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mardi 10 décembre 2013

Le Fakir et son armoire

C'est d'une certaine façon le livre que j'espérais en vain de Jonas Jonasson, à la place de son second livre un peu navrant. Romain Puertolas offre avec l'Extraordinaire Voyage du Fakir qui était resté coincé dans une Armoire Ikea, un parcours initiatique décalé. Celui d'un petit escroc indien, un soi-disant fakir, vivant d'expédients aux crochets d'une populace crédule, qui décide de se rendre en France pour s'acheter un lit à clous chez Ikea.
De malchance en rebondissements, le pauvre fakir va découvrir l'Europe, l'amour et le bonheur.

Les rebondissements sont nombreux et ingénieux, le récit profondément moral, et parfois même moralisateur, et l'humour omniprésent et gentil.


L'ensemble constitue une lecture très agréable, de pure détente. Et le style un peu pauvre de la narration n'est pas une raison pour bouder son plaisir.

mercredi 4 décembre 2013

Le tour du monde en bombe atomique

Jonas Jonasson est un auteur heureux. Il a publié un roman intelligent, sympa à lire, et qui s'est très bien vendu, bien au-delà de la Suède, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.
L'ennui, c'est que Jonasson a eu envie d'écrire un nouveau best seller. Et que la méthode la plus simple était de recommencer le précédent en remplaçant quelques termes. Ainsi naquit L'Analphabète qui savait compter. L'histoire d'une jeune fille noire surdouée, née en Afrique du Sud durant l'Apartheid, qui va se retrouver en Suède avec une bombe atomique à gérer.



La première partie est bien amenée, et on peut espérer retrouver le plaisir de lecture du roman précédent. Mais hélas la machine se grippe. Les effets d'humour font moins rire, ou même pas du tout. L'intrigue, définitivement sans queue ni tête, demande au lecteur beaucoup de bonne volonté pour continuer à s'y intéresser.
L'ensemble reste mignon, mais la lecture n'en est pas moins pénible par moments. 

mercredi 30 mai 2012

So British

Stephen Fry fut longtemps le complice de Hugh Laurie. Si la plume de Fry est parfois plus difficile à suivre, notamment du fait de son fil fort peu chronologique, on y retrouve avec bonheur le même humour anglais. Mensonges, Mensonges tourne autour d'Adrian, étudiant de bonne famille, menteur compulsif, cynique à souhait, homosexuel assumé, suborneur dans l'âme...

Viennent se croiser la vie d'Adrian au collège, ses coups tordus et ses amours, et une intrigue d'espionnage que l'auteur laisse volontairement fort floue. L'ensemble est délicieux, bien que manquant un peu de rythme.


Extrait p 190, Editions J'ai Lu :
"- Ne croyez-vous pas, docteur Menzies, commença-t-il en n'osant même pas lever les yeux, que le mot "criminel" est un peu fort ?
Menzies se tourna vers lui.
- Pardonnez-moi, Monsieur Healey, vous êtes un étudiant en anglais. Je ne suis qu'un juriste. Au nom du ciel, qu'est-ce que je pourrais bien savoir du terme criminel ? Dans ma profession, sans nul doute sur la foi de notre ignorance, nous usons de ce mot pour évoquer un individu qui a enfreint la loi. Je suis sûr que vous pourriez nous divertir avec un mémoire sur l'origine du mot qui prouverait de manière concluante qu'un criminel est une espèce d'arbalète médiévale. Quoi qu'il en soit, au regard de l'objet que j'ai à connaître, à savoir le droit, cet homme est un criminel.
- Allons, messieurs...
- Si nous laissons de côté les sarcasmes inélégants du Dr Menzies, reprit Adrian, je dois dire que je sais fort bien ce que signifie "criminel" : il s'agit d'un mot anglais tout à fait ordinaire, pas d'un terme juridique, et je répugne qu'on l'applique à Donald. Cela le fait passer pour un professionnel du crime. Un crime ne fait pas un criminel. Ce serait comme de qualifier le Dr Menzies d'avocat parce que, voici trente ans, il a brièvement exercé au barreau."

Alternant moments graves et passages désopilants, Mensonges, Mensonges est une visite aussi politiquement incorrecte que réjouissante du microcosme des collèges anglais.
Je recommande.


mercredi 1 juin 2011

Le crime était presque parfait

Henry Wilt est assistant professeur de culture générale dans un lycée technique londonien. Ses élèves ne sont pas persuadés de son utilité. Sa femme non plus, persuadée qu'elle aurait mérité un bien plus glorieux destin. Il faut dire que cela fait dix ans que Wilt, effacé et peu revendicatif, stagne au bas de l'échelle universitaire. Son passe-temps : aller promener le chien, jusqu'au pub, et en chemin imaginer quelque méthode inventive de liquider sa moitié.

Wilt 1, de Tom Sharpe, écrit dans les années 70, a un peu vieilli sur certains de ses thèmes, tels que les thèses MLF. Le roman reste toutefois drôle et délicieusement grinçant dans son ensemble, et particulièrement le face à face entre Wilt et la police. Ses classes d'apprentis ont fait du petit professeur un vrai dur.


Extrait p 29 (Editions 10/18, Domaine Etranger) :
"Si les rats étaient le paradygme du Dr Pringsheim, Presse 3 était celui de Henry Wilt. Dans un genre différent, bien sûr. Ses élèves représentaient tout ce qu'il y avait de plus difficile, insensible et bouché parmi les classes d'apprentis, et pour tout arranger, les brutes se croyaient instruites sous prétexte qu'elles savaient lire et pouvaient dire que Voltaire était un sacré imbécile d'avoir mis Candide dans un pastis pareil. Venant après les infirmières d'Infirmerie, et pendant son interclasse normal, les membres de Presse 3 avaient sur lui le plus déplorable effet. Ils avaient déjà produit le même déplorable effet sur Cecil Williams, leur professeur en titre.
- Ca fait deux semaines qu'il est malade, dirent les imprimeurs.
- Je ne suis guère surpris, dit Wilt. Vous êtes capables d'expédier à l'hôpital les mieux portants d'entre nous.
- Y a un mec, il est venu et il s'est gazé après. Pinkerton, il s'appelait. Il a fait un semestre avec nous sur un bouquin. Jude l'Obscur. Oh la crise !... Ca causait que de ce minable, Jude.
- Très juste, dit Wilt.
- Le semestre dernier, il est pas revenu, le vieux Pinky. L'est descendu à la rivière, l'a bouché le tuyau d'échappement, et l'est mort asphyxié, quoi.
- Je ne peux pas vraiment lui en vouloir, dit Wilt."

Une bien plaisante, et même fréquemment hilarante, lecture.

mercredi 14 juillet 2010

Flop

Un livre a-t-il une date de péremption à l'instar d'un pot de yaourt ? Je me réjouissais de lire Trois Hommes dans un Bateau, de Jérome K Jérome. Victorien, supposé hilarant, voilà une lecture plaisir par excellence.

Sauf que non. De même que les pétomanes et le gag de la tarte à la crème, l'humour de ce livre a pris un épouvantable coup de vieux. Ajoutons-y des références à l'actualité des années 1880 totalement incompréhensibles pour quiconque n'a pas passé une thèse sur le sujet et une traduction française qui, selon des amis qui se lancèrent dans la lecture en même temps que moi, sur mon conseil qui plus est (a priori, ils ne m'en veulent plus) laissait de côté nombre de gags trop british pour franchir le Channel.

Pour en revenir à l'histoire, trois jeunes gens de bonne famille partent canoter sur la Tamise, afin de s'y détendre et profiter du bon air. L'histoire n'a aucun fil directeur passée la montée sur le canot et n'est que prétexte à de longues digressions sur tout et rien.

Il demeure toutefois de bons moments. Extrait page 110 édition Flammarion :
"Tous nos trésors d'art d'aujourd'hui ne sont que les banalités déterrées d'il y a trois ou quatre cents ans. Je me demande s'il y a une réelle beauté intrinsèque dans toutes ces vieilles assiettes à soupe, ces chopes à bière, et ces éteignoirs que nous prisons tellement aujourd'hui, ou si c'est seulement le prestige de l'antiquité qui, en auréolant ces objets, leur confère un tel charme à nos yeux. [...] Et en sera-t-il de même dans l'avenir ? Les trésors précieux d'aujourd'hui seront-ils toujours les bagatelles bon marché de la veille ? Verra-t-on des rangées de nos assiettes à fleurs s'aligner au dessus des marbres de cheminées chez les gens cossus de l'an 2000 et quelques ?"


Page 235 :  
"Evidemment, le fait qu'ils l'avaient pris pour un ami excusait tout. Cela me rappelle l'aventure que Harris me raconta un jour lui être arrivée à Boulogne. Il nageait près de la plage lorsqu'il se sentit brusquement saisi au cou par derrière et plongé de force sous l'eau. Il se défendit vigoureusement, mais celui qui l'avait empoigné devait être un véritable hercule, et toutes ses tentatives pour lui échapper furent vaines. Harris avait cessé de se débattre et tournait déjà son esprit vers des pensées graves quand son bourreau le lâcha.
Il reprit pied, cherchant des yeux celui qui avait failli être son meurtrier. L'assassin était à côté de lui, riant de tout coeur, mais à l'instant même où il vit émerger de l'eau le visage de Harris, il fit un bond en arrière et eut l'air absolument navré.
- Oh je vous demande bien pardon, balbutia-t-il tout confus, mais je vous prenais pour un de mes amis. 
Harris s'estima fort heureux que le farceur ne l'eut pas pris pour un parent, car dans ce cas, il l'aurait carrément noyé." 

En résumé, le livre semble bien long. Le lecteur aimerait s'y amuser. Hélas, il s'ennuie la plupart du temps. Ce qui est extrêmement frustrant.


11/20

lundi 23 novembre 2009

Le Petit Nicolas

Le Petit Nicolas a des Ennuis, de Goscinny et Sempé, est un des albums les plus réjouissants du Petit Nicolas. Il ne faut surtout pas acheter les inédits qui sortent ces derniers temps (ils ne sont pas inédits pour rien), mais bien les albums sortis du temps du grand Goscinny.

Je connais peu de lectures aussi hilarantes. Ces histoires sont encore meilleurs lues à voix hautes, partagées. Et leur lecture à différents niveaux, tout comme Goscinny sut également très bien le faire dans Astérix ou Lucky Luke par exemple, fait de ces histoires un plaisir pour toutes les tranches d'âge (à partir de 8 ou 9 ans tout de même), à lire et à relire.

Extraits de La Lampe de Poche :

"Comme j'ai fait septième en orthographe, papa m'a donné de l'argent pour m'acheter ce que je voudrais, et à la sortie de l'école tous les copains m'ont accompagné au magasin où j'ai acheté une lampe de poche, parce que c'était ça que je voulais. C'était une chouette lampe de poche que je voyais dans la vitrine chaque fois que je passais devant le magasin pour aller à l'école, et j'étais drôlement content de l'avoir.
[...]
Et puis papa est arrivé et je suis allé l'embrasser, et je lui ai montré ma chouette lampe de poche et il a dit que c'était une drôle d'idée, mais qu'enfin avec ça je ne casserais les oreilles de personne. Et puis il s'est assis dans le salon pour lire son journal.
- Je peux éteindre la lumière ? je lui ai demandé.
- Eteindre la lumière ? a dit papa. Ca ne va pas, Nicolas ?
- Ben, c'est pour jouer avec la lampe, j'ai expliqué.
- Il n'en est pas question, a dit papa. Et puis je ne peux pas lire mon journal dans l'obscurité, figure-toi.
- Mais justement, j'ai dit Je te ferai de la lumière avec ma lampe de poche, ça sera très chouette !"


C'est un must. Je le redis au cas où mon appréciation serait restée ambigue.

18/20

lundi 26 octobre 2009

OVNI littéraire

Les extra-terrestres ont débarqué. A Barcelone.
En fait, ils sont deux, Gurb et le narrateur, envoyés sur Terre à titre d'étude de la planète et de ses habitants. Gurb, parti en mission d'exploration le premier, a disparu.
Son chef décide de partir à sa recherche.

S'adapter à la vie barcelonaise (tout en sachant passer inaperçu) ne va pas être facile pour ces êtres constitués de pure intelligence, ayant été obligés de s'incarner pour l'occasion. Et notamment quand le narrateur, qui a acheté un petit appartement, commence à en pincer pour sa voisine.

Extrait :
19h00 : J'ourdis un plan qui me permettra d'entrer en relations avec ma voisine sans éveiller ses soupsons à propos de mes intentions. Je m'entraîne devant la glace.

20h30 : Je vais chez ma voisine, je frappe doucement à sa porte, ma voisine m'ouvre en personne. Je m'excuse de l'importuner à cette heure et je dis (mais c'est un mensonge) qu'en faisant la cuisine je me suis aperçu que je n'avais pas un grain de riz. Aurait-elle l'amabilité de me prêter une tasse de riz que je lui rendrai sans faute dès que le magasin Mercabarna sera ouvert (demain matin à cinq heures ?) Il ne m'en faut pas d'avantage. Elle me donne la tasse de riz, et me dit qu'il est inutile de lui rapporter le riz, ni demain, ni plus tard, et que les voisins sont là pour s'entraider. Je la remercie. Nous nous disons au revoir. Elle ferme la porte. Je monte en courant chez moi et je jette le riz à la poubelle. Le plan marche encore mieux que je ne l'avais prévu.

20h35 : Je frappe de nouveau à la porte de ma voisine. Elle m'ouvre en personne. Je lui demande deux cuillerées d'huile.

20h39 : Je frappe de nouveau à la porte de ma voisine. Elle m'ouvre en personne. Je lui demande une tête d'ail.

20h42 : Je frappe de nouveau à la porte de ma voisine. Elle m'ouvre en personne. Je lui demande quatre tomates pelées sans pépins.

20h44 : Je frappe de nouveau à la porte de ma voisine. Elle m'ouvre en personne. Je lui demande du sel, du poivre, du persil, du safran.

20h46 : Je frappe de nouveau à la porte de ma voisine. Elle m'ouvre en personne. Je lui demande deux cents grammes d'artichauts (déjà bouillis), des petits pois et des haricots mange-tout.

20h47 : Je frappe de nouveau à la porte de ma voisine. Elle m'ouvre en personne. Je lui demande une livre de crevettes épluchées, cent grammes de fromage rapé, deux cents grammes de moules vivantes. Elle me donne deux mille pesetas et me dit d'aller manger au restaurant et de la laisser tranquille.

21h00 : Je suis tellement déprimé que je n'ai même pas la force de manger les douze kilos de beignets que je me suis fait monter par un livreur.

Voilà, vous voyez le genre. Ca peut faire notamment penser à du "Troisième Planète Après le Soleil". L'auteur s'appelle Eduardo Mendoza, et le livre Sans Nouvelles de Gurb.
C'est un très bon moment, à condition bien entendu de supporter ce type d'humour. La part importante de private jokes barcelonaises en fait un livre encore plus agréable pour un Catalan. Mais nobody's perfect.

17/20 

mardi 2 septembre 2008

Rentrée des classes

C'est la rentrée. Ma fille entre en première année de maternelle. Je stresse, elle non.
Pour me mettre dans l'ambiance, je vais relire une merveille, un incontournable : Le Petit Nicolas, de Goscinny et Sempé.

Comme toujours chez Goscinny, la lecture peut se faire à plusieurs niveaux et plaire ainsi tant aux enfants qu'aux adultes (comme dans Astérix avec Uderzo, Iznogood avec Tabary, les premiers albums de Lucky Luke avec Morris...). Le Petit Nicolas est un livre fait pour être lu à voix haute. Lisez le à vos enfants, à ceux que vous aimez. L'effet comique n'en est que plus fort.

PS : J'ai relu hier Une Carotte pour Iznogood (Goscinny, Tabary). Un chef d'oeuvre. "Bagdad la sublime connaissait un climat très chaud à la température constante toute l'année, ce qui la rendait fort agréable en hiver et très éprouvante en été."