Comme on peut se tromper, parfois. En choisissant le Rabbin Congelé, de Steve Stern, j'avais envie de m'amuser. Hi hi, un grand sage, congelé accidentellement en 1899 dans un lac proche d'un petit shtetl et qui se réveille dans l'Amérique contemporaine, ça ne peut être que drôle. Choc des cultures, apport de la sagesse ancienne à une société si matérialiste, ça ne peut être que drôle.
Mais non. Le roman suit alternativement le parcours du bloc de glace, durant un siècle, de la Vieille Europe au Nouveau Monde, et l'apprentissage du jeune adolescent, Bernie, qui sera à l'origine de la décongélation accidentelle du rabbin. Le récit invite à suivre une fresque familiale, ses romances et ses tragédies, à travers le XXe siècle. Parallèlement, il dénonce le matérialisme abrutissant, le consumérisme tout puissant dans lequel le vieux rabbin se jette à corps perdu. "Vous voulez de la sagesse et du bonheur, je vais vous en vendre". De ce point de vue, l'auteur dénonce violemment les dérives mercantiles du fait religieux.
Bernie, lui, va découvrir ses origines, le parcours de ses ancêtres, que son père ne lui avait jamais transmis. Et en se souvenant, il va se découvrir à lui-même.
Il y avait un grand rabbin, qui, lorsque son peuple était menacé, partait dans la forêt, dans une clairière donnée. Il y allumait un feu et faisait une prière particulière. Et un miracle se produisait.
Son fils à son tour fit de même, mais il ne savait plus allumer le feu sacré. Mais le miracle encore se produisait.
Son propre fils se rendait également dans la clairière. Mais lui ne connaissait même plus la prière. Pourtant, il demandait un miracle, et celui-ci se produisait.
La génération suivante ne savait même plus où se trouvait la clairière. Mais ils se racontaient entre eux cette histoire, et le miracle se produisait.
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vendredi 22 août 2014
mardi 10 décembre 2013
Le Fakir et son armoire
C'est d'une certaine façon le livre que j'espérais en vain de Jonas Jonasson, à la place de son second livre un peu navrant. Romain Puertolas offre avec l'Extraordinaire Voyage du Fakir qui était resté coincé dans une Armoire Ikea, un parcours initiatique décalé. Celui d'un petit escroc indien, un soi-disant fakir, vivant d'expédients aux crochets d'une populace crédule, qui décide de se rendre en France pour s'acheter un lit à clous chez Ikea.
De malchance en rebondissements, le pauvre fakir va découvrir l'Europe, l'amour et le bonheur.
Les rebondissements sont nombreux et ingénieux, le récit profondément moral, et parfois même moralisateur, et l'humour omniprésent et gentil.
L'ensemble constitue une lecture très agréable, de pure détente. Et le style un peu pauvre de la narration n'est pas une raison pour bouder son plaisir.
De malchance en rebondissements, le pauvre fakir va découvrir l'Europe, l'amour et le bonheur.
Les rebondissements sont nombreux et ingénieux, le récit profondément moral, et parfois même moralisateur, et l'humour omniprésent et gentil.
L'ensemble constitue une lecture très agréable, de pure détente. Et le style un peu pauvre de la narration n'est pas une raison pour bouder son plaisir.
Libellés :
* Conte philosophique,
* Humour,
Puértolas (Romain)
mardi 28 septembre 2010
Rat de bibliothèque
Firmin, de Sam Savage, conte l'histoire d'un rat se découvrant un fort appétit pour les livres. Appétit d'abord purement physique mais rapidement spirituel.
Roman philosophique, bien emmené, frais et d'une lecture hautement agréable, du moins entre les pages 80 et 120 (en gros). Le début est d'une pédanterie intellectuelle rare qui ne le dispute qu'à l'ennui. La fin aussi.
Au total, la qualité principale de ce court opuscule est sa longueur.
Extrait p31 :
"Parfois, j'entamais les livres par la tranche que je léchais, mordillais, savourais puis mangeais, mais la plupart du temps, si je parvenais à soulever la couverture, je les attaquais par le milieu comme la perceuse. J'adorais les éditions Modern Library, peut-être à cause de leur logo - un coureur portant une torche - et en choisissait un exemplaire le plus souvent possible. Il m'est arrivé d'imaginer que j'étais, moi aussi un coureur portant une torche. Et quels livres j'ai découvert durant ces premiers jours enivrants ! Aujourd'hui encore, il me suffit d'en réciter les titres pour avoir les larmes aux yeux. Alors récitez-les lentement, à voix haute et laissez-les vous briser le coeur. Oliver Twist, Les Aventures de Huckleberry Finn. Gatsby le Magnifique. Les Ames mortes. Middlemarch. Alice au Pays des Merveilles. Pères et Fils. Les Raisins de la Colère. Ainsi va toute chair. L'Amérique Tragique. Peter Pan. Le Rouge et le Noir. L'Amant de Lady Chatterley."
Sentant à nouveau une douce torpeur m'envahir, je m'arrête là. Sans noter.
PS : Nombre de gens fort bien ont hautement apprécié cet ouvrage. Je ne revendique aucune objectivité.
Roman philosophique, bien emmené, frais et d'une lecture hautement agréable, du moins entre les pages 80 et 120 (en gros). Le début est d'une pédanterie intellectuelle rare qui ne le dispute qu'à l'ennui. La fin aussi.
Au total, la qualité principale de ce court opuscule est sa longueur.
Extrait p31 :
"Parfois, j'entamais les livres par la tranche que je léchais, mordillais, savourais puis mangeais, mais la plupart du temps, si je parvenais à soulever la couverture, je les attaquais par le milieu comme la perceuse. J'adorais les éditions Modern Library, peut-être à cause de leur logo - un coureur portant une torche - et en choisissait un exemplaire le plus souvent possible. Il m'est arrivé d'imaginer que j'étais, moi aussi un coureur portant une torche. Et quels livres j'ai découvert durant ces premiers jours enivrants ! Aujourd'hui encore, il me suffit d'en réciter les titres pour avoir les larmes aux yeux. Alors récitez-les lentement, à voix haute et laissez-les vous briser le coeur. Oliver Twist, Les Aventures de Huckleberry Finn. Gatsby le Magnifique. Les Ames mortes. Middlemarch. Alice au Pays des Merveilles. Pères et Fils. Les Raisins de la Colère. Ainsi va toute chair. L'Amérique Tragique. Peter Pan. Le Rouge et le Noir. L'Amant de Lady Chatterley."
Sentant à nouveau une douce torpeur m'envahir, je m'arrête là. Sans noter.
PS : Nombre de gens fort bien ont hautement apprécié cet ouvrage. Je ne revendique aucune objectivité.
Libellés :
* Conte philosophique,
Savage (Sam)
mardi 22 juin 2010
Peace and Love
Deux prix Hugo, l'un en 1960 et l'autre en 1963. Pour le premier, Starship Troopers, Robert Heinlein se fit parfois taxer de militariste fascisant. Le second, En Terre Etrangère, fait l'apologie de l'amour libéré et de l'anarchie comme modèles pour sauver le monde. Chacun des romans donne lieu à de longues digressions aux dialogues quasi-socratiques, et dont les conclusions valident ces deux idéologies a priori opposées.
Comprendre ce semblant de contradiction, c'est comprendre Heinlein, qui n'aime rien tant que démontrer tout et son contraire avec le sérieux, mais également la gouaille, d'un philosophe de comptoir.
Comme le dit en son temps le cardinal Du Perron à Henri III : « Sire, j'ai prouvé aujourd'hui par raisons très bonnes et évidentes, qu'il y avoit un Dieu ; demain, Sire, s'il plaist à Vostre Majesté me donner encore audience, je vous monstrerai et prouverai par raisons aussi bonnes et évidentes qu'il n'y a point de Dieu ». Le roi hélas goûta peu le mot d'esprit. Le lecteur d'Heinlein, lui, est d'avantage d'humeur pour ce genre de jeux.
En Terre Etrangère conte l'histoire d'un Martien, Valentin Michael Smith, en fait premier humain né sur Mars, suite à la première expédition martienne dont il fut l'unique survivant. Récupéré vingt ans plus tard par l'expédition suivante, il arrive sur Terre où il découvre les traits de caractère des Hommes tel un nouveau Candide parcourant le monde.
Le roman commence comme de la SF et devient progressivement un conte philosophique. Les pouvoirs du jeune homme lui permettent de ne pas se contenter d'un rôle d'observateur mais d'entreprendre de changer le monde.
Attention, la philosophie de Heinlein est à prendre au second degré, sous peine d'être imbuvable, tant il se complait dans le sexisme, la mièvrerie religieuse et une certaine forme de racisme. "Mais il est sérieux, là, où il plaisante ?" est la question que se pose sans cesse le lecteur éclairé de Heinlein. L'autre, le non-éclairé, y patauge allègrement tel le cochon dans sa mare boueuse. De là à y voir une explication de l'énorme succès de cet écrivain outre-atlantique, il y a un pas que je ne me risquerais pas à franchir. Pour Gérard Klein, sémaphore de la science-fiction, Heinlein est une clef essentielle pour comprendre l'Amérique.
Au final, une lecture originale, souvent déconcertante, mais qui traine un peu en longueur. A lire dans l'herbe pendant l'été, en écoutant une mélopée indienne des Beatles, pour se prendre pendant quelques heures pour un hippie.
14/20
Comprendre ce semblant de contradiction, c'est comprendre Heinlein, qui n'aime rien tant que démontrer tout et son contraire avec le sérieux, mais également la gouaille, d'un philosophe de comptoir.
Comme le dit en son temps le cardinal Du Perron à Henri III : « Sire, j'ai prouvé aujourd'hui par raisons très bonnes et évidentes, qu'il y avoit un Dieu ; demain, Sire, s'il plaist à Vostre Majesté me donner encore audience, je vous monstrerai et prouverai par raisons aussi bonnes et évidentes qu'il n'y a point de Dieu ». Le roi hélas goûta peu le mot d'esprit. Le lecteur d'Heinlein, lui, est d'avantage d'humeur pour ce genre de jeux.
En Terre Etrangère conte l'histoire d'un Martien, Valentin Michael Smith, en fait premier humain né sur Mars, suite à la première expédition martienne dont il fut l'unique survivant. Récupéré vingt ans plus tard par l'expédition suivante, il arrive sur Terre où il découvre les traits de caractère des Hommes tel un nouveau Candide parcourant le monde.
Le roman commence comme de la SF et devient progressivement un conte philosophique. Les pouvoirs du jeune homme lui permettent de ne pas se contenter d'un rôle d'observateur mais d'entreprendre de changer le monde.
Attention, la philosophie de Heinlein est à prendre au second degré, sous peine d'être imbuvable, tant il se complait dans le sexisme, la mièvrerie religieuse et une certaine forme de racisme. "Mais il est sérieux, là, où il plaisante ?" est la question que se pose sans cesse le lecteur éclairé de Heinlein. L'autre, le non-éclairé, y patauge allègrement tel le cochon dans sa mare boueuse. De là à y voir une explication de l'énorme succès de cet écrivain outre-atlantique, il y a un pas que je ne me risquerais pas à franchir. Pour Gérard Klein, sémaphore de la science-fiction, Heinlein est une clef essentielle pour comprendre l'Amérique.
Au final, une lecture originale, souvent déconcertante, mais qui traine un peu en longueur. A lire dans l'herbe pendant l'été, en écoutant une mélopée indienne des Beatles, pour se prendre pendant quelques heures pour un hippie.
14/20
Libellés :
* Conte philosophique,
* SF,
Heinlein (Robert)
lundi 4 mai 2009
De l'air

La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio, Grand Prix de l’Imaginaire 2006, est une œuvre magnifique, inclassable, superbement écrite, totalement intraduisible. Je remercie à nouveau Hyppolite de me l'avoir fait découvrir.
Le roman est avant tout une aventure littéraire tant son auteur sait jouer avec les mots, décrire avec une précision de chirurgien le souffle du vent de mille façons différentes, et avec un art que Queneau n’eut pas renié, adopter à tour de rôle tous les styles de langue, faisant s’exprimer tour à tour les personnages si divers de sa Horde.
La Horde, vingt-trois hommes et femmes entrainés depuis l’enfance à remonter face au vent, à pied, toute leur vie, vers l’extrême-amont, l’origine des vents et du monde. Leur objectif : être les premiers à atteindre ce mythique extrême-amont, s’il existe, afin d’en rapporter la connaissance : jardin d’Eden, cosmos infini, antre des Dieux…
Dans un monde où les progrès des machines à voile sont considérables, eux marchent. Inexorablement. La quête doit être faite à pieds. Le but est dans le chemin.
Outre les éléments, des hommes déterminés s’opposent à leur avancée.
Et petit à petit, les vingt-trois prennent chair. Avec leurs cotés lumineux et sombres. Toutefois, qu’importent leurs individualités : il n’y a qu’en groupe qu’ils peuvent réussir, soudés.
La beauté du texte, les talents de conteur de l’auteur, l’originalité de l’histoire, livre-monde, nombreuses sont les raisons justifiant d'ouvrir ce roman. Sans la moindre hésitation.
A savoir : Si vous l'achetez en édition grand format, un CD accompagne le livre, proposant des airs musicaux adaptés aux différents passages du récit.
http://www.lahordeducontrevent.org/, site présentant l'ouvrage, vous apportera de nombreuses informations complémentaires sur le gigantesque travail qu'a représenté l'écriture de ce roman. Toutefois, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas vous gacher le plaisir de la découverte, et de commencer par ouvrir le livre.
Le roman est avant tout une aventure littéraire tant son auteur sait jouer avec les mots, décrire avec une précision de chirurgien le souffle du vent de mille façons différentes, et avec un art que Queneau n’eut pas renié, adopter à tour de rôle tous les styles de langue, faisant s’exprimer tour à tour les personnages si divers de sa Horde.
La Horde, vingt-trois hommes et femmes entrainés depuis l’enfance à remonter face au vent, à pied, toute leur vie, vers l’extrême-amont, l’origine des vents et du monde. Leur objectif : être les premiers à atteindre ce mythique extrême-amont, s’il existe, afin d’en rapporter la connaissance : jardin d’Eden, cosmos infini, antre des Dieux…
Dans un monde où les progrès des machines à voile sont considérables, eux marchent. Inexorablement. La quête doit être faite à pieds. Le but est dans le chemin.
Outre les éléments, des hommes déterminés s’opposent à leur avancée.
Et petit à petit, les vingt-trois prennent chair. Avec leurs cotés lumineux et sombres. Toutefois, qu’importent leurs individualités : il n’y a qu’en groupe qu’ils peuvent réussir, soudés.
La beauté du texte, les talents de conteur de l’auteur, l’originalité de l’histoire, livre-monde, nombreuses sont les raisons justifiant d'ouvrir ce roman. Sans la moindre hésitation.
A savoir : Si vous l'achetez en édition grand format, un CD accompagne le livre, proposant des airs musicaux adaptés aux différents passages du récit.
http://www.lahordeducontrevent.org/, site présentant l'ouvrage, vous apportera de nombreuses informations complémentaires sur le gigantesque travail qu'a représenté l'écriture de ce roman. Toutefois, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas vous gacher le plaisir de la découverte, et de commencer par ouvrir le livre.
Libellés :
* Aventures,
* Conte philosophique,
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