Firmin, de Sam Savage, conte l'histoire d'un rat se découvrant un fort appétit pour les livres. Appétit d'abord purement physique mais rapidement spirituel.
Roman philosophique, bien emmené, frais et d'une lecture hautement agréable, du moins entre les pages 80 et 120 (en gros). Le début est d'une pédanterie intellectuelle rare qui ne le dispute qu'à l'ennui. La fin aussi.
Au total, la qualité principale de ce court opuscule est sa longueur.
Extrait p31 :
"Parfois, j'entamais les livres par la tranche que je léchais, mordillais, savourais puis mangeais, mais la plupart du temps, si je parvenais à soulever la couverture, je les attaquais par le milieu comme la perceuse. J'adorais les éditions Modern Library, peut-être à cause de leur logo - un coureur portant une torche - et en choisissait un exemplaire le plus souvent possible. Il m'est arrivé d'imaginer que j'étais, moi aussi un coureur portant une torche. Et quels livres j'ai découvert durant ces premiers jours enivrants ! Aujourd'hui encore, il me suffit d'en réciter les titres pour avoir les larmes aux yeux. Alors récitez-les lentement, à voix haute et laissez-les vous briser le coeur. Oliver Twist, Les Aventures de Huckleberry Finn. Gatsby le Magnifique. Les Ames mortes. Middlemarch. Alice au Pays des Merveilles. Pères et Fils. Les Raisins de la Colère. Ainsi va toute chair. L'Amérique Tragique. Peter Pan. Le Rouge et le Noir. L'Amant de Lady Chatterley."
Sentant à nouveau une douce torpeur m'envahir, je m'arrête là. Sans noter.
PS : Nombre de gens fort bien ont hautement apprécié cet ouvrage. Je ne revendique aucune objectivité.
mardi 28 septembre 2010
jeudi 16 septembre 2010
BD BD BD
Les 25 et 26 septembre se tiendra le Festiblog, festival des blogs BD.
La qualité et la diversité des auteurs de BD sur le net vaut bien un coup de chapeau.
Dans "Blogs que j'aime", des liens vers les blogs BD de Boulet et Vidberg, pour qui j'ai un grand faible.
La qualité et la diversité des auteurs de BD sur le net vaut bien un coup de chapeau.
Dans "Blogs que j'aime", des liens vers les blogs BD de Boulet et Vidberg, pour qui j'ai un grand faible.
lundi 23 août 2010
Entre les lignes
Euphorisant. Délivrez-moi, deuxième tome des aventures de Thursday Next, enquêtrice littéraire au sein de la Division des Opérations Spéciales (on dit les OpSpecs), par Jasper Fforde, est totalement euphorisant.
Thursday, qui a le pouvoir d'entrer dans les livres et d'en modifier l'histoire, a lors d'une précédente mission, enfermé un criminel notoire dans un poème de Poe, le Corbeau ("qui a mis le Poe dans poème ?", dit joliment l'auteur). Parallèlement, elle a d'ailleurs mis fin à la guerre de Crimée, qui se poursuivait entre le Royaume-Uni et la Russie depuis plus d'un siècle.
Devenue médiatique suite à ses exploits, elle va faire l'objet d'un chantage pour délivrer l'individu. Ses ennemis n'ont pas hésité à éradiquer son compagnon, par une subtile intervention peu avant sa naissance, afin de faire pression sur elle. Il n'existera à nouveau que si elle se soumet.
Extrait p95 :
- Je vois mal Mycroft prendre sa retraite, commentais-je tandis que nous marchions sur le trottoir.
- Moi aussi, dit Landen. Que crois-tu qu'il va faire maintenant ?
- Regarder Kezako Quiz, très vraisemblablement. Il prétend que les feuilletons et les jeux télévisés sont le meilleur moyen de partir en douceur.
- Il n'a pas tort. Après plusieurs années de 65 rue Morse, la mort peut apparaître comme une distraction bien venue.
Roman foisonnant d'idées et d'humour, fou mais pas trop, voilà une lecture plus que recommandable.
17/20
Thursday, qui a le pouvoir d'entrer dans les livres et d'en modifier l'histoire, a lors d'une précédente mission, enfermé un criminel notoire dans un poème de Poe, le Corbeau ("qui a mis le Poe dans poème ?", dit joliment l'auteur). Parallèlement, elle a d'ailleurs mis fin à la guerre de Crimée, qui se poursuivait entre le Royaume-Uni et la Russie depuis plus d'un siècle.
Devenue médiatique suite à ses exploits, elle va faire l'objet d'un chantage pour délivrer l'individu. Ses ennemis n'ont pas hésité à éradiquer son compagnon, par une subtile intervention peu avant sa naissance, afin de faire pression sur elle. Il n'existera à nouveau que si elle se soumet.
Extrait p95 :
- Je vois mal Mycroft prendre sa retraite, commentais-je tandis que nous marchions sur le trottoir.
- Moi aussi, dit Landen. Que crois-tu qu'il va faire maintenant ?
- Regarder Kezako Quiz, très vraisemblablement. Il prétend que les feuilletons et les jeux télévisés sont le meilleur moyen de partir en douceur.
- Il n'a pas tort. Après plusieurs années de 65 rue Morse, la mort peut apparaître comme une distraction bien venue.
Roman foisonnant d'idées et d'humour, fou mais pas trop, voilà une lecture plus que recommandable.
17/20
lundi 16 août 2010
Temps mort
R.J. Ellory a écrit Seul le Silence. Il l'a écrit en noir et blanc pour toute la partie se déroulant dans l'Amérique des marais de Géorgie, et a rajouté brièvement quelques touches de couleur pour celle à New York. Curieuse et troublante coexistence de ces deux planètes au sein d'un même pays.
Le roman s'étale sur une trentaine d'années, invitant à suivre le narrateur alors qu'il n'est encore qu'un jeune garçon dans sa traque d'un tueur de petites filles. Un tueur dont l'horreur touche à l'indescriptible.
Ellory a le don de la description :
P226 : Le shérif Burnett Fermor, l'air dur, le visage comme un amas d'angles biscornus, le pouce de la main gauche bien enfoncé sous son ceinturon, la paume de sa main droite posée sur la crosse de son revolver.
"Tiens, salut, mon gars", lança-t-il d'une voix traînante. Les muscles de sa mâchoire se contractaient lorsqu'il parlait. Il plissait les yeux à cause du soleil, ce qui lui donnait l'air de quelqu'un sortant d'une cave et découvrant la lumière du jour, quelqu'un qui aurait été enfermé au sous-sol pour sa sécurité et celle des autres.
On le hait et on le craint, ce flic, alors qu'il n'a encore rien dit, rien fait. Grand Ellory.
P379 : Balloté dans un véhicule exigu et sans air, je découvrais les sons et les odeurs de gens différents : un soldat derrière moi, des décorations en loques agrafées autour du bord de son chapeau, des mélodies jaillissant d'un harmonica fêlé qu'il tenait à la main, son esprit perdu dans quelque sombre souvenir d'Europe qui le hanterait à jamais. J'avais l'impression d'entendre des fantômes. Une femme âgée, son visage comme un parchemin dont le message aurait été effacé, les yeux tels des trous percés dans la lueur du jour pour trouver la paisible obscurité de l'autre côté. [...] Serrés les uns contre les autres tandis que la nuit approchait, tandis que nous descendions du bus dans des villes comme Goose Creek et Roseboro, Scotland Neck et Tuckahoe, dans des motels bons marchés. Draps fins et murs gris, couvertures trop maigres pour couvrir à la fois nos visages et nos pieds, tremblant inconfortablement, défiant la nature, luttant contre l'insomnie.
Le narrateur ne le précise pas, mais le lecteur sait bien au fond de lui-même que le temps est gris et qu'il pleut.
Après, et je m'en excuse auprès de ceux qui m'ont conseillé ce splendide roman - un roman de désespoir, un roman dont couleur et chaleur ont été bannies- je ne retire que de la douleur à lire un texte aussi sombre. Uniquement sombre, je n'ai rien su en tirer d'autre. Je ne saurais donc le recommander malgré sa beauté.
17/20
Le roman s'étale sur une trentaine d'années, invitant à suivre le narrateur alors qu'il n'est encore qu'un jeune garçon dans sa traque d'un tueur de petites filles. Un tueur dont l'horreur touche à l'indescriptible.
Ellory a le don de la description :
P226 : Le shérif Burnett Fermor, l'air dur, le visage comme un amas d'angles biscornus, le pouce de la main gauche bien enfoncé sous son ceinturon, la paume de sa main droite posée sur la crosse de son revolver.
"Tiens, salut, mon gars", lança-t-il d'une voix traînante. Les muscles de sa mâchoire se contractaient lorsqu'il parlait. Il plissait les yeux à cause du soleil, ce qui lui donnait l'air de quelqu'un sortant d'une cave et découvrant la lumière du jour, quelqu'un qui aurait été enfermé au sous-sol pour sa sécurité et celle des autres.
On le hait et on le craint, ce flic, alors qu'il n'a encore rien dit, rien fait. Grand Ellory.
P379 : Balloté dans un véhicule exigu et sans air, je découvrais les sons et les odeurs de gens différents : un soldat derrière moi, des décorations en loques agrafées autour du bord de son chapeau, des mélodies jaillissant d'un harmonica fêlé qu'il tenait à la main, son esprit perdu dans quelque sombre souvenir d'Europe qui le hanterait à jamais. J'avais l'impression d'entendre des fantômes. Une femme âgée, son visage comme un parchemin dont le message aurait été effacé, les yeux tels des trous percés dans la lueur du jour pour trouver la paisible obscurité de l'autre côté. [...] Serrés les uns contre les autres tandis que la nuit approchait, tandis que nous descendions du bus dans des villes comme Goose Creek et Roseboro, Scotland Neck et Tuckahoe, dans des motels bons marchés. Draps fins et murs gris, couvertures trop maigres pour couvrir à la fois nos visages et nos pieds, tremblant inconfortablement, défiant la nature, luttant contre l'insomnie.
Le narrateur ne le précise pas, mais le lecteur sait bien au fond de lui-même que le temps est gris et qu'il pleut.
Après, et je m'en excuse auprès de ceux qui m'ont conseillé ce splendide roman - un roman de désespoir, un roman dont couleur et chaleur ont été bannies- je ne retire que de la douleur à lire un texte aussi sombre. Uniquement sombre, je n'ai rien su en tirer d'autre. Je ne saurais donc le recommander malgré sa beauté.
17/20
vendredi 23 juillet 2010
C'est un lupus ?
Avant d'incarner le Dr House, Hugh Laurie était déjà non seulement un excellent acteur, mais également un écrivain inspiré. Surfant avec à propos sur sa nouvelle notoriété, son éditeur a ressorti un polar qu'il écrivit dans les années 90, Tout est Sous Contrôle.
On ne peut pas parler de chef d'oeuvre ni de style, ni de construction, ni même de scénario. Toutefois, Hugh Laurie est très drôle, manie l'humour british avec brio et a un sens de la réplique, et de la digression, remarquable. Les qualités du roman l'emportant donc nettement sur ses carences, la lecture s'en fait toute seule, avec plaisir et facilité. C'est une distraction de qualité.
Deux mots de l'histoire : Thomas Lang est un ancien soldat britannique, reconverti en privé/garde du corps. Il va être entrainé à son corps défendant dans une machination terroriste ourdie par un quelconque machiavélique complexe militaro-industriel.
Extraits :
P28 : "D'une façon générale, les policiers n'aiment pas qu'on leur soumette de nouvelles affaires. Non qu'ils soient paresseux. Comme tout un chacun, ils cherchent un sens, une logique dans ce grand bazar d'aléas et de malheurs qui est leur champ d'investigation. Si on les appelle sur les lieux d'un massacre alors qu'ils essaient de coffrer un voleur d'enjoliveurs, ils ne peuvent s'empêcher de jeter un coup d'oeil sous le canapé au cas où les enjoliveurs seraient là."
P54 : "A une heure moins le quart, assis à une table de Simpson, je diluais mes déconvenues de la matinée dans une grande vodka-tonic. Beaucoup d'autres clients étaient américains, c'est pourquoi le roti de boeuf partait plus vite que l'épaule d'agneau. Les Ricains ne se sont jamais habitués à manger de l'ovin. Ils doivent croire que ça fait pédé."
J'aime cet humour. Et donc m'étant bien amusé, je recommande chaleureusement cette petite chose.
15/20
On ne peut pas parler de chef d'oeuvre ni de style, ni de construction, ni même de scénario. Toutefois, Hugh Laurie est très drôle, manie l'humour british avec brio et a un sens de la réplique, et de la digression, remarquable. Les qualités du roman l'emportant donc nettement sur ses carences, la lecture s'en fait toute seule, avec plaisir et facilité. C'est une distraction de qualité.
Deux mots de l'histoire : Thomas Lang est un ancien soldat britannique, reconverti en privé/garde du corps. Il va être entrainé à son corps défendant dans une machination terroriste ourdie par un quelconque machiavélique complexe militaro-industriel.
Extraits :
P28 : "D'une façon générale, les policiers n'aiment pas qu'on leur soumette de nouvelles affaires. Non qu'ils soient paresseux. Comme tout un chacun, ils cherchent un sens, une logique dans ce grand bazar d'aléas et de malheurs qui est leur champ d'investigation. Si on les appelle sur les lieux d'un massacre alors qu'ils essaient de coffrer un voleur d'enjoliveurs, ils ne peuvent s'empêcher de jeter un coup d'oeil sous le canapé au cas où les enjoliveurs seraient là."
P54 : "A une heure moins le quart, assis à une table de Simpson, je diluais mes déconvenues de la matinée dans une grande vodka-tonic. Beaucoup d'autres clients étaient américains, c'est pourquoi le roti de boeuf partait plus vite que l'épaule d'agneau. Les Ricains ne se sont jamais habitués à manger de l'ovin. Ils doivent croire que ça fait pédé."
J'aime cet humour. Et donc m'étant bien amusé, je recommande chaleureusement cette petite chose.
15/20
mercredi 14 juillet 2010
Flop
Un livre a-t-il une date de péremption à l'instar d'un pot de yaourt ? Je me réjouissais de lire Trois Hommes dans un Bateau, de Jérome K Jérome. Victorien, supposé hilarant, voilà une lecture plaisir par excellence.
Sauf que non. De même que les pétomanes et le gag de la tarte à la crème, l'humour de ce livre a pris un épouvantable coup de vieux. Ajoutons-y des références à l'actualité des années 1880 totalement incompréhensibles pour quiconque n'a pas passé une thèse sur le sujet et une traduction française qui, selon des amis qui se lancèrent dans la lecture en même temps que moi, sur mon conseil qui plus est (a priori, ils ne m'en veulent plus) laissait de côté nombre de gags trop british pour franchir le Channel.
Pour en revenir à l'histoire, trois jeunes gens de bonne famille partent canoter sur la Tamise, afin de s'y détendre et profiter du bon air. L'histoire n'a aucun fil directeur passée la montée sur le canot et n'est que prétexte à de longues digressions sur tout et rien.
Il demeure toutefois de bons moments. Extrait page 110 édition Flammarion :
"Tous nos trésors d'art d'aujourd'hui ne sont que les banalités déterrées d'il y a trois ou quatre cents ans. Je me demande s'il y a une réelle beauté intrinsèque dans toutes ces vieilles assiettes à soupe, ces chopes à bière, et ces éteignoirs que nous prisons tellement aujourd'hui, ou si c'est seulement le prestige de l'antiquité qui, en auréolant ces objets, leur confère un tel charme à nos yeux. [...] Et en sera-t-il de même dans l'avenir ? Les trésors précieux d'aujourd'hui seront-ils toujours les bagatelles bon marché de la veille ? Verra-t-on des rangées de nos assiettes à fleurs s'aligner au dessus des marbres de cheminées chez les gens cossus de l'an 2000 et quelques ?"
Page 235 :
"Evidemment, le fait qu'ils l'avaient pris pour un ami excusait tout. Cela me rappelle l'aventure que Harris me raconta un jour lui être arrivée à Boulogne. Il nageait près de la plage lorsqu'il se sentit brusquement saisi au cou par derrière et plongé de force sous l'eau. Il se défendit vigoureusement, mais celui qui l'avait empoigné devait être un véritable hercule, et toutes ses tentatives pour lui échapper furent vaines. Harris avait cessé de se débattre et tournait déjà son esprit vers des pensées graves quand son bourreau le lâcha.
Il reprit pied, cherchant des yeux celui qui avait failli être son meurtrier. L'assassin était à côté de lui, riant de tout coeur, mais à l'instant même où il vit émerger de l'eau le visage de Harris, il fit un bond en arrière et eut l'air absolument navré.
- Oh je vous demande bien pardon, balbutia-t-il tout confus, mais je vous prenais pour un de mes amis.
Harris s'estima fort heureux que le farceur ne l'eut pas pris pour un parent, car dans ce cas, il l'aurait carrément noyé."
En résumé, le livre semble bien long. Le lecteur aimerait s'y amuser. Hélas, il s'ennuie la plupart du temps. Ce qui est extrêmement frustrant.
11/20
Sauf que non. De même que les pétomanes et le gag de la tarte à la crème, l'humour de ce livre a pris un épouvantable coup de vieux. Ajoutons-y des références à l'actualité des années 1880 totalement incompréhensibles pour quiconque n'a pas passé une thèse sur le sujet et une traduction française qui, selon des amis qui se lancèrent dans la lecture en même temps que moi, sur mon conseil qui plus est (a priori, ils ne m'en veulent plus) laissait de côté nombre de gags trop british pour franchir le Channel.
Pour en revenir à l'histoire, trois jeunes gens de bonne famille partent canoter sur la Tamise, afin de s'y détendre et profiter du bon air. L'histoire n'a aucun fil directeur passée la montée sur le canot et n'est que prétexte à de longues digressions sur tout et rien.
Il demeure toutefois de bons moments. Extrait page 110 édition Flammarion :
"Tous nos trésors d'art d'aujourd'hui ne sont que les banalités déterrées d'il y a trois ou quatre cents ans. Je me demande s'il y a une réelle beauté intrinsèque dans toutes ces vieilles assiettes à soupe, ces chopes à bière, et ces éteignoirs que nous prisons tellement aujourd'hui, ou si c'est seulement le prestige de l'antiquité qui, en auréolant ces objets, leur confère un tel charme à nos yeux. [...] Et en sera-t-il de même dans l'avenir ? Les trésors précieux d'aujourd'hui seront-ils toujours les bagatelles bon marché de la veille ? Verra-t-on des rangées de nos assiettes à fleurs s'aligner au dessus des marbres de cheminées chez les gens cossus de l'an 2000 et quelques ?"
Page 235 :
"Evidemment, le fait qu'ils l'avaient pris pour un ami excusait tout. Cela me rappelle l'aventure que Harris me raconta un jour lui être arrivée à Boulogne. Il nageait près de la plage lorsqu'il se sentit brusquement saisi au cou par derrière et plongé de force sous l'eau. Il se défendit vigoureusement, mais celui qui l'avait empoigné devait être un véritable hercule, et toutes ses tentatives pour lui échapper furent vaines. Harris avait cessé de se débattre et tournait déjà son esprit vers des pensées graves quand son bourreau le lâcha.
Il reprit pied, cherchant des yeux celui qui avait failli être son meurtrier. L'assassin était à côté de lui, riant de tout coeur, mais à l'instant même où il vit émerger de l'eau le visage de Harris, il fit un bond en arrière et eut l'air absolument navré.
- Oh je vous demande bien pardon, balbutia-t-il tout confus, mais je vous prenais pour un de mes amis.
Harris s'estima fort heureux que le farceur ne l'eut pas pris pour un parent, car dans ce cas, il l'aurait carrément noyé."
En résumé, le livre semble bien long. Le lecteur aimerait s'y amuser. Hélas, il s'ennuie la plupart du temps. Ce qui est extrêmement frustrant.
11/20
mardi 22 juin 2010
Peace and Love
Deux prix Hugo, l'un en 1960 et l'autre en 1963. Pour le premier, Starship Troopers, Robert Heinlein se fit parfois taxer de militariste fascisant. Le second, En Terre Etrangère, fait l'apologie de l'amour libéré et de l'anarchie comme modèles pour sauver le monde. Chacun des romans donne lieu à de longues digressions aux dialogues quasi-socratiques, et dont les conclusions valident ces deux idéologies a priori opposées.
Comprendre ce semblant de contradiction, c'est comprendre Heinlein, qui n'aime rien tant que démontrer tout et son contraire avec le sérieux, mais également la gouaille, d'un philosophe de comptoir.
Comme le dit en son temps le cardinal Du Perron à Henri III : « Sire, j'ai prouvé aujourd'hui par raisons très bonnes et évidentes, qu'il y avoit un Dieu ; demain, Sire, s'il plaist à Vostre Majesté me donner encore audience, je vous monstrerai et prouverai par raisons aussi bonnes et évidentes qu'il n'y a point de Dieu ». Le roi hélas goûta peu le mot d'esprit. Le lecteur d'Heinlein, lui, est d'avantage d'humeur pour ce genre de jeux.
En Terre Etrangère conte l'histoire d'un Martien, Valentin Michael Smith, en fait premier humain né sur Mars, suite à la première expédition martienne dont il fut l'unique survivant. Récupéré vingt ans plus tard par l'expédition suivante, il arrive sur Terre où il découvre les traits de caractère des Hommes tel un nouveau Candide parcourant le monde.
Le roman commence comme de la SF et devient progressivement un conte philosophique. Les pouvoirs du jeune homme lui permettent de ne pas se contenter d'un rôle d'observateur mais d'entreprendre de changer le monde.
Attention, la philosophie de Heinlein est à prendre au second degré, sous peine d'être imbuvable, tant il se complait dans le sexisme, la mièvrerie religieuse et une certaine forme de racisme. "Mais il est sérieux, là, où il plaisante ?" est la question que se pose sans cesse le lecteur éclairé de Heinlein. L'autre, le non-éclairé, y patauge allègrement tel le cochon dans sa mare boueuse. De là à y voir une explication de l'énorme succès de cet écrivain outre-atlantique, il y a un pas que je ne me risquerais pas à franchir. Pour Gérard Klein, sémaphore de la science-fiction, Heinlein est une clef essentielle pour comprendre l'Amérique.
Au final, une lecture originale, souvent déconcertante, mais qui traine un peu en longueur. A lire dans l'herbe pendant l'été, en écoutant une mélopée indienne des Beatles, pour se prendre pendant quelques heures pour un hippie.
14/20
Comprendre ce semblant de contradiction, c'est comprendre Heinlein, qui n'aime rien tant que démontrer tout et son contraire avec le sérieux, mais également la gouaille, d'un philosophe de comptoir.
Comme le dit en son temps le cardinal Du Perron à Henri III : « Sire, j'ai prouvé aujourd'hui par raisons très bonnes et évidentes, qu'il y avoit un Dieu ; demain, Sire, s'il plaist à Vostre Majesté me donner encore audience, je vous monstrerai et prouverai par raisons aussi bonnes et évidentes qu'il n'y a point de Dieu ». Le roi hélas goûta peu le mot d'esprit. Le lecteur d'Heinlein, lui, est d'avantage d'humeur pour ce genre de jeux.
En Terre Etrangère conte l'histoire d'un Martien, Valentin Michael Smith, en fait premier humain né sur Mars, suite à la première expédition martienne dont il fut l'unique survivant. Récupéré vingt ans plus tard par l'expédition suivante, il arrive sur Terre où il découvre les traits de caractère des Hommes tel un nouveau Candide parcourant le monde.
Le roman commence comme de la SF et devient progressivement un conte philosophique. Les pouvoirs du jeune homme lui permettent de ne pas se contenter d'un rôle d'observateur mais d'entreprendre de changer le monde.
Attention, la philosophie de Heinlein est à prendre au second degré, sous peine d'être imbuvable, tant il se complait dans le sexisme, la mièvrerie religieuse et une certaine forme de racisme. "Mais il est sérieux, là, où il plaisante ?" est la question que se pose sans cesse le lecteur éclairé de Heinlein. L'autre, le non-éclairé, y patauge allègrement tel le cochon dans sa mare boueuse. De là à y voir une explication de l'énorme succès de cet écrivain outre-atlantique, il y a un pas que je ne me risquerais pas à franchir. Pour Gérard Klein, sémaphore de la science-fiction, Heinlein est une clef essentielle pour comprendre l'Amérique.
Au final, une lecture originale, souvent déconcertante, mais qui traine un peu en longueur. A lire dans l'herbe pendant l'été, en écoutant une mélopée indienne des Beatles, pour se prendre pendant quelques heures pour un hippie.
14/20
Libellés :
* Conte philosophique,
* SF,
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