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jeudi 5 janvier 2017

Un autre James Bond

Je me rends compte que j'ai omis d'écrire tout le bien que j'avais pensé d'Au Service Surnaturel de Sa Majesté, de Daniel O'Malley.
C'est un premier roman, extrêmement plaisant.
Il emprunte un peu au cycle The Laundry de Stross, un service secret de plus au service de la Reine. Il chasse le démon, comme le précédent. Mais celui-ci est plus physique, et moins technologique, que le précédent. Plus volontiers humoristique également.
L'ensemble est bien pensé, bien construit, un peu sanguinolent, agréablement cohérent et riche en rebondissements.

Une pépite pour amateurs d'univers fantastico-contemporains, fans de MIB à la sauce lovecraftienne et autres doux rêveurs.

lundi 24 novembre 2014

L'Entité sous la Pyramide

The Fuller Memorandum est le troisième roman du cycle de « La Laverie » de Charles Stross.  Pour mémoire, le premier roman de cette série, le Bureau des Atrocités, est un livre auquel je ne cesse de me référer, et de conseiller, tant je l’ai trouvé brillant.

Mélange d’horreurs lovecraftiennes et de roman d’espionnage, The Fuller Memorandum met aux prises les services secrets de sa Gracieuse Majesté et le SVR (ex-KGB) dans une course aux reliques. Il y a une (très) méchante secte, des horreurs du fond des âges et plein de gadgets électroniques.  Bob Howard, geek obligé de faire un boulot de James Bond, va suivre une piste le long de London Necropolis Railway (qu’on ne visite pas assez lors des séjours à Londres) jusqu’au gigantesque cimetière de Brookwood.

De l’humour, de l’inventivité, une très belle plume, Stross est excellent.


PS : Le roman n’est pour le moment pas traduit en français.

lundi 15 septembre 2014

Un vieux dragon

Le titre à lui seul était tout un programme, je vous laisse juges : "Moi, Jennifer Strange, Dernière Tueuse de Dragons". Dans les amas de mauvaise Heroic Fantasy, voilà un recueil qui pourrait avoir toute sa place.
Heureusement, c'est Jasper Fforde qui est à la manœuvre. L'ouvrage est donc délicieux. De l'humour, une critique cinglante des sociétés contemporaines, une imagination débridée, et une grande culture.

Jennifer est une jeune fille trouvée. Elle a été placée par l'institution qui l'a élevée, comme c'est la tradition, dans une des dernières institutions de magiciens du Royaume. Elle s'occupe de l'administratif, peu du goût des magiciens.
Ces derniers ont vu leurs pouvoirs décliner avec la disparition progressive des dragons. Ces redoutables créatures vivent, de par un accord ancestral avec les hommes, dans des réserves où nul homme ne peut entrer et dont ils ne doivent sortir.



Il ne reste aujourd'hui qu'un seul vieux dragon, qui devrait s'éteindre sous peu, d'après les prophéties. Le domaine foncier alors libéré appartiendra aux premiers plantant leurs fanions en terre, comme ce fut la tradition dans le Grand Ouest américain. Comment Jennifer va être intronisée comme dernière tueuse de Dragons, en charge d'en finir avec cet ultime lézard, les questions diplomatiques et foncières soulevées par cette mort imminente, la disparition programmée de la magie sur Terre, tout ceci est traité tambour battant, par une héroïne bien plus énergique et sympathique que Harry Potter (tant qu'à lire de la magie...).

jeudi 28 août 2014

James Bond vs Cthulhu

Ce qui faisait le charme du Bureau des Atrocités de Charles Stross, c'était un mélange de MIB (une organisation secrète chargée de défendre la patrie) et de mythe lovecraftien.

Dans Jennifer Morgue, Stross remet le couvert en y ajoutant une couche de James Bond. Des supers agents secrets et leurs gadgets mi-techno mi-envoutés vont se frotter à un super-méchant désireux d'invoquer de quelconques forces du mal.
C 'est une couche de trop. J'évite en général le chocolat fondu sur mon steak à la confiture.

L'ensemble reste toutefois plein d'humour, mais l'histoire se lit avec plus de distanciation que le premier tome. Il faut être sérieusement geek pour apprécier toutes les références déployées à l'envie.


Qui n'a jamais rêvé de voir les génies de TBBT enfiler des smokings pour passer une soirée au casino à combattre les plans du Smersh, accompagnés de Penny en robe de soirée aussi fendue que décolletée, avec en poche des PDA aux appli traceuses de diagrammes occultes susceptibles de retenir une intrusion chtonienne ou des Chiens de Tindalos ne goûtera peut-être pas tout le sel de l'intrigue.

Sinon, foncez.


samedi 14 décembre 2013

Qui a peur du grand méchant loup ?

L'idée de base est séduisante. Les personnages des contes de fée existent. Ils vivent parmi nous, certains conscients de leurs spécificités et d'autres les ayant oubliées. A ma droite les méchantes reines sorcières, à ma gauche les gentilles princesses, et autour loup, chasseur et autres nains. Le Bien et le Mal s'affrontent, comme il doit toujours être.
L'ensemble donne un bel et avenant édifice, fort honnêtement écrit, correctement construit, mais sur des fondations excessivement fragiles. Les bases de l'histoire sont branlantes et le lecteur doit se garder de ne pas éternuer trop fort, sous peine de voir la maison s'écrouler.



"Loup, y es-tu ?", d'Henri Courtade, est une agréable lecture pour amateurs de Fantasy. L'équivalent exact d'une série américaine "Once Upon a Time" construite sur le même thème.
Les souvenirs du livre s'estompent déjà, tels un rêve étrange fait dans la nuit et dont les images disparaissent dès le réveil. Avec l'avantage qu'on peut le lire deux fois à six mois d'intervalle en le redécouvrant.

Si le thème des héros sont parmi nous vous attire, American Gods, de Neil Gaiman, boxe toutefois dans une autre catégorie.

lundi 16 juillet 2012

N'est pas mort ce qui à jamais dort

Nous ne sommes pas seuls. Des créatures dont les pouvoirs dépassent notre entendement sont tapies dans l'ombre. Ou pour être plus précis : vivent dans des dimensions parallèles à la nôtre. Il fut un temps où, pour invoquer une telle monstruosité, les sorciers usaient de pentacles, de sacrifices et de divers organes de boucs et de hiboux. L'informatique, l'électricité et les mathématiques permettent d'être de nos jours bien plus efficace pour créer un vortex entre deux mondes.
C'est pourquoi il faut protéger l'humanité. La protéger d'incursions démoniaques dans son quotidien. Mais la protéger également de savoir. C'est l'objectif de la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques.



Charles Stross, avec le Bureau des Atrocités, rend hommage à Lovecraft tout en jouant à Men in Black. L'ensemble, mâtiné d'humour britannique, est purement jouissif.

Extrait p45, Editions Le Livre de Poche :
"L'efficace Vohlman attaque son programme avec le zèle d'un instituteur-né.
- Nous allons essayer une sollicitation mineure, une invocation de type 3 en utilisant précisément les coordonnées que j'ai dessinées au tableau. Ce qui devrait susciter une manifestation primaire d'horreur sans nom, mais ce sera une horreur sans nom assez manipulable, du moment que nous observons des précautions raisonnables. Il y aura des distorsions visuelles désagréables et un peu de bavardage protoconscient, mais pas plus intelligent qu'un reporter des News of the World - pas vraiment assez pour être assez dangereux. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne risque rien pour autant - on peut très facilement se tuer si on ne traite pas le matériel avec le respect qui lui est dû. Au cas où vous l'auriez oublié, il y a six cents volts et quinze ampères qui passent dans le circuit, et la carte mère est isolée et orientée correctement sur un axe magnétique nord-sud. La géométrie que nous utilisons pour cet essai est un espace de Minkowski modifié que nous pouvons obtenir par dérivation en portant pi à la puissance quatre. Rapprochez-vous s'il vous plait, il faut que vous soyez à l'intérieur du périmètre de sécurité quand je mettrai le circuit sous tension. Manesh, si vous pouviez allumer le panneau ENTREE AB-SO-LU-MENT INTERDITE...
Nous faisons cercle autour du banc d'essai. Je reste en retrait."

En littérature fantastique, je ne m'étais pas autant réjoui depuis De Bons Présages, de Neil Gaiman.

jeudi 21 juillet 2011

Mauvais trip

Pénible. Je n'ai pas trouvé d'autre terme. La Jeune Détective, de Kelly Link, est une succession de nouvelles d'une imagination débordante. Plusieurs sont primées. Toutes sont sans queue ni tête.


Alors, c'est peut-être beau, c'est peut-être de la poésie, de l'onirisme. C'est peut-être magnifiquement inventif. Pour moi, ce fut juste un moment extrêmement pénible à passer.
D'ailleurs, me référant aux droits du lecteur tels que Daniel Pennac il fut un temps les énonça, je me suis autorisé à me passer des dernières nouvelles.

Extrait :
La jeune détective pose quelques questions.

"Il me semble que je connais déjà cette histoire, dit-elle au gros homme.
- Elle ne date pas d'hier."
Il la regarde d'un air triste. Elle lui rend son regard.
"Alors pourquoi me la raconter ?
- Je ne sais pas. Ma femme a disparu il y a quelques mois. Je veux dire qu'elle est partie pour un monde meilleur, qu'elle est morte. Je ne la trouve plus, voilà. Mais je pense que si quelqu'un retrouvait
cette boite de nuit, elle y serait peut-être. Seulement je suis vieux, et la maison de son père a brulé il y a trente ans. Je n'arrive même pas à retourner au restaurant chinois.
- En admettant que je localise la boite de nuit, elle n'y sera certainement pas, si elle est morte, dit la jeune détective. Et si elle y est, elle ne voudra peut-être pas revenir.
- J'en suis aussi conscient que vous, petite demoiselle. Mais parler d'elle, de la manière dont je l'ai connue - ce genre de choses me fait du bien. Et puis allez savoir. Elle y est peut-être. On ne sait jamais avec ces choses-là."
Il lui donne une photo de sa femme.
"Comment s'appelait-elle ? demande la jeune détective.
- Ca fait un moment que j'essaie de m'en souvenir."

Un mauvais trip à l'acide, sans l'acide. Sans autre commentaire.

mercredi 25 mars 2009

Des morts si vivants


Encore du Neil Gaiman ??? Ca devient un blog thématique, ce n'est pas possible.
Je demande pardon pour cela.
Mais l'Etrange Vie de Nobody Owens est un roman qui m'a littéralement captivé.
Littérature jeunesse, pour les plus de 13 ans, c'est un roman une fois de plus qui s'adresse à tous. D'ailleurs, que ne peut-on lire à 13 ans ? Pas grand chose. N'est-ce pas un âge de maturité religieuse ?
Nobody, comme il sera appelé plus tard par sa famille adoptive, a bien moins que 13 ans, lorsqu'il échappe à l'assassin qui vient de tuer froidement à coups de couteau ses parents et sa soeur. Il n'a qu'un an et demi. Il est allé ramper jusqu'au cimetière voisin, totalement inconscient de la tragédie qui vient de se dérouler. Et là, il va être sauvé par ceux qui vont devenir sa famille d'adoption, cédant au plaidoyer du spectre de sa mère.
Les morts vont l'accueillir et le cacher. L'élever et le protéger. Heureusement, car ceux qui veulent la mort de Nobody ne sont pas du style à baisser les bras.
Dans ce magnifique roman, comme dans les Noces Funèbres de Tim Burton, les morts sont bien plus humains que les vivants.
Ce livre déborde de sensibilité, d'humanité, de trouvailles également. Je ne peux être que dithyrambique.

Je n'ai pas trouvé de mauvaises critiques. Je vous livre donc les plus belles à mes yeux :
« Le Livre du cimetière est d’une imagination sans fin, magistralement raconté et, comme Bod lui-même, trop brillant pour tenir en un seul endroit. C’est un livre pour tous. Vous l’aimerez à mort. », Holly Black, co-auteur des Chroniques de Spiderwick
"Si on devait juger de la qualité d'un roman au nombre de stations de métro ratées (ce qui est, je trouve, un critère assez objectif), ce roman remporte la palme haut la main : j'ai raté 5 stations de métro à cause de lui." (http://happyfew.hautetfort.com/archive/2008/12/03/leave-no-path-untaken.html)

mercredi 18 mars 2009

La chose dans le noir et la petite fille


Coraline, de Neil Gaiman, est un roman pour enfants (je dirais, à partir de 12 ans). C'est surtout un livre fantastique, qui respecte tous les codes du genre, instaurés depuis Prosper Mérimée et sa Venus D'Ille.
Coraline Jones vient d'emménager dans une grande maison avec ses parents. Comme toute bonne petite fille, c'est une exploratrice. Elle ne met pas longtemps à remarquer que la porte théoriquement condamnée, dans le grand salon, débouche sur un couloir sombre et fort inquiétant, où une créature vieille et mauvaise n'aurait jamais dû être réveillée.

"- Je peux aller dans le grand salon ?
C'était là que les Jones entreposaient les meubles coûteux (et inconfortables) que la grand-mère de Coraline leur avait légués à sa mort. Coraline n'avait pas le droit d'y entrer. Personne n'y allait jamais. La pièce était réservée aux jolies choses. "

Le jour où les parents de Coraline disparaissent, elle doit se rendre à l'évidence : elle seule peut les secourir. Elle part alors à leur recherche en traversant le couloir sombre.

Un moment de bonheur que je vous invite à partager.

16/20

PS : je constate qu'un film d'animation adapté du livre sort en France le 10 juin prochain.

mercredi 22 octobre 2008

Magie anglaise

"Jonathan Strange et Mr Norrel", de Suzanna Clarke, dépasse les frontières d'un simple roman. L'auteur retrace subtilement, distille lentement, au gré de notes et d'anecdotes tout au long de l'histoire des deux magiciens, Strange et Norrel, comment la magie anglaise a tenu une place de premier ordre dans l'histoire de nos voisins d'Outre-Manche. Comment également les habitants de toute la partie du pays au dessus du Yorkshire étaient et restent dévoués à leur souverain, le Roi Corbeau, attendant son retour. Ils ne sont sous la férule de l'administration britannique que de façon temporaire, d'après un vieux traité.
Les deux magiciens vont donc porter dans l'Angleterre du XIXe siècle, ennemie acharnée de Napoléon Ier, le renouveau de la magie anglaise et son soutien aux efforts de guerre de la Couronne britannique.
L'ensemble est écrit avec une légèreté et un humour so british, et ne se départit pas d'un doux parfum de scones et de gigot à la menthe.


Le livre, superbement écrit, est à lire, je pense, absolument.
Il a hélas, de par sa forme, un petit coté rebutant, dans la mesure où l'édition de poche (1200 pages écrites en caractères 7, interligne 0,8) n'a de poche que le nom. Mais la souffrance est largement compensée. Quelques faits prouvent que je ne suis pas le seul à en être arrivé au bout : 2 millions d'exemplaires vendus à ce jour, une traduction dans 17 pays, prix Hugo et Locus, roman de l'année 2004 par Time Magazine. A lire, je vous dis.
Toutefois, il faut être juste, il n'a pas plu, mais pas plu du tout à tout le monde : http://www.cafardcosmique.com/Jonathan-Strange-Mr-Norrel-de
Comme le montre cette critique du Cafard Cosmique, qui vous conseille plutot du Joyce, tant qu'à se taper des pavés.

mardi 23 septembre 2008

Neverwhere, un nouveau classique


Neverwhere, de Neil Gaiman, fait partie de ces romans qu'on lit plusieurs fois. Au-delà de l'histoire, pour le plaisir d'écouter à nouveau cette petite musique. Gaiman emmène son lecteur dans le Londres d'en bas, celui dont le citadin ignore jusqu'à l'existence, mais qui est pourtant là sous ses yeux. Cette présence du fantastique au sein de même de nos villes modernes de rationnalité, la fine interaction entre ces deux mondes qui s'ignorent, que Gayman sait si bien mettre en scène, font le charme de ce roman.
La plongée de Richard Mayhew dans cet univers, que dans un premier temps il nie, sera parsemée de dangers. MM. Vandemar & Croup, sordides assassins si hauts en couleur, vont le pourchasser impitoyablement.
Un petit extrait pris sur le dragon galactique (http://ledragongalactique.forumpro.fr/) : La scène se passe chez Harrod's, la nuit.

"Richard resta figé sur place, au milieu de la cohue, buvant des yeux le spectacle. C’était du pur délire. Sur ce point, aucun doute. C’était bruyant, c’était vulgaire, c’était fou et c’était, par bien des aspects, tout à fait fabuleux. Les gens discutaient, marchandaient, criaient, chantaient. Ils vantaient et présentaient leurs denrées, et en clamaient la supériorité. De la musique jouait –une dizaine de mélodies différentes, interprétées d’une dizaine de façons différentes sur une vingtaine d’instruments différents, pour la plupart improvisé, imperfectibles et improbables. Richard huma des relents de nourriture. Toutes sortes de provendes : le fumet des currys et des épices semblait prédominer avec, en toile de fond, l’odeur de la viande grillée et des champignons. On avait dressé des étalages à travers tout le magasin, à côté des rayons, et parfois même dessus, là, où, pendant la journée on vendait des parfums, des montres, de l’ambre ou des foulards de soie. Tout le monde achetait. Tout le monde vendait. Richard écouta les cris du marché en commençant à déambuler dans la foule"

19/20