'intrigue policière est quant à elle rondement menée, mais avec moins de saveur. On ne peut pas tout avoir.
Un livre donc à recommander, mais plus pour les férus d'histoire et les gourmets, que pour les détectives en herbe.
14/20
Je vous parlerai prochainement d'autres littératures policières relevées de gastronomie.
Libellés :
* Historique,
Duchon Doris (Jean-Christophe)
mercredi 27 août 2008
Meurtre sous Henri IV : Peut mieux faire
"Z'avez pas lu "Un Chien du Diable" de Fabienne Ferrère ? Mais c'est ZE bouquin. Du vrai polar, bien ficelé. Ca se passe sous le règne d'Henri IV, et c'est super bien documenté en plus." disait le conseiller de service à la FNAC, visiblement payé au pourcentage tel le vendeur de frigo de chez Darty.
Et j'ai acheté. Et pas de bol, j'ai lu.
Le bon côté : Ca rassure sur le fait qu'on peut se lancer dans la carrière de romancier sans talent particulier.
Mais bon, on va le faire court : pas de style, un polar cousu de fil blanc à l'intrigue aux rebondissements aussi palpitants qu'un téléfilm sur TF1, sur un fonds historique globalement bien maîtrisé. Ca a bossé derrière, il faut le reconnaître. Mais ce n'est pas une raison pour nous l'imposer, ce bouquin laborieux.
"Roman d'aventures sur lequel planent les ombres d'Alexandre Dumas et de Paul Féval" : ces éditeurs, ils ont tous les culots...
Je vous parlerai bientôt de lectures historiques, je l'espère moins fades.
Et j'ai acheté. Et pas de bol, j'ai lu.
Le bon côté : Ca rassure sur le fait qu'on peut se lancer dans la carrière de romancier sans talent particulier.
Mais bon, on va le faire court : pas de style, un polar cousu de fil blanc à l'intrigue aux rebondissements aussi palpitants qu'un téléfilm sur TF1, sur un fonds historique globalement bien maîtrisé. Ca a bossé derrière, il faut le reconnaître. Mais ce n'est pas une raison pour nous l'imposer, ce bouquin laborieux.
"Roman d'aventures sur lequel planent les ombres d'Alexandre Dumas et de Paul Féval" : ces éditeurs, ils ont tous les culots...
Je vous parlerai bientôt de lectures historiques, je l'espère moins fades.
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