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dimanche 4 septembre 2016

Rouge sur Noir

Les mots ciselés, concis et justes, de Baricco, pour une histoire de vengeance suite à une guerre civile. Une petite fille qui survit à son père et qui attend son heure, l'heure de retrouver ses meurtriers.

Sans Sang, d'Alessandro Baricco : le bonheur de lire un grand écrivain, brut.

mercredi 1 juin 2011

Ressources humaines

Cadres Noirs, de Pierre Lemaître, narre la descente aux enfers d'un cadre qui sort du circuit, et de petits boulots en humiliation, finit par toucher le fond. Il va être le premier surpris par ce qu'il va y trouver : un homme violent et surprenamment plein de ressources. Tant pis pour la multinationale qui a voulu se moquer de lui.


Raconté à la première personne, le roman se décompose en trois parties. La première fut à mon goût longue et pénible. Heureusement, le changement de narrateur à la deuxième partie est un véritable bol d'air pour l'intrigue qui prend alors toute son ampleur. Une trame originale et riche en rebondissements rend ce roman difficilement posable avant de l'avoir terminé. Une bonne histoire, originale et bien menée.
Deux remarques toutefois. La première concerne un ressort important de l'intrigue : Non, l'informatique, ce n'est pas magique, il faut arrêter de faire gober au lecteur n'importe quoi, même si c'est pour le bien du scénario. La seconde se rapporte au style, très efficace, mais... disons très efficace.

Extrait p 114 (Edition Livre de Poche) :
"Je prends mon élan, je rassemble toutes mes forces encore disponibles et je lui balance mon poing dans la gueule. Il ne s'y attend pas du tout. C'est un cataclysme immédiat. Mon poing fermé lui arrive entre la pommette et la joue, son corps est propulsé en arrière, ses mains, dans un ultime réflexe, tentent désespérément de s'accrocher à la table. Il fait deux mètres en arrière, heurte une autre table, puis deux chaises, son bras, qui cherche un appui, balaye tout sur son passage, sa tête vient heurter la colonne de soutènement, sa gorge expulse un cri rauque, vaguement animal, tous les clients se sont retournés, bruit de verre brisé, de chaise cassée, de table renversée, silence de stupeur. L'espace devant moi est bien dégagé. Je me tiens le poing au creux du ventre tellement il me fait mal. Mais je me lève et je sors dans la stupéfaction générale."

Voilà, voilà. Personnellement, ce qui me fait mal, c'est de lire ça, même si je partage la souffrance du narrateur.

lundi 16 août 2010

Temps mort

R.J. Ellory a écrit Seul le Silence. Il l'a écrit en noir et blanc pour toute la partie se déroulant dans l'Amérique des marais de Géorgie, et a rajouté brièvement quelques touches de couleur pour celle à New York. Curieuse et troublante coexistence de ces deux planètes au sein d'un même pays.
Le roman s'étale sur une trentaine d'années, invitant à suivre le narrateur alors qu'il n'est encore qu'un jeune garçon dans sa traque d'un tueur de petites filles. Un tueur dont l'horreur touche à l'indescriptible.


Ellory a le don de la description :
P226 : Le shérif Burnett Fermor, l'air dur, le visage comme un amas d'angles biscornus, le pouce de la main gauche bien enfoncé sous son ceinturon, la paume de sa main droite posée sur la crosse de son revolver.
"Tiens, salut, mon gars", lança-t-il d'une voix traînante. Les muscles de sa mâchoire se contractaient lorsqu'il parlait. Il plissait les yeux à cause du soleil, ce qui lui donnait l'air de quelqu'un sortant d'une cave et découvrant la lumière du jour, quelqu'un qui aurait été enfermé au sous-sol pour sa sécurité et celle des autres.

On le hait et on le craint, ce flic, alors qu'il n'a encore rien dit, rien fait. Grand Ellory.

P379 : Balloté dans un véhicule exigu et sans air, je découvrais les sons et les odeurs de gens différents : un soldat derrière moi, des décorations en loques agrafées autour du bord de son chapeau, des mélodies jaillissant d'un harmonica fêlé qu'il tenait à la main, son esprit perdu dans quelque sombre souvenir d'Europe qui le hanterait à jamais. J'avais l'impression d'entendre des fantômes. Une femme âgée, son visage comme un parchemin dont le message aurait été effacé, les yeux tels des trous percés dans la lueur du jour pour trouver la paisible obscurité de l'autre côté. [...] Serrés les uns contre les autres tandis que la nuit approchait, tandis que nous descendions du bus dans des villes comme Goose Creek et Roseboro, Scotland Neck et Tuckahoe, dans des motels bons marchés. Draps fins et murs gris, couvertures trop maigres pour couvrir à la fois nos visages et nos pieds, tremblant inconfortablement, défiant la nature, luttant contre l'insomnie.

Le narrateur ne le précise pas, mais le lecteur sait bien au fond de lui-même que le temps est gris et qu'il pleut.

Après, et je m'en excuse auprès de ceux qui m'ont conseillé ce splendide roman - un roman de désespoir, un roman dont couleur et chaleur ont été bannies- je ne retire que de la douleur à lire un texte aussi sombre. Uniquement sombre, je n'ai rien su en tirer d'autre. Je ne saurais donc le recommander malgré sa beauté.

17/20