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vendredi 13 janvier 2017

Grand froid

Un Gros Bobard et Autres Racontars est un des volumes des aventures des trappeurs de la côte Nord Est du Groenland, si chers à Jorn Riel. Des hommes rudes, solitaires, parfois violents, et d'une humanité profonde, qui rend ces récits, à peine exagérés, si délicieux.
Que ce soit la transformation du farouche capitaine Olsen sous le coup de l'amour, l'orchestre du nouvel an, ou l'accueil d'un club d'alpiniste, toutes les histoires sont jubilatoires.


Extrait p69, éditions 10/18 : Les alpinistes viennent de reprendre le bateau

-  Lasselille a l'air encore plus penaud que d'habitude, raconta Mads Madsen. On dirait presque qu'il s'est mis à chialer. Allons bon, qu'est-ce qu'il a encore fait, le fiston ?
Il posa la question directement à Lasselille quand celui-ci remonta de la plage en rasant le sol.
- Je voulais leur faire plaisir, renifla le jeune chasseur. J'suis monté jusqu'en haut de l'Alaine pour vérifier qu'ils n'avaient rien oublié. Et j'ai trouvé ça, c'était resté accroché en haut avec quelques clous en cuivre.
Bjorken prit la petite plaque de laiton que Lasselille lui présentait.
"Le club des Joyeux Montagnards Danois de 1897 a posé cette plaque en souvenir de son escalade de l'Alaine lors de l'été 1936."
Le chef de station regarda, méditatif, son élève.
- Hum, et Frederiksen ne voulait donc pas la récupérer ?
- Il m'a traité de voyou et de choses pires encore, sanglota Lasselille.
Bjorken lui donna la plaque.
- Je propose, mon garçon, que tu cloues cette plaque au-dessus de ta couchette pour toujours te remémorer que dans ce bas monde il ne faut jamais s'attendre à la reconnaissance des gens.

Une lecture qui me rend toujours aussi heureux.

jeudi 28 août 2014

James Bond vs Cthulhu

Ce qui faisait le charme du Bureau des Atrocités de Charles Stross, c'était un mélange de MIB (une organisation secrète chargée de défendre la patrie) et de mythe lovecraftien.

Dans Jennifer Morgue, Stross remet le couvert en y ajoutant une couche de James Bond. Des supers agents secrets et leurs gadgets mi-techno mi-envoutés vont se frotter à un super-méchant désireux d'invoquer de quelconques forces du mal.
C 'est une couche de trop. J'évite en général le chocolat fondu sur mon steak à la confiture.

L'ensemble reste toutefois plein d'humour, mais l'histoire se lit avec plus de distanciation que le premier tome. Il faut être sérieusement geek pour apprécier toutes les références déployées à l'envie.


Qui n'a jamais rêvé de voir les génies de TBBT enfiler des smokings pour passer une soirée au casino à combattre les plans du Smersh, accompagnés de Penny en robe de soirée aussi fendue que décolletée, avec en poche des PDA aux appli traceuses de diagrammes occultes susceptibles de retenir une intrusion chtonienne ou des Chiens de Tindalos ne goûtera peut-être pas tout le sel de l'intrigue.

Sinon, foncez.


mardi 26 août 2014

Le Franc et l'Abyssinien

Michael Chabon est un touche à tout. Il emmène cette fois son lecteur en 950, en Khazarie, à la suite de deux aventuriers que tout oppose. La Khazarie, c'est ce royaume caucasien dont la dynastie royale avait adopté le judaïsme, notamment afin de ne pas prendre parti entre ces belliqueux voisins Chrétiens à l'Ouest et Mahométans au Sud.
Les Princes Vagabonds, ce sont : Amram, un colosse abyssinien, et Zelikman, un malingre médecin franc ; ils vivent de combines et d'expédients, arpentant les pays à leur gré. Leur route va croiser celle d'un jeune prince dont la famille a été massacrée par un usurpateur, aujourd'hui devenu chef de guerre des Khazars. Ce sera le début de leurs ennuis.



Roman picaresque, parsemé d'action, mais surtout empli de tendresse et d'humanisme. Un très beau voyage dans un royaume oublié de l'histoire.

mercredi 4 décembre 2013

Le tour du monde en bombe atomique

Jonas Jonasson est un auteur heureux. Il a publié un roman intelligent, sympa à lire, et qui s'est très bien vendu, bien au-delà de la Suède, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire.
L'ennui, c'est que Jonasson a eu envie d'écrire un nouveau best seller. Et que la méthode la plus simple était de recommencer le précédent en remplaçant quelques termes. Ainsi naquit L'Analphabète qui savait compter. L'histoire d'une jeune fille noire surdouée, née en Afrique du Sud durant l'Apartheid, qui va se retrouver en Suède avec une bombe atomique à gérer.



La première partie est bien amenée, et on peut espérer retrouver le plaisir de lecture du roman précédent. Mais hélas la machine se grippe. Les effets d'humour font moins rire, ou même pas du tout. L'intrigue, définitivement sans queue ni tête, demande au lecteur beaucoup de bonne volonté pour continuer à s'y intéresser.
L'ensemble reste mignon, mais la lecture n'en est pas moins pénible par moments. 

samedi 30 novembre 2013

Les bêtes du bush

Après l'excellent Koala Tueur, sont sortis deux autres recueils d'aventures dans le bush, et sur les côtes australiennes, de l'écrivain-aventurier Kenneh Cook : La Vengeance du Wombat et l'Ivresse du Kangourou.
La recette reste la même : des buffles, serpents, wombats, quokka, kangourous, chiens sauvages, totalement imprévisibles et incontrôlables, des aborigènes qui ont tout compris, des chercheurs d'opales avinés, et un narrateur écrivain qui voudrait juste réussir à s'en sortir sans trop de casse.
Délectable.


 
Le regard de dérision que Kenneth Cook porte sur lui-même, son pays et ses habitants, est plein d'amour. Ce qui donne le meilleur humour.

samedi 14 juillet 2012

Serpents, koalas et crocodiles

Le bush, c'est pas pour les mauviettes. Kenneth Cook, écrivain australien engagé politiquement, dans le cadre de ses déplacements dans le bush, en a vu des vertes et des pas mures. A l'en croire.
Une quinzaine de nouvelles, où l'écrivain narre ses démêlés avec les diverses bébêtes locales, ou avec les aborigènes, regroupées dans un trop court opuscule, le Koala Tueur, et autres histoires du bush.
Le style est incisif, dense, authentiquement drôle. Un grand écrivain, de surcroît bien traduit.




Extrait p132, Editions Le Livre de Poche
"- Cinq ans que j'ai Cédric, m'expliqua Henry. Je l'ai trouvé sur la piste quand il était chaton. Il avait un bébé dingo mort dans la gueule. Je sais pas d'où il sortait. Son problème, c'est qu'il n'a jamais vu un autre chat et qu'il se prend pour un chien.
Personnellement, je trouvais que Cédric avait plus de raisons de se prendre pour un croisement de chacal et de jaguar, auxquels il ressemblait.
- On pourrait pas rêver d'un meilleur chien de garde, poursuivit Henry. Je peux abandonner mon camp pendant des jours sans m'inquiéter. Cédric ne laissera passer personne.
L'unique oreille du chat se tendit en entendant son nom. Il sourit - je vous jure qu'il sourit (bon, peut-être qu'il montrait les dents) - et les flammes du feu étincelèrent sur un long croc blanc.
- Bois un autre coup, dit Henry en brandissant son rhum."

Je n'avais pas eu depuis longtemps un authentique fou rire en lisant une nouvelle. Un livre bonheur.

mardi 23 août 2011

Haute montagne

En haute montagne, dans les Alpes, le face à face d'un chamois et d'un braconnier.
Pas n'importe quel chamois. Il mène sa harde depuis 20 ans. L'animal est fier et intelligent. Quand il ne dirige pas son troupeau, il le domine perché sur un à-pic, toujours un papillon blanc posé sur une corne.
Pas n'importe quel braconnier. Un solitaire vivant en pleine montagne, vainqueur des pires parois avant les alpinistes pour trouver le bon angle de tir. Lié étroitement à cette nature sauvage où il est un voleur, selon ses propres termes.
Lorsqu'un automne le chamois sent que bientôt un plus jeune mâle viendra le déposer, que le chasseur trouve le poids des années devenir trop lourd pour la vie qu'il mène, une dernière confrontation s'impose.

Extrait p34, Editions Gallimard :
Le canon du fusil avait ramassé des fils d'araignées dans les passages. Il les laissa, ils étaient de bon augure, oeuvre du plus grand chasseur du monde, qui dessine des pièges dans l'air pour capturer des ailes. L'araignée était une collègue. Dans sa cabane, les fils des toiles d'araignées étaient tendus autour de la fenêtre. Ils brillaient au soleil pour accrocher les vols. Les araignées fixaient des filets avec un centre et attendaient. Les proies viennent à elles. L'homme devait escalader pour aller au centre des proies. L'araignée était le plus fort des chasseurs. Dans sa position encore à l'ombre, l'homme voyait briller au vent un fil de toile d'araignée collée sur le canon de son fusil.


Le Poids du Papillon, d'Erri de Luca, est une belle histoire. Le style est sobre, sans effets, touchant. Une très belle randonnée en montagne.

mercredi 10 novembre 2010

Thursday III, IV et V

J'ai été contaminé par le virus Jasper Fforde. Les aventures de Thursday Next, agent de la Jurifiction, entité interne au monde des livres en charge de leur bon déroulement, et détective littéraire au sein des OpSpec britanniques lors de ses retours dans le monde réel, m'ont passionné, fait rire, accroché par leur suspens. J'ai dévoré les tomes III, IV et V : Le Puits des Histoires Perdues, Sauvez Hamlet et Le Début de la Fin.

Lors de l'une de ses premières missions, elle est capturée par les personnages secondaires d'un sombre bouquin à l'eau de rose, qui, mal et peu décrits,  dépérissent d'ennui : (Le Puits des Histoires Perdues, page 258)
"- On a commencé par des bons mots qui nous mettaient en joie pendant un bon petit moment. Ca a duré quelques mois, mais bientôt, ça n'a plus suffi ; on voulait du rire, de la gaieté, du bonheur sous toutes ses formes. Des garden-parties trois fois par mois, une fête des moissons toutes les semaines, une tombola quatre fois par jour - tout ça n'était pas assez ; on voulait... de la vraie dope !
- Du chagrin, murmura maîtresse Passante, du chagrin, de la tristesse, de l'affliction mais à haute dose. Vous avez lu Au Service Secret de sa Majesté ?
Je hochai la tête.
- C'est ça qu'on voulait. Le coeur en liesse à la perspective d'un mariage soudain brisé par la mort brutale de la mariée !
Je contemplai ces Génériques légèrement déjantés. Incapables de faire naître artificiellement des émotions dans le cadre de leur idylle rurale, ils s'étaient embarqués dans le trip méthodique des mariages forcés et des enterrements pour se procurer le plaisir recherché. Au vu du nombre de pierres tombales dans le cimetière de l'église, combien d'autres avaient déjà subi le même sort ?
- Votre mort nous anéantira, bien sûr, susurra maîtresse Passante, mais nous nous en remettrons... le plus tard sera le mieux !
- Attendez ! dis-je. J'ai une idée !
- On n'a pas besoin d'idées, mon amour, répondit maître Dupatelin, braquant le pistolet sur moi. On a besoin d'émotions.
- Combien de temps ce fixe durera-t-il ? lui demandai-je. Une journée ? Peut-on regretter quelqu'un qu'on connaît à peine ?
Ils se regardèrent. J'avais tapé dans le mille. Avec de la chance, la jouissance qu'ils tireraient de mon assassinat et de mes funérailles leur permettrait de tenir jusqu'à l'heure du thé.
- Vous avez une meilleure idée ?
- Je peux vous fournir des émotions à la pelle. Des sentiments tellement forts que vous ne saurez plus où donner de la tête.
- Elle ment ! clama maîtresse Passante froidement. Tuez-la vite... je ne peux plus attendre ! Je veux de la tristesse ! Tout de suite !
- Je fais partie de la Jurifiction. Du danger et des dissensions, je peux en importer dans ce livre plus qu'un millier de Blyton en l'espace de toute une vie !
- C'est vrai ? s'exclamèrent les villageois qui buvaient du petit lait en m'écoutant.
- Oui, et je vous le prouve. Maîtresse Passante ?
- Oui ?
- Maître Dupatelin m'a dit tout à l'heure qu'il trouvait que vous aviez un gros cul.
- Il a dit quoi ? s'étrangla-t-elle, savourant l'affront que je venais de lui infliger.
- Je n'ai jamais dit ça ! protesta maître Dupatelin, que l'indignation fit décoller à son tour.
[...]
- Je ne me rappelle plus qui m'a fait un enfant !
Un silence soudain se fit autour de moi.

- Scandaleux ! décréta le révérend. Répugnant, moralement abject... mmmm !
- Mieux que ça, ajoutai-je. Si vous m'aviez tuée, vous auriez aussi tué l'enfant que je porte ; il y aurait eu de quoi vous sentir coupable pendant des mois !
- Oui ! hurla maître Rustique. A mort !
Je levai mon arme. Ils s'arrêtèrent tout net.
- Vous regretterez toujours de ne pas m'avoir tuée, murmurai-je.
Calmés, les villageois s'abandonnèrent au sentiment de frustration engendré par mes paroles."


S'il fallait ajouter un compliment, un autre talent de Fforde s'ajoutant à sa géniale imagination, est la qualité de sa structuration. L'histoire, qui peut paraître par moment virant à l'absurde, n'abandonne jamais sa cohérence interne, et aucun fait, même le plus farfelu, ne manque d'une justification en conclusion.

Un bonheur de lecture.
Le Puits des Histoires Perdues et Sauvez Hamlet : 17/20
Le Début de la Fin : 16/20, mais une véritable ampleur retrouvée à mi-roman.

lundi 23 août 2010

Entre les lignes

Euphorisant. Délivrez-moi, deuxième tome des aventures de Thursday Next, enquêtrice littéraire au sein de la Division des Opérations Spéciales (on dit les OpSpecs), par Jasper Fforde, est totalement euphorisant.

Thursday, qui a le pouvoir d'entrer dans les livres et d'en modifier l'histoire, a lors d'une précédente mission, enfermé un criminel notoire dans un poème de Poe, le Corbeau ("qui a mis le Poe dans poème ?", dit joliment l'auteur). Parallèlement, elle a d'ailleurs mis fin à la guerre de Crimée, qui se poursuivait entre le Royaume-Uni et la Russie depuis plus d'un siècle.
Devenue médiatique suite à ses exploits, elle va faire l'objet d'un chantage pour délivrer l'individu. Ses ennemis n'ont pas hésité à éradiquer son compagnon, par une subtile intervention peu avant sa naissance, afin de faire pression sur elle. Il n'existera à nouveau que si elle se soumet.

Extrait p95 :
- Je vois mal Mycroft prendre sa retraite, commentais-je tandis que nous marchions sur le trottoir.
- Moi aussi, dit Landen. Que crois-tu qu'il va faire maintenant ?
- Regarder Kezako Quiz, très vraisemblablement. Il prétend que les feuilletons et les jeux télévisés sont le meilleur moyen de partir en douceur.
- Il n'a pas tort. Après plusieurs années de 65 rue Morse, la mort peut apparaître comme une distraction bien venue.


Roman foisonnant d'idées et d'humour, fou mais pas trop, voilà une lecture plus que recommandable.


17/20

mardi 4 mai 2010

Tout ça pour un bouquin

Est-ce le lecteur qui change ou le livre ? Peut-être les deux. En tous les cas, le Livre d'Hanna, de Geraldine Brooks s'est révélé au fil des pages une lecture de plus en plus facile. Je trouvais au départ le style de l'auteur d'une telle platitude que le fond de l'histoire, les scènes les plus poignantes glissaient sur moi telle l'eau sur le canard.


Et pourtant, l'auteur en fait des tonnes dans le poignant. L'héroïne, Hanna, une Australienne spécialisée dans la conservation des vieux manuscrits, est appelée en Bosnie pour prendre soin d'un livre inestimable qui a miraculeusement refait surface après la guerre civile en ex-Yougoslavie : la haggadah de Sarajevo. C'est-à-dire le livre de prière dans lequel les Juifs lisent une fois l'an, à Pâques, le récit de la sortie d'Egypte et les exploits de Moïse-Charlton Heston.

L'étude qu'Hanna fait de cette fameuse haggadah l'amène à découvrir des pans de son histoire, et de celle de ses souvent malheureux propriétaires, depuis sa création dans l'Espagne des Almohades. Succession de tableaux historiques à rebours : la second guerre mondiale et les Oustachis, Vienne à la fin du XIXe siècle, Venise au XVIe, Grenade en 1492 et cette salope d'Isabelle la Catholique (ça m'a choqué aussi, mais ce serait son surnom historique).

Vous ne pleurez pas encore ? Alors pour que le pathos soit total, l'héroïne va régler en parallèle des comptes avec sa maman, les hommes et son surmoi.

Bourré d'émotions tout cela. D'émotions qui ne passent pas ou si peu. Reste une somme de tableaux historiques joliment dépeints, une morale sur les hommes qui sont tous des frères par delà leur différences qui fait bien chaud au cœur, et une œuvre tellement pleine de bonnes intentions et qui se donne tellement de mal pour ne blesser personne qu'on a envie de dire à l'auteur d'oublier son politiquement correct de temps en temps.

Jamais je n'oserai critiquer ce livre, il part d'une si bonne intention. Lisez-le, c'est bien mignon, et ça cultive incidemment.

15/20

PS : J'en profite pour hautement conseiller le Livre de Saphir, de Gilbert Sinoué. L'action se déroule également en 1492 en Espagne et tourne aussi autour d'un livre, la fraternité entre les hommes et les religions du Livre est magnifiquement dépeinte, et l'auteur est un puits de culture. Un livre grandiose.

jeudi 28 janvier 2010

Occultisme, symbolisme et crustacés

Bon, une bonne chose de faite, j'ai fini le dernier Dan Brown. Petit effort de concentration, afin de me remémorer le titre... Voilà : Le Symbole Perdu.

Heureusement que j'avais tiré un certain plaisir (relatif) de la lecture des deux précédents : le fameux Da Vinci Code et Anges et Démons (ce dernier se passe à Rome et fut mon préféré).
De même que le Guide du Routard ou le Lonely Planet, Dan Brow sort une nouvelle destination par an : après Rome et Paris/Londres, visite de Washington. Merci de ne pas oublier le guide.



Bon, en résumé, ce bouquin est le copier coller des précédents, en changeant les noms et quelques énigmes. Le héros et l'héroïne de service tentent d'échapper à la CIA (on ne sait pas très bien pourquoi, eux non plus, mais ça donne du rythme). Le méchant, qui est vraiment très méchant, sème les morceaux de cadavres (là encore, on ne change pas une recette qui gagne). Une mauvaise langue pourrait dire que Dan Brown compense la platitude de son style par le sadisme de ses mises en scène.

Le scénario est truffé d'invraisemblances. Je ne parle pas de l'enjeu, qui est comme d'habitude le destin de l'humanité, mais simplement du déroulement. Mon gag préféré est un classique :
Le méchant tue tous ceux qui lui passent sous la main sans état d'âme ni perte de temps. Tout le monde, sauf les héros. Eux, il leur réserve un sort plus terrible. Pour le héros, jamais de "paf entre les deux yeux"... ce serait trop simple. Plutôt une mise à mort via un dispositif complexe et long auquel le sinistre personnage n'a pas le temps d'assister.

Enfin, il y a le style Dan Brown. Les héros, qui passent la moitié de leur temps à courir pour échapper à la CIA et sauver le monde, passent l'autre moitié à philosopher tout en faisant des expériences de chimie amusante et de jeux de plage mathématiques sur une petite pyramide détentrice de bien grands secrets.

La fin du livre est particulièrement pénible. Je me suis endormi plusieurs fois avant d'en venir à bout.

Bref, arrêtons le massacre. J'ai perdu mon temps. Ne perdez pas le vôtre.

5/20

mercredi 9 décembre 2009

L'agité et le matheux


Une bien belle idée, que celle développée par Daniel Kehlman dans Les Arpenteurs du Monde. Daniel Kehlman est une étoile montante de la littérature allemande et ses bouquins font le bonheur de ses éditeurs au niveau international.
Ici, l’auteur met en parallèle la vie de deux grands hommes du début du XIXe siècle : l’explorateur Alexander Van Humboldt et le mathématicien Carl Friedrich Gauss.

Les deux hommes sont plus que brillants. L’un a la bougeotte (Humboldt) et va dresser les cartes de contrées inconnues de l’Occident en Amérique du Sud. L’autre a horreur de bouger et va reculer les frontières de la compréhension des mathématiques.

Peu avant le soir de leur vie, ils se rencontreront, et cette rencontre fera renaître en eux une flamme endormie.

Toutefois… Leurs aventures et découvertes laissent de marbre. Leur rencontre et ses conséquences sonnent artificiellement. Le passage de la fleur de l’âge à la vieillesse est trop soudain dans le récit.

L’ensemble se lit donc avec un détachement paisible. L’élégance du style de l’auteur est indéniable. C’est un beau livre. Comme dans ses salons pour la bonne société, où l’on s’ennuie sans oser le montrer, avec la satisfaction d’être invité, le roman se lit ostensiblement et sera du plus bel effet dans les dîners en ville. Je ne vérifierai pas mais je parierais que Télérama aime beaucoup.

 Je n’oserai jamais avouer à quel point je me suis ennuyé.

19/20 (je plaisante)

vendredi 2 octobre 2009

L'homme qui a vu l'ours

Il y a des auteurs comme ça, qu'on se garde précieusement, car la lecture de leurs oeuvres donne le moral, rend simplement heureux. On devrait tous en avoir quelques uns, au même titre qu'une armoire à pharmacie bien remplie.
Grâce à W qui me l'a fait découvrir, je compte parmi ces auteurs Jorn Riel. Un écrivain danois qui a écrit des nouvelles sur la vie de chasseurs dans le nord-est groenlandais : dis comme ça, on ne devinerait pas. Et pourtant, c'est drôle, fin et terriblement humain.

Dans La Passion Secrète de Fjordur, on retrouve les trappeurs dans sept petites merveilles de nouvelles.

Parmi ces nouvelles, l'Epreuve de Virilité : le jeune Lasselille déprime de ne jamais avoir réussi à tuer d'ours blanc. Ses camarades vont donc prévoir une habile mise en scène.
Dans Un Cas d'Autodéfense, un fonctionnaire débarque et s'installe dans la cabane de trois chasseurs, supposés se mettre à son service pour l'année qui vient, le temps d'une étude sur la faune locale.
Extrait :
L'inspecteur devint rapidement une vraie plaie. Pernicieux, comme un phlegmon sur l'index ou une poussée d'hémorroïdes. Et ni une intervention rapide avec un couteau de cuisine, ni des bains au savon chaud dans la bassine à faire la lessive ne pouvaient rien contre lui.
Il avait été amené sur la côte par la Vesle Mari et débarqué à Cap Thompson par un capitaine Olsen hilare.
-Eh ouais, les gars, voici la contribution de la science à la face obscure du Groenland, avait-il dit en faisant les présentations. Il est inspecteur et doit recenser les bruants des neiges, et étudier les moeurs sexuelles des boeufs musqués ; voilà ce qu'il va faire, ouais, hé, hé, et puis vérifier à l'occasion si vous vous confirmez bien aux nouveaux règlements de chasse qu'il est en train de concocter.
Et voilà que s'était dressé au milieu des galets de la plage un grand échalas de scientifique vouté, qui fixait les alentours à travers des lorgnons plaqués or 5 carats.

Une lecture que je fais plus que recommander. A lire et relire.

18/20

lundi 18 mai 2009

Gentille histoire et petits dessins


Il est difficile d'apprécier un style littéraire "classique" après avoir lu Damasio, magicien du verbe. Tomber directement dans Abarat tome 2, Jours de Lumière et Nuits de guerre, de Clive Barker, donne à peu près le même sentiment que de manger un sunday au chocolat après une poularde truffée. On n'a pas seulement changé de catégorie, on ne joue plus du tout dans le même monde.

Pauvreté du style. Idées fortement récupérées du tome 1, qui n'était déjà pas un monument. Littérature jeunesse qui se cherche, avec un auteur qui aimerait bien gagner autant d'argent que JK Rowling. D'où plusieurs tomes. Le 3 serait sorti et le 4 serait en gestation. Vous noterez le conditionnel soulignant mon peu d'appétence pour le sujet.
Finissons-en rapidement : Candy Quackenbush, toujours dans l'Abarat ce monde parallèle composé d'îles, s'oppose vigoureusement au Seigneur des Ténèbres. Ne porte-t-elle pas en effet en elle la Lumière, apportée à sa naissance par les soeurs du Fantomaya ? Accompagnée de ses fidèles amis, qu'elle connaît à peine mais à qui elle tient tant, elle part en guerre. La psychologie des personnages secondaires n'étant pas creusée le moins du monde, et même celle de l'héroïne ne répondant qu'aux plus plats stéréotypes de l'adolescente du Middle West, le suivi des aventures des protagonistes est d'une fadeur rare. Leur mort (car on meurt, parfois) l'est tout autant.
Il y a des dragons, des monstres gentils ou méchants, de la magie en quantité raisonnable, et énormément d'invraisemblances qui ne permettent absolument pas de prendre ce monde parallèle au sérieux. Sous couvert d'onirisme, c'est du grand n'importe quoi. L'auteur n'a pas su/voulu donner au départ une logique interne à son monde. Il rame désespérément dans ce deuxième tome pour essayer d'y mettre un peu de rigueur, de structure. L'ensemble tombe à plat.
NB : A noter que l'auteur illustre le récit tout du long, de sa blanche main. Il ne devrait pas.

7/20

lundi 4 mai 2009

De l'air


La Horde du Contrevent, d’Alain Damasio, Grand Prix de l’Imaginaire 2006, est une œuvre magnifique, inclassable, superbement écrite, totalement intraduisible. Je remercie à nouveau Hyppolite de me l'avoir fait découvrir.

Le roman est avant tout une aventure littéraire tant son auteur sait jouer avec les mots, décrire avec une précision de chirurgien le souffle du vent de mille façons différentes, et avec un art que Queneau n’eut pas renié, adopter à tour de rôle tous les styles de langue, faisant s’exprimer tour à tour les personnages si divers de sa Horde.

La Horde, vingt-trois hommes et femmes entrainés depuis l’enfance à remonter face au vent, à pied, toute leur vie, vers l’extrême-amont, l’origine des vents et du monde. Leur objectif : être les premiers à atteindre ce mythique extrême-amont, s’il existe, afin d’en rapporter la connaissance : jardin d’Eden, cosmos infini, antre des Dieux…
Dans un monde où les progrès des machines à voile sont considérables, eux marchent. Inexorablement. La quête doit être faite à pieds. Le but est dans le chemin.
Outre les éléments, des hommes déterminés s’opposent à leur avancée.

Et petit à petit, les vingt-trois prennent chair. Avec leurs cotés lumineux et sombres. Toutefois, qu’importent leurs individualités : il n’y a qu’en groupe qu’ils peuvent réussir, soudés.

La beauté du texte, les talents de conteur de l’auteur, l’originalité de l’histoire, livre-monde, nombreuses sont les raisons justifiant d'ouvrir ce roman. Sans la moindre hésitation.
A savoir : Si vous l'achetez en édition grand format, un CD accompagne le livre, proposant des airs musicaux adaptés aux différents passages du récit.
http://www.lahordeducontrevent.org/, site présentant l'ouvrage, vous apportera de nombreuses informations complémentaires sur le gigantesque travail qu'a représenté l'écriture de ce roman. Toutefois, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas vous gacher le plaisir de la découverte, et de commencer par ouvrir le livre.

jeudi 12 mars 2009

Abarat


Il arrive qu'un "maître de l'horreur" ait envie d'écrire pour les enfants. C'est le cas de Clive Barker, avec Abarat. Même si la distinction entre littérature jeunesse et littérature tout court va s'amincissant (ce dont on remercie notamment Harry Potter), il n'y a ici aucun doute sur le côté de la barrière où l'on se trouve.
L'histoire ressemble à une sorte de Magicien d'Oz. L'héroïne, Candy, bien malheureuse dans son état du Midwest natal, n'ayant jamais quitté sa ville, Chickentown, où tout sent le poulet, va se retrouver emportée dans un royaume fantastique où des aventures extraordinaires vont lui arriver.
Royaume constitué d'îles. Chaque île étant une Heure. Le soleil est toujours à son zénith sur l'île qui correspond à midi, si vous voyez le principe.

Fantastique, j'aime.
Onirique, j'ai plus de mal.

Le monde où Candy évolue ressemble définitivement plus à un rêve qu'à une autre réalité.
La cohérence y manque beaucoup. A vrai dire autant que dans le Magicien d'Oz ou Alice au Pays des Merveilles.

De belles idées et l'âme de poête de son auteur font toutefois passer un agréable moment dans cette succession de tableaux que constitue le périple de la jeune fille. J'ai acheté le tome 2. Comme quoi, je n'ai pas tant détesté que ça.

12/20