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jeudi 26 mars 2015

Back to the Schtetl

Isaac Bashevis Singer, au travers de ce recueil d'une dizaine de nouvelles sous le titre Le Spinoza de la Rue du Marché, offre une vision de la complexité de l'âme et de ses tourments. Un sage devenant un bandit après avoir échappé à la mort. Un homme simple se révélant plein de sagesse. Un ascète érudit découvrant l'amour à la fin de sa vie. Sans jamais donner de leçon, en laissant toujours son lecteur maître de tirer ses propres conclusions, en offrant même souvent une double vision d'un même événement, une pour le croyant et l'autre pour le rationnaliste, ces nouvelles sont un régal de finesse et de psychologie.


Il y a des lectures dont on sort meilleur.



mardi 22 mars 2011

Les tréfonds de l'âme humaine

Trois courts romans sur l'âme humaine, qui n'ont rien à voir entre eux.

Anna Gavalda, dans ce court roman qu'est l'Échappée Belle, nous emmène a la rencontre de quatre frères et soeurs. La vie les a éloignés, lentement, mais leur amour est toujours aussi fort. Ils vont s'accorder, le temps d'un weekend, le temps de se retrouver. Ces deux jours, ils vont les voler au quotidien, aux convenances et aux obligations sociales. Une bouffée d'air frais, en musique. La délicatesse de l'instant, la fragilité du bonheur, le bien-être ressenti à partager quelques instants de plus avec ceux qu'on aime.
Toutes les émotions sont suggérées, ressenties. Un roman caresse. Odeur de rose.


Tonino Benaquista, avec La Boite Noire, nous fait suivre l'itinéraire d'un jeune homme qui a été victime d'un grave accident de la route. Dans le coma, il a parlé. Beaucoup et longtemps. Sa boite noire s'est ouverte. Une infirmière présente a tout noté. A sa sortie de la clinique, elle lui offre la clef de son subconscient. Ainsi équipé, le narrateur va porter un regard neuf sur son passé.
Une belle et optimiste histoire sur la découverte de soi, portée par tout le talent de Benacquista. Un roman pétillant. Odeur citronnée.
Pour info, nouvelle adaptée au cinéma dans un film de Richard Berry, avec José Garcia, que je n'ai pas vu.



John Fante, avec Mon Chien Stupide, amène son lecteur dans la tête d'un narrateur également torturé. Toutefois, ce dernier se pose peu de questions sur lui-même. Scénariste de moyenne envergure et sans confiance en lui, il porte un regard sans aménité sur sa femme et ses quatre enfants. Propriétaire d'une villa en bord de mer sur la cote californienne, le pauvre chou s'estime le plus malheureux du monde et ne rêve que de tout plaquer pour s'enfuir en Italie, ce dont il n'a jamais le courage. La seule satisfaction du bonhomme, c'est l'énorme chien qui vient un jour squatter son jardin et dont les pulsions sexuelles débridées terrorisent ou agressent le voisinage et une partie de ses proches.
L'âme humaine peut aussi être mesquine et petite. Odeur de poubelle.
NB : Je sais, c'est supposé être un roman drôle et satirique. Est-ce ma faute, si je n'ai pas ri ?

lundi 8 novembre 2010

Trois jours à New-York

L'Attrape-coeurs, de JD Salinger, est un roman se déroulant tout du long à la première personne, dans les yeux d'un adolescent de seize ans, Holden Caulfield, élève dans une pension chic de Nouvelle Angleterre. Problèmes scolaires et relationnels vont aboutir à son renvoi, et à sa fugue à New-York.
Durant trois jours, il va, au fil de ses rencontres, sombrer lentement ou trouver des planches de salut.

Difficile de décrire la finesse de ce grand livre, son approche psychologique, la richesse de ses non-dits. Je n'avais pas été aussi admiratif de l'approche et de la description du schéma de pensées de personnages depuis le Domaine et le Manoir d'Isaac Bashevis Singer.

Roman magnifique, rempli de couleurs, d'espoirs et de tendresse, ce classique publié en 1951 n'a pas pris une ride.

Il paraît que tout le monde a déjà lu ce classique. Je suis heureux d'avoir réparé mon retard.

19/20

mardi 16 mars 2010

Conjuration

La Conjuration des Imbéciles, de John Kennedy Tool, est un roman que sa genèse seule rendrait déjà extraordinaire. Premier roman de l'auteur, ce dernier se suicida en 1969, suite à la déprime qu'avait engendré le refus des éditeurs de le publier. Les efforts incessants de sa mère finirent par aboutir à la publication, qui fut suivie d'un prix Pulitzer en 1981. Une histoire aussi noire et ironique que le ton de l'ouvrage.

Nouvelles Orléans, début des années 60. Le "héros", Ignatius J Reilly, la trentaine, vit chez sa mère. Obèse, il se complait dans la plus totale inactivité, ne sortant que pour aller au cinéma (et y décrier les infects films que l'on ose y projeter). Misanthrope, il passe sinon le plus clair de son temps à noircir des cahiers dans sa chambre. Il y étale son rejet du monde moderne, totalement décadent, s'appuyant sur les écrits des Anciens (Platon, Boèce tout particulièrement) et de théologiens moyen-âgeux.


Obligé de chercher du travail pour des raisons bassement matérielles, il va être confronté à ses contemporains, occasion pour l'auteur de dresser une description colorée de la Nouvelle Orléans : usines délabrées, pauvreté des Noirs, quartiers à touristes et jeunesse dorée. La verve de Tool rend l'ensemble du tableau comique, effet particulièrement renforcé par le fossé séparant la vision du monde de Reilly de celui de ses contemporains. Egocentrique, bouffi d'orgueil, menteur et malhonnête, Reilly se rend totalement  détestable, malgré sa fine intelligence.

A lire, rien que pour la finesse du portrait du Sud des Etats-Unis dans les années 60.

16/20

PS : Merci à Hilaire pour m'avoir fait découvrir ce grand roman

mercredi 16 septembre 2009

A fleur de peau

Sous le titre "la Peur" sont regroupées dans un recueil six nouvelles écrites dans les années 20 par Stefan Zweig. Elles sont toutes plus lumineuses les unes que les autres.

Dans la Peur, le tourment d'une femme adultère victime d'un chantage va progressivement l'amener au plus complet désespoir.
Leporella relate la vie d'une paysanne, simple et renfermée, et l'exaltation que va faire naître en elle involontairement le noble qui l'emploie.
La Collection Invisible parle d'une collection rare d'estampes que croît détenir un vieil homme aveugle.

L'ensemble est d'une humanité extrême, exposant la fragilité des êtres et le feu qui peut les consumer, avec tout l'art de Zweig pour exprimer sobrement et si finement les humeurs de l'âme.

18/20

Orient compliqué

A la FNAC Saint Lazard, j'ai sympathisé avec plusieurs vendeurs aussi éclectiques dans leurs goûts que sympathiques.
L'un d'eux, particulièrement gentil, est hélas devenu ma Némésis littéraire. L'Ombre du Vent, de Carlos Ruis Zafon, avait été pénible. Fictions, de Borges, me fit remettre en doute mon intérêt pour la lecture. Spin, de Robert Charles Wilson, m'a quasi-amené à désavouer la science-fiction comme genre littéraire. Mais la semaine dernière, il a failli m'achever, me persuadant de me plonger dans La Danseuse d'Izu, de Yasunari Kawabata, prix Nobel de littérature 1968.
La Danseuse d'Izu, un étudiant qui voyage en compagnie d'une troupe de théâtrale l'a bien remarquée. Ils échangeront quelques mots, ainsi qu'avec les autres forains. Et après une étape dans une petite ville, où l'on chante et joue au go, l'étudiant repartira en bateau, un peu triste.
Il y a aussi cet homme qui aime les animaux de compagnie, mais est assez maladroit avec ses oiseaux et n'arrive pas à les conserver en vie.
Ou cette femme qui a perdu son mari, décédé de la tuberculose et se remarie (La Lune dans l'Eau, cf. l'extrait).
Une autre parle à un arbre, se persuadant que son ami s'y est reincarné. Si la chose est avérée, je plains la pauvre plante incapable de s'enfuir.
Il ne se passe rien. Rien. J'ai bien cherché. De temps à autres, j'avais envie d'hurler : "pourquoi ???" J'avoue ma totale insensibilité par rapport à tous ces beaux textes. Une telle inanité me fut quasiment douloureuse. Il y a des fossés culturels qu'on ne peut sauter.

Extrait (La Lune dans l'Eau, page 122) :
"Un matin de mai, la jeune femme entendit à la radio des chants d'oiseaux des bois, enregistrés dans une montagne proche de son lieu de séjour, avant la mort du malade. Quand elle eut accompagné son second mari jusqu'à la porte, elle sortit son nécessaire pour y refléter le ciel clair, selon son habitude d'autrefois. C'est alors qu'elle fit une découverte surprenante : on ne connaît que le reflet de son visage ; ces traits qui vous sont personnels, uniques, vous demeurent invisibles. On se touche la figure chaque jour, comme si les traits que renvoie le miroir étaient ceux de votre vrai visage...
Quelle signification donner au fait que le Créateur ait façonné les hommes tels qu'ils ne puissent contempler leur propre visage ? Kyoko resta songeuse un long moment." 

Je ne note pas. Je n'en ai plus la force.

mardi 25 août 2009

Alter ego


Lire un Tonino Benacquista, c'est déguster une petite gourmandise. De celles qu'on laisse pour la fin du repas, pour la déguster une fois rassasié. Elle passe toute seule, trop vite. Dans le cas de Quelqu'un d'Autre, la gourmandise est passée beaucoup trop vite. J'irais même jusqu'à me demander si par hasard on ne m'aurait pas volé ma fin.

Pour faire référence au billet précédent, autant Hamilton sait décortiquer un champ de force et un générateur à plasma, mais n'a jamais pu forcer la couche de l'épiderme, autant Benacquista nous fait plonger dans les tourments des âmes avec une facilité déconcertante.
Thierry et Nicolas se sont rencontrés sur un cour de tennis. Ils ont poursuivi le match tardivement autour de petits verres de vodka. Pas vraiment malheureux, pas vraiment paumés, la quarantaine insatisfaite, ils se lancent un pari : changer de vie et se retrouver trois ans plus tard au même endroit.

L'un va revivre grâce à l'alcool, source d'épanouissement, de réussite professionnelle et sentimentale, jusqu'à ce que la quantité de sang dans l'alcool atteigne une certaine limite. L'autre va organiser sa disparition et sa renaissance : nouvelle identité, nouveau visage, nouveau métier...
La question sous-jacente : Peut-on devenir un autre, ou finit-on toujours par retomber sur soi ?
Je regrette fort une fin trop rapide à mon goût, peut-être faute d'inspiration, mais qui ne doit pas empécher de se plonger dans cette histoire où le talent de conteur de Benacquista demeure toujours un plaisir.

14/20