dimanche 12 janvier 2025

Humus, le retour à la Terre

Gaspard Koenig signe avec un Humus (trois prix tout de même, dont l'Interallié 2023), un roman extrêmement contemporain. Il croque avec ironie l'entre-soi parisien qu'il connaît bien, le capitalisme international et son manque d'éthique, et l'extrême-gauche dans ses travers les plus inhumains. Le tout sur fond de destruction de la planète, à laquelle deux amis de fac passionnés de vers de terre vont s'attaquer. Pourquoi les vers de terre ? Parce qu'ils sont les principaux régénérateurs de l'humus, nécessaire aux cultures qui nourrissent l'homme au quotidien.

Le "plouc" de province, après HEC, va cofonder une start-up pour revaloriser à grande échelle de lombrics les déchets industriels. 

Le "bourge" parisien va s'enterrer au fond de la Normandie pour faire revivre à force d'introduction de lombrics la ferme de son papi.

Une grande finesse de réflexion derrière un ton léger, M. Koenig a de l'estime pour son lecteur. Son roman est entre autres un plaidoyer pour une avancée de la conscience écologique, avec toutes les difficultés que cela peut représenter. 

 

mardi 29 décembre 2020

Le meilleur des mondes

Ilan Duran Cohen, avec son Petit Polémiste, nous transporte dans une vingtaine d'années en France. Son narrateur, polémiste pour une chaine TV, est gentiment grinçant. Il dénonce les dérives d'une société qui vise la perfection.

L'égalité des sexes est totale. Tout propos sexiste, raciste, toute insulte, toute grossièreté, est désormais sévèrement puni par la loi. La consommation d'alcool est rationnée pour le bien de chacun. La cigarette interdite. Le ministère du Carbone veille à ce que les vêtements soient en matières recyclées. La consommation de viande est sévèrement contrôlée. Ainsi que de produits laitiers. Le bien-être animal est sérieusement pris en compte et frapper un chien mène au tribunal. L'égalité des sexes est apprise à l'école. Le changement de sexe est encouragé. La décentralisation est enfin réalisée (p121 : "Nous sommes dans le TGV avec mon avocate, en direction de la Cité de la justice d'Ile de France qui a été délocalisée en Bretagne pour favoriser le lien entre les régions.").

Afin de permettre ce monde de respect où l'Etat veille au bonheur de tous, chaque citoyen a un mapping, un score qui évolue selon sa conduite et conditionne ses habilitations. Un Algorythme autorise et facilite les rencontres sentimentales. L'eau est rationnée. Autrui est un délateur qui dénonce instantanément tout écart sur les réseaux sociaux, et aux autorités. Les caméras sont partout. Et tout écart est sévèrement puni. Le héros va s'en rendre compte après s'être malencontreusement risqué à une parole sexiste lors d'un dîner, début de sa descente aux Enfers.


Récit inspiré, drôle et désespérant. Sur l'intolérance absolue du parti de la Tolérance qui pour le bonheur de l'humanité n'hésitera pas à tous nous enfermer dans le plus abject totalitarisme. 

Les activistes qui attaquent les boucheries, les écologistes qui crèvent les pneus des 4x4, les tenants de l'écriture inclusive, les partisans de la cancel culture représenteraient autant de nouvelles tendances hétérogènes qui contribueront à façonner la société de demain, avec plus ou moins d'excès. Un avenir complexe, selon l'auteur. Ce dernier présente avec brio ses réserves et ses peurs.

Qu'on adhère ou non aux idées de l'auteur, on rit beaucoup, tout en s'angoissant.

 

mercredi 11 novembre 2020

La quintessence de la page blanche

Edwin Topliss écrit des romans pornos. Ce n'était pas sa vocation mais c'est devenu son gagne-pain. Il a nombre d'astuces pour les débiter mécaniquement. 15 pages par jour, 10 jours, et il a fini son mois. Marié, un enfant, embourgeoisé, il charrie nombre de regrets.

Jusqu'à ce roman de trop. Celui qu'il n'arrive plus à écrire, le cerveau perdu dans des digressions sans fin. Ce roman, son roman, compte peut-être cinq ou six chapitres 1, quelques chapitres 2, et l'on assiste en partageant son angoisse au mois qui s'écoule, et à sa vie qui s'écroule en parallèle.

Beaucoup d'humour et de références dans ce roman de Donald Westlake au curieux nom d'Adios Schéhérazade (une invention de son héros). L'angoisse de la page blanche, ou plutôt de la page noircie, mais pas du tout de ce qu'il aurait fallu, est parfaitement retranscrite.

Un beau moment de lecture, fort déroutant.


 

mardi 25 août 2020

Les enquêtes du petit consul

 

Dans le Suspendu de Conakry, Jean-Christophe Rufin nous fait suivre une enquête suite à meurtre commis dans la marina de Conakry. La torpeur et la moiteur locales imprègnent chaque page, d’autant que le peu charismatique héros, le consul de France Aurel Timescu, n’apprécie pas du tout la chaleur et son affectation.

Aurel fait honneur à ses origines roumaines en s’habillant chaudement. Détesté de sa hiérarchie (j’ai appris qu’un consul, finalement, ça ne pèse pas bien lourd, ce n’est pas un consul général), mis au sens propre au placard, il s’ennuie, et passe le temps en buvant du vin blanc et composant un opéra. Ce crime inhabituel va le sortir de sa léthargie. Accompagné de la sœur du défunt, il va mener l’enquête, officieusement.

Bref, un polar honnête, une intrigue qui tient la route, une atmosphère bien rendue et originale, mais un personnage principal fort peu charismatique. Le style est propre et sobre, sans aspérités. On lit, mais on ne s’attache pas. Et la dernière page tournée, Conakry commence déjà de lentement s’effacer dans les limbes de la pensée. Ca ne m’a pas donné envie d’aller visiter.

dimanche 10 mai 2020

Ravel

Jean Echenoz a raconté les dix dernières années de la vie de Ravel, dans un ouvrage éponyme. On ne peut pas parler de biographie au sens classique du terme. Plutôt d'un portrait, constitué de petites touches délicates. Où le non-dit parle autant que le narré, comme en musique les silences font partie intégrante de la composition.
Echenoz dépeint un homme portant l'attention la plus extrême à son élégance, qui n'hésitait pas à lancer une mode, plutôt qu'à la suivre. De même qu'en musique, Ravel avait également son style. Il faisait du Ravel. Individu extrême, extrêmement conscient de sa popularité, et vivant fort mal les inimitiés et critiques, nombreuses, inhérentes à son caractère.
Un homme entouré de femmes et à la fois solitaire. Qui passa toute sa vie à la recherche du sommeil.

Toutes ces petites touches forment un tableau émouvant, fin, qui prend toute sa précision dès que le lecteur prend du recul, à la manière d'une toile impressionniste.
Ah, j'oubliais, il a écrit le Boléro. Visiblement, il n'a pas fait exprès. 

  

jeudi 26 janvier 2017

Retour au Botswana

"Elle avait compris comment l'Américaine voyait les choses et saisi la difficulté qu'il y aurait à transmettre ces vérités subtiles à une personne qui pensait que le monde était entièrement explicable par la science. Les Américains étaient très intelligents : ils envoyaient des fusées dans l'espace et inventaient des machines capables de réfléchir plus vite que n'importe quel être humain, mais toute cette intelligence les rendait aveugles. Ils ne comprenaient pas les autres peuples. Ils pensaient que tout le monde voyait les choses de la même façon qu'eux-mêmes, ce en quoi ils se trompaient. La science ne représentait qu'une partie de la vérité. Il existait également beaucoup d'autres choses qui rendaient le monde tel qu'il était, et les Américains ne les remarquaient pas toujours, bien qu'elles fussent présentes en permanence, là, sous leur nez." p121, éditions 10/18



Suite des aventures de Mma Ramotswe, première femme détective du Botswana, où elle a ouvert son agence : la disparition d'un jeune homme, une affaire d'adultère et une demande en mariage, vont fortement l'occuper.
Derrière la naïveté apparente du récit se révèlent une profondeur touchante, et un grand amour de l'auteur pour un pays, sa population et sa culture.
Pas de meurtres ici, on n'est pas au Nigeria, comme disent les protagonistes, mais tout de même de méchantes gens à punir en quantité suffisante pour donner du travail à notre détective.
J'en suis fan.
Les Larmes de la Girafe, d'Alexander McCall Smith.
 

vendredi 13 janvier 2017

Grand froid

Un Gros Bobard et Autres Racontars est un des volumes des aventures des trappeurs de la côte Nord Est du Groenland, si chers à Jorn Riel. Des hommes rudes, solitaires, parfois violents, et d'une humanité profonde, qui rend ces récits, à peine exagérés, si délicieux.
Que ce soit la transformation du farouche capitaine Olsen sous le coup de l'amour, l'orchestre du nouvel an, ou l'accueil d'un club d'alpiniste, toutes les histoires sont jubilatoires.


Extrait p69, éditions 10/18 : Les alpinistes viennent de reprendre le bateau

-  Lasselille a l'air encore plus penaud que d'habitude, raconta Mads Madsen. On dirait presque qu'il s'est mis à chialer. Allons bon, qu'est-ce qu'il a encore fait, le fiston ?
Il posa la question directement à Lasselille quand celui-ci remonta de la plage en rasant le sol.
- Je voulais leur faire plaisir, renifla le jeune chasseur. J'suis monté jusqu'en haut de l'Alaine pour vérifier qu'ils n'avaient rien oublié. Et j'ai trouvé ça, c'était resté accroché en haut avec quelques clous en cuivre.
Bjorken prit la petite plaque de laiton que Lasselille lui présentait.
"Le club des Joyeux Montagnards Danois de 1897 a posé cette plaque en souvenir de son escalade de l'Alaine lors de l'été 1936."
Le chef de station regarda, méditatif, son élève.
- Hum, et Frederiksen ne voulait donc pas la récupérer ?
- Il m'a traité de voyou et de choses pires encore, sanglota Lasselille.
Bjorken lui donna la plaque.
- Je propose, mon garçon, que tu cloues cette plaque au-dessus de ta couchette pour toujours te remémorer que dans ce bas monde il ne faut jamais s'attendre à la reconnaissance des gens.

Une lecture qui me rend toujours aussi heureux.

jeudi 5 janvier 2017

Un autre James Bond

Je me rends compte que j'ai omis d'écrire tout le bien que j'avais pensé d'Au Service Surnaturel de Sa Majesté, de Daniel O'Malley.
C'est un premier roman, extrêmement plaisant.
Il emprunte un peu au cycle The Laundry de Stross, un service secret de plus au service de la Reine. Il chasse le démon, comme le précédent. Mais celui-ci est plus physique, et moins technologique, que le précédent. Plus volontiers humoristique également.
L'ensemble est bien pensé, bien construit, un peu sanguinolent, agréablement cohérent et riche en rebondissements.

Une pépite pour amateurs d'univers fantastico-contemporains, fans de MIB à la sauce lovecraftienne et autres doux rêveurs.

La Balade de la Geôle de Reading

Je viens à l'instant de terminer Oscar Wilde et le Mystère de Reading, de Gyles Brandreth. Le plus sombre des six romans que Brandreth a consacré à Oscar Wilde. Une intrigue criminelle, comme toujours, mais qui n'est pas le coeur du roman, ce dernier relatant principalement le séjour en prison de Wilde, condamné à deux ans de travaux forcés (1895-1897) pour homosexualité.
C'est l'histoire, le roman, le mieux écrit (fort bien traduit), le plus intelligent, que j'aie lu depuis longtemps. Combien a dû être grande la difficulté (la souffrance?) pour l'auteur de faire évoluer Wilde dans un environnement carcéral où toute parole était proscrite, alors qu'une grande partie du bonheur des ouvrages précédentes résidait justement dans ses saillies.



J'en retiendrai une ici : "je méprise les journalistes : ils passent leur temps à s'excuser en privé de ce qu'ils ont écrit en public."

   

lundi 5 septembre 2016

L'entité endormie dans les eaux profondes

Cette entité n'est pas Cthulhu, mais le Kraken, monstruosité céphalopode faisant l'objet d'un culte de la part de mystérieux adorateurs.
Des cultes mystérieux, des cultistes fanatiques, une brigade spéciale anti-ces sombres choses, une fois de plus Londres révèle ses faces les plus mystérieuses. China Mieville, avec Kraken, écrit son propre Neverwhere. Avec style, brio.


Lecture trop déjantée pour le lecteur non averti et l'amateur d'action pure. A réserver aux amateurs d'occultisme, de références tordues et de beauté littéraire.

NB : Prix Locus du meilleur roman de fantasy 2011

Un goût de madeleine

Avec l'Océan au Bout du Chemin, Neil Gaiman signe un roman plus autobiographique que les précédents.
Le narrateur retourne dans le patelin de son enfance suite au décès de son père. Des souvenirs lui reviennent. L'envie de revoir la maison familiale. De poursuivre le long du chemin. Jusqu'à une vieille ferme. Le souvenir d'une petite fille, son amie, qui s'est sacrifiée pour lui à l'époque et a dû partir au bout de l'océan, derrière l'étang.



Le talent de Neil Gaiman me touche et me bouleverse toujours autant. J'ai lu ce récit d'une traite.

NB : Prix Locus du meilleur roman de fantasy 2014

dimanche 4 septembre 2016

Rouge sur Noir

Les mots ciselés, concis et justes, de Baricco, pour une histoire de vengeance suite à une guerre civile. Une petite fille qui survit à son père et qui attend son heure, l'heure de retrouver ses meurtriers.

Sans Sang, d'Alessandro Baricco : le bonheur de lire un grand écrivain, brut.

jeudi 26 mars 2015

Back to the Schtetl

Isaac Bashevis Singer, au travers de ce recueil d'une dizaine de nouvelles sous le titre Le Spinoza de la Rue du Marché, offre une vision de la complexité de l'âme et de ses tourments. Un sage devenant un bandit après avoir échappé à la mort. Un homme simple se révélant plein de sagesse. Un ascète érudit découvrant l'amour à la fin de sa vie. Sans jamais donner de leçon, en laissant toujours son lecteur maître de tirer ses propres conclusions, en offrant même souvent une double vision d'un même événement, une pour le croyant et l'autre pour le rationnaliste, ces nouvelles sont un régal de finesse et de psychologie.


Il y a des lectures dont on sort meilleur.



lundi 24 novembre 2014

Dallas, 1963

Le Projet Manhattan (la mise au point de la bombe atomique par les Américains dans le désert du Nouveau Mexique) a conduit à une découverte pour le moins inattendue : la possibilité, pour des matériaux situés au cœur de l’explosion, de remonter dans le temps.

Après plusieurs décennies de mise au point, des êtres humains peuvent désormais être envoyés dans le passé, sans possibilité de retour. Celui qui contrôle le passé détenant les clefs du présent, le voyage dans le temps devient l’enjeu d’une lutte entre grandes puissances. Quand les Etats-Unis décident de monter une mission destinée à sauver JF Kennedy de l’assassinat de Dallas, en 1963, ils se heurtent à des ennemis résolus.


Comme toute histoire jouant sur les paradoxes spatio-temporel, Saving Kennedy, premier roman de Francis Y Barrel, se heurte à des difficultés de vraisemblance : l’histoire est-elle immuable, se défend-elle contre les changements (comme chez Connie Willis), peut-elle être allègrement manipulée (à la façon de Charles Stross dans Palimpseste), des réalités parallèles co-existent-elles ou n’y a-t-il qu’un seul chemin ? Loin de se faire totalement déborder par son scénario comme le regrettable et injustement célèbre Poul Anderson et sa Patrouille du Temps, F Barrel écrit avec rigueur, dans un style réjouissant à l’enthousiasme contagieux, une histoire à la logique interne bien structurée.

Avis Divergent

Divergent (je lis en anglais ces temps-ci, pour ne rien perdre des traits des grands auteurs) de Veronica Roth, est un produit industriel.
Il m'a fallu un certain temps pour me convaincre que je ne relisais pas Hunger Game, dans la mesure où le style des deux auteurs est le même, et le vocabulaire limité afin de ne perdre aucun lecteur.

C'est efficace, et ça se lit bien. Une société divisée en cinq castes aux fonctions distinctes (à la façon du Meilleur des Mondes), une jeune fille qui n'entre pas dans le moule, un chemin initiatique, une bande de jeunes, beaux et sportifs.
Un point fort de Hunger Game était le recours au huis clos (du moins dans le premier tome), qui permettait à l'auteur de pouvoir se concentrer sans trop d'invraisemblance sur son idée principale.
Ici, la société décrite par V. Roth ne tient juste pas debout. Ainsi, les Dauntless (les super guerriers, la caste de l'héroïne, le roman ayant été moins cinématographique si elle avait choisi la caste des fermiers aux grand coeur) vivent séparés des autres factions. Dans la vie, ils sont guerriers. C'est tout. Mais la popote, le ménage, la maintenance, la fabrication des flingues, le réseau informatique... tout se fait tout seul. Une logique d'enfants gâtés.
La société, telle qu'elle est décrite (une vingtaine de nouvelles recrues par an), ne peut compter plus de quelques centaines de membres et n'est, hélas pour le récit, pas viable. C'est toujours la même chose : ou on se sent les épaules pour écrire des récits avec une ampleur épique, ou on choisit un registre plus intimiste. Une technologie extrêmement sophistiquée, sensée être mise au point on ne sait comment, tient le rôle récurrent de Deux Ex Machina, tout au long de l'intrigue.

Quant au puritanisme et au moralisme typiquement yankee, dont ce roman suinte, ils sont assommants.



Je vous assure que j'ai tenté de trouver des points positifs (mis à part l'absence de coupures publicitaires). Ils sont rares.

L'Entité sous la Pyramide

The Fuller Memorandum est le troisième roman du cycle de « La Laverie » de Charles Stross.  Pour mémoire, le premier roman de cette série, le Bureau des Atrocités, est un livre auquel je ne cesse de me référer, et de conseiller, tant je l’ai trouvé brillant.

Mélange d’horreurs lovecraftiennes et de roman d’espionnage, The Fuller Memorandum met aux prises les services secrets de sa Gracieuse Majesté et le SVR (ex-KGB) dans une course aux reliques. Il y a une (très) méchante secte, des horreurs du fond des âges et plein de gadgets électroniques.  Bob Howard, geek obligé de faire un boulot de James Bond, va suivre une piste le long de London Necropolis Railway (qu’on ne visite pas assez lors des séjours à Londres) jusqu’au gigantesque cimetière de Brookwood.

De l’humour, de l’inventivité, une très belle plume, Stross est excellent.


PS : Le roman n’est pour le moment pas traduit en français.

lundi 15 septembre 2014

Un vieux dragon

Le titre à lui seul était tout un programme, je vous laisse juges : "Moi, Jennifer Strange, Dernière Tueuse de Dragons". Dans les amas de mauvaise Heroic Fantasy, voilà un recueil qui pourrait avoir toute sa place.
Heureusement, c'est Jasper Fforde qui est à la manœuvre. L'ouvrage est donc délicieux. De l'humour, une critique cinglante des sociétés contemporaines, une imagination débridée, et une grande culture.

Jennifer est une jeune fille trouvée. Elle a été placée par l'institution qui l'a élevée, comme c'est la tradition, dans une des dernières institutions de magiciens du Royaume. Elle s'occupe de l'administratif, peu du goût des magiciens.
Ces derniers ont vu leurs pouvoirs décliner avec la disparition progressive des dragons. Ces redoutables créatures vivent, de par un accord ancestral avec les hommes, dans des réserves où nul homme ne peut entrer et dont ils ne doivent sortir.



Il ne reste aujourd'hui qu'un seul vieux dragon, qui devrait s'éteindre sous peu, d'après les prophéties. Le domaine foncier alors libéré appartiendra aux premiers plantant leurs fanions en terre, comme ce fut la tradition dans le Grand Ouest américain. Comment Jennifer va être intronisée comme dernière tueuse de Dragons, en charge d'en finir avec cet ultime lézard, les questions diplomatiques et foncières soulevées par cette mort imminente, la disparition programmée de la magie sur Terre, tout ceci est traité tambour battant, par une héroïne bien plus énergique et sympathique que Harry Potter (tant qu'à lire de la magie...).

jeudi 28 août 2014

James Bond vs Cthulhu

Ce qui faisait le charme du Bureau des Atrocités de Charles Stross, c'était un mélange de MIB (une organisation secrète chargée de défendre la patrie) et de mythe lovecraftien.

Dans Jennifer Morgue, Stross remet le couvert en y ajoutant une couche de James Bond. Des supers agents secrets et leurs gadgets mi-techno mi-envoutés vont se frotter à un super-méchant désireux d'invoquer de quelconques forces du mal.
C 'est une couche de trop. J'évite en général le chocolat fondu sur mon steak à la confiture.

L'ensemble reste toutefois plein d'humour, mais l'histoire se lit avec plus de distanciation que le premier tome. Il faut être sérieusement geek pour apprécier toutes les références déployées à l'envie.


Qui n'a jamais rêvé de voir les génies de TBBT enfiler des smokings pour passer une soirée au casino à combattre les plans du Smersh, accompagnés de Penny en robe de soirée aussi fendue que décolletée, avec en poche des PDA aux appli traceuses de diagrammes occultes susceptibles de retenir une intrusion chtonienne ou des Chiens de Tindalos ne goûtera peut-être pas tout le sel de l'intrigue.

Sinon, foncez.


mercredi 27 août 2014

Le Passe-Muraille

Quel grand conteur, ce Tonino Benacquista. Dès ses premiers mots, le lecteur est assis à côté de lui, sûrement près du feu, et il se laisse emporter par l'histoire. Peu importe sa vraisemblance, une histoire, c'est avant tout une complicité entre l'auteur et le lecteur. On fait "comme si".
Comble du bonheur, le roman est illustré par Tardi.
Le Serrurier Volant suit les pas de Marc, un gars tranquille qui ne demande rien d'autre qu'un quotidien réglé sans surprise, aussi prévisible qu'une horloge suisse. Le problème, quand on est convoyeur de fonds, c'est que l'imprévisible peut brutalement s'inviter dans le quotidien.


Ce n'est pas la plus belle histoire que j'ai lue de Benacquista. Mais je l'ai dévorée avec un tel appétit et un tel plaisir qu'il serait malpoli de faire la fine bouche a posteriori.

mardi 26 août 2014

Le Franc et l'Abyssinien

Michael Chabon est un touche à tout. Il emmène cette fois son lecteur en 950, en Khazarie, à la suite de deux aventuriers que tout oppose. La Khazarie, c'est ce royaume caucasien dont la dynastie royale avait adopté le judaïsme, notamment afin de ne pas prendre parti entre ces belliqueux voisins Chrétiens à l'Ouest et Mahométans au Sud.
Les Princes Vagabonds, ce sont : Amram, un colosse abyssinien, et Zelikman, un malingre médecin franc ; ils vivent de combines et d'expédients, arpentant les pays à leur gré. Leur route va croiser celle d'un jeune prince dont la famille a été massacrée par un usurpateur, aujourd'hui devenu chef de guerre des Khazars. Ce sera le début de leurs ennuis.



Roman picaresque, parsemé d'action, mais surtout empli de tendresse et d'humanisme. Un très beau voyage dans un royaume oublié de l'histoire.