Dans Terminus les Etoiles, d'Alfred Bester, tout commence par un postulat. L'humanité a acquis le don de téléportation. Ce n'était apparemment qu'une affaire de conviction. Les hommes étant par essence tout sauf égaux, tous ne peuvent pas se téléporter à la même distance. De surcroît, la chose est uniquement possible dans un endroit bien connu. Mais bref, c'est possible.
Ceci posé, passons à l'histoire. Celle d'un marin de l'espace, vaguement simplet et sans ambition. Se retrouvant seul rescapé suite à l'attaque de son vaisseau, il va à force de tenacité réussir à survivre plusieurs mois dans quelques mètres carrés flottant dans l'immensité, dans l'espoir d'un sauvetage providentiel. Quand un vaisseau passe à proximité, l'aperçoit mais ne s'arrête pas, il attrape la Haine. Une haine à la Montechristo. Une motivation qui va l'amener à se dépasser et mettre tout en oeuvre pour se venger.
SF classique de l'âge d'or américain (1956), c'est un style. La nervosité du récit m'a un peu rappelé Jack Vance. Bester est un habile conteur de coin du feu, ses histoires ont un parfum de légendes et de contes philosophiques.
Un bon moment de lecture, qui ne laisse pas de souvenirs impérissables. Je recommande strictement aux amateurs du genre, et notamment ceux qui aimeraient se frotter au lauréat du premier prix Hugo.
jeudi 5 avril 2012
dimanche 18 mars 2012
Rencontre du 3e type
Un grand bouquin, un must du space opéra. Objectivement, dans mon top 5 de la SF. Larry Niven, auteur du célèbre et largement primé Anneau Monde, a à mon goût fait bien mieux avec la Paille dans l'Oeil de Dieu. Je l'avais emprunté il y a 20 ans, et j'attendais depuis une réédition pour avoir la chance de le relire. La problématique du premier contact avec une race extra-terrestre intelligente est développée avec une grande finesse de vue.
L'humanité s'est envolée vers les étoiles au XXIe siècle. Un premier empire terrestre fut fondé, avant de sombrer dans le chaos durant 400 ans dans le cadre d'une guerre de sécession. Un second empire terrestre, dirigé par une aristocratie, a émergé des décombres. La flotte impériale combat sans pitié toute nouvelle velléité d'indépendance, jusque dans les régions les plus éloignées de l'Empire, comme celle du Sac à Charbon. C'est dans ce secteur que l'arrivée d'un vaisseau extra-terrestre, au bout d'un voyage de 150 ans, va changer le destin de l'humanité. Que penser de ces créatures duveteuses, au perpétuel sourire, si serviables et sympathiques, et à la capacité d'apprentissage si développée ? Une flotte mi-scientifique, mi-militaire, va partir à la rencontre de la planète des aliens, dans le système de la Paille, afin de se forger une opinion sur l'attitude à adopter. Menace ou opportunité ? L'humanité n'a pas le droit à l'erreur.
Lecture que je ne peux que recommander.
vendredi 9 mars 2012
Mélimélo temporel
L'humanité a une fâcheuse tendance à s'éteindre à échéance régulière. Heureusement, ils sont là. Une organisation venue du futur, qui à chaque fin du monde récupère un peu de ce qui reste de l'humanité et la transpose à une autre ère, éloignée, pour tout recommencer.
Ils dirigent, aiguillonnent, corrigent, recorrigent quand des agents perturbateurs interviennent à leur tour. Et les futurs possibles changent et s’entremêlent.
Si l'idée de départ de Charles Stross est séduisante, Palimpseste devient progressivement fortement indigeste. Le paradoxe temporel, comme toutes les bonnes choses, il ne faudrait jamais trop en abuser.
C'est bien plus fin que du Poul Anderson et sa regrettable Patrouille du Temps. Mais l'ampleur du sujet a hélas perdu l'auteur en route.
Extrait p21, Editions Nouveaux Millénaires :
"Une civilisation incontrôlée est comme la tuberculose au stade terminal. Les victimes de la première extinction l'ont appris à leurs dépens. Nous n'avons pas touché à leur histoire, pour nous rappeler nos origines et les étudier à titre d'avertissement. Certaines recrues parmi vous sont originaires de cette époque. Quant aux autres périodes, nous faisons notre possible pour prévenir les efflorescences irraisonnées d'une surindustrialisation destructrice de ressources et pour empêcher l'apparition d'intelligences non humaines concurrentes, ainsi que les tentatives inutiles et onéreuses de colonisation d'autres systèmes solaires."
En résumé, pour fanatiques du paradoxe espace-temps uniquement.
PS : J'allais oublier. Prix Hugo 2010 dans la catégorie "Roman Court". Je confirme, c'est assez court.
Ils dirigent, aiguillonnent, corrigent, recorrigent quand des agents perturbateurs interviennent à leur tour. Et les futurs possibles changent et s’entremêlent.
Si l'idée de départ de Charles Stross est séduisante, Palimpseste devient progressivement fortement indigeste. Le paradoxe temporel, comme toutes les bonnes choses, il ne faudrait jamais trop en abuser.
C'est bien plus fin que du Poul Anderson et sa regrettable Patrouille du Temps. Mais l'ampleur du sujet a hélas perdu l'auteur en route.
Extrait p21, Editions Nouveaux Millénaires :
"Une civilisation incontrôlée est comme la tuberculose au stade terminal. Les victimes de la première extinction l'ont appris à leurs dépens. Nous n'avons pas touché à leur histoire, pour nous rappeler nos origines et les étudier à titre d'avertissement. Certaines recrues parmi vous sont originaires de cette époque. Quant aux autres périodes, nous faisons notre possible pour prévenir les efflorescences irraisonnées d'une surindustrialisation destructrice de ressources et pour empêcher l'apparition d'intelligences non humaines concurrentes, ainsi que les tentatives inutiles et onéreuses de colonisation d'autres systèmes solaires."
En résumé, pour fanatiques du paradoxe espace-temps uniquement.
PS : J'allais oublier. Prix Hugo 2010 dans la catégorie "Roman Court". Je confirme, c'est assez court.
jeudi 8 mars 2012
Fin de partie
Non seulement Jorn Riel a écrit de magnifiques recueils de nouvelles sur les trappeurs groenlandais chers à son coeurs, mais en plus il a su conclure. Même les plus belles histoires ont une fin. La Circulaire conte la fermeture des stations arctiques. Circulaire gouvernementale. Circulez. Que faire alors de sa vie, quand on a vécu si longtemps dans ces grands déserts de glace, plongé dans la nuit six mois par an, partageant au mieux à deux une cabane plantée au milieu de nulle part ? Pour les trappeurs, cette fin sera une occasion de partir en beauté... ou un nouveau départ. Elle sera en tous les cas grandiose, comme tous leurs actes.
Petit Pedersen, par exemple, va devenir marin. Incapable de s'habituer à la vie danoise, il achète une coquille de noix pour retourner au Groenland.
Extrait p117, Editions 10/18 :
- Je me réjouis à l'idée de savoir que ce bon vieux Valborg va sillonner les mers groenlandaises. Tu crois vraiment pouvoir le mener jusque là-haut, Pedersen ?
- Ca ira surement. Il faut juste que je me procure une carte.
- Ce serait beaucoup trop compliqué. Laisse-moi te dessiner le trajet.
Le capitaine du port prit une boite d'allumettes de ménage, posa la face de l'impassible et sempiternel visage du vice-amiral Tordenskjold contre la table et trouva un crayon. Il en suça longuement le bout en se remémorant le trajet, puis il se mit à dessiner, méticuleusement, en commençant par une croix dans l'angle en bas à droite, désignant Hirtshals. Puis le trait monta en biais, par la mer de l'Ouest, contourna doucement les Iles Féroé, puis partit en ligne directe vers l'Islande. De là, le capitaine détermina le cap exact, non seulement pour l'Est du Groenland, mais aussi pour le sud.
Il poussa la boite d'allumettes vers Pedersen.
- Voilà en gros ton parcours. Les directions sont approximatives, mais comme tu vas rencontrer la dérive et les courants, on peut de toute façon rien prévoir avec exactitude. Le compas du Valborg est en bon état, alors t'auras pas de problème.
Comme à chaque fois, un grand bonheur.
Petit Pedersen, par exemple, va devenir marin. Incapable de s'habituer à la vie danoise, il achète une coquille de noix pour retourner au Groenland.
Extrait p117, Editions 10/18 :
- Je me réjouis à l'idée de savoir que ce bon vieux Valborg va sillonner les mers groenlandaises. Tu crois vraiment pouvoir le mener jusque là-haut, Pedersen ?
- Ca ira surement. Il faut juste que je me procure une carte.
- Ce serait beaucoup trop compliqué. Laisse-moi te dessiner le trajet.
Le capitaine du port prit une boite d'allumettes de ménage, posa la face de l'impassible et sempiternel visage du vice-amiral Tordenskjold contre la table et trouva un crayon. Il en suça longuement le bout en se remémorant le trajet, puis il se mit à dessiner, méticuleusement, en commençant par une croix dans l'angle en bas à droite, désignant Hirtshals. Puis le trait monta en biais, par la mer de l'Ouest, contourna doucement les Iles Féroé, puis partit en ligne directe vers l'Islande. De là, le capitaine détermina le cap exact, non seulement pour l'Est du Groenland, mais aussi pour le sud.
Il poussa la boite d'allumettes vers Pedersen.
- Voilà en gros ton parcours. Les directions sont approximatives, mais comme tu vas rencontrer la dérive et les courants, on peut de toute façon rien prévoir avec exactitude. Le compas du Valborg est en bon état, alors t'auras pas de problème.
Comme à chaque fois, un grand bonheur.
dimanche 27 novembre 2011
Un moment d'absence
Efficace comme une série américaine, ce Flash Forward (*d'ailleurs, il a donné lieu à une série, depuis que j'ai écrit ce commentaire). D'ailleurs, le livre a donné lieu à une série du même nom. L'idée de départ est séduisante : Robert J Sawyer, comme Dan Brown avant lui, fantasme sur le CERN, ses moyens, son accélérateur de particules unique, le Grand Collisionneur.
Pas de chance, l'expérience en cours a visiblement trop bien marché. Selon toute vraisemblance, elle a envoyé dans le coltard toute l'humanité durant quelques minutes. Durant ces mêmes minutes, chaque être humain a eu une vision de son avenir, par ses propres yeux, mais vingt ans après : le phénomène sera baptisé par les médias le Flashforward.
Notre futur est-il gravé à l'avance dans le marbre ? Quel impact un aperçu même fugace de son avenir peut-il avoir sur un individu ? "Et si je n'ai rien vu, c'est mauvais signe ?"
Extrait p161, éditions Milady :
- Vous avez sans doute entendu ce scientifique du CERN qui a affirmé que les visions montraient le seul et unique futur réel ?
- Oui, dit la voix de l'interprète. Mais c'est absurde, de toute évidence. On peut aisément démontrer que le futur est malléable. Dans ma propre vision, je me trouvais dans mon appartement. Et sur mon bureau, comme maintenant, il y avait ceci.
Dans le studio, une table était placée devant lui. Il tendit la main et prit un presse-papiers. La caméra zooma sur l'objet, un bloc de malachite surmonté d'un petit tricératops doré.
- Bon, ç'a peut-être l'air un peu tape-à-l'oeil, dit Alexander, mais en fait j'aime bien cet objet. C'est un souvenir d'une visite au Dinosaur National Monument qui m'avait beaucoup intéressé. Mais je l'aime moins que la rationnalité.
Il passa une main sous la table et la ramena avec un carré de toile à sac qu'il déploya devant lui. Il plaça le bibelot en son centre. Ensuite, il exhiba un marteau et il entreprit de pulvériser son souvenir. La malachite se fendit et s'émietta, tandis que le petit dinosaure s'aplatissait sous les coups.
Alexander cessa son acte de vandalisme et sourit triomphalement à la caméra.
- Ce presse-papiers figurait dans ma vision. Or, il n'existe plus. En conséquence, quoi que la vision ait pu montrer, ce n'est en aucune manière un aperçu d'un futur immuable.
[...]
Lloyd réfléchit encore quelques minutes, puis décrocha le téléphone, contacta les renseignements et après un nouvel appel parla à une femme qui travaillait dans la boutique cadeaux de Dinosaur Monument.
- Allô, dit-il, je recherche un objet particulier... un presse-papiers en malachite.
- De la malachite ?
- C'est une pierre verte, vous savez, ornementale.
- Oh oui, bien sûr. Celles que nous proposons sont décorées d'un petit dinosaure sur le dessus. Nous avons un modèle avec un tyrannosaure, un autre avec un stégosaure et un avec un tricératops.
- Combien pour le tricératops ?
- Quatorze dollars et quatre-vingt dix cents.
- Vous faites de la vente par correspondance ?
- Aucun problème.
- J'aimerais en acheter un et l'expédier...
Un roman intelligent, bien construit, au rythme parfois un peu lent, au style d'une platitude déchirante, qui laisse le souvenir de bons moments plutôt que d'un bel ensemble, du fait de chapitres d'un niveau inégal (le délire mystique sur la vie éternelle de l'un des derniers chapitres est au minimum une faute de goût).
PS : Je ne veux même pas savoir combien d'épisodes (ou de saisons...) les scénaristes d'Hollywood réussiront à tirer de cette histoire.
Pas de chance, l'expérience en cours a visiblement trop bien marché. Selon toute vraisemblance, elle a envoyé dans le coltard toute l'humanité durant quelques minutes. Durant ces mêmes minutes, chaque être humain a eu une vision de son avenir, par ses propres yeux, mais vingt ans après : le phénomène sera baptisé par les médias le Flashforward.
Notre futur est-il gravé à l'avance dans le marbre ? Quel impact un aperçu même fugace de son avenir peut-il avoir sur un individu ? "Et si je n'ai rien vu, c'est mauvais signe ?"
Extrait p161, éditions Milady :
- Vous avez sans doute entendu ce scientifique du CERN qui a affirmé que les visions montraient le seul et unique futur réel ?
- Oui, dit la voix de l'interprète. Mais c'est absurde, de toute évidence. On peut aisément démontrer que le futur est malléable. Dans ma propre vision, je me trouvais dans mon appartement. Et sur mon bureau, comme maintenant, il y avait ceci.
Dans le studio, une table était placée devant lui. Il tendit la main et prit un presse-papiers. La caméra zooma sur l'objet, un bloc de malachite surmonté d'un petit tricératops doré.
- Bon, ç'a peut-être l'air un peu tape-à-l'oeil, dit Alexander, mais en fait j'aime bien cet objet. C'est un souvenir d'une visite au Dinosaur National Monument qui m'avait beaucoup intéressé. Mais je l'aime moins que la rationnalité.
Il passa une main sous la table et la ramena avec un carré de toile à sac qu'il déploya devant lui. Il plaça le bibelot en son centre. Ensuite, il exhiba un marteau et il entreprit de pulvériser son souvenir. La malachite se fendit et s'émietta, tandis que le petit dinosaure s'aplatissait sous les coups.
Alexander cessa son acte de vandalisme et sourit triomphalement à la caméra.
- Ce presse-papiers figurait dans ma vision. Or, il n'existe plus. En conséquence, quoi que la vision ait pu montrer, ce n'est en aucune manière un aperçu d'un futur immuable.
[...]
Lloyd réfléchit encore quelques minutes, puis décrocha le téléphone, contacta les renseignements et après un nouvel appel parla à une femme qui travaillait dans la boutique cadeaux de Dinosaur Monument.
- Allô, dit-il, je recherche un objet particulier... un presse-papiers en malachite.
- De la malachite ?
- C'est une pierre verte, vous savez, ornementale.
- Oh oui, bien sûr. Celles que nous proposons sont décorées d'un petit dinosaure sur le dessus. Nous avons un modèle avec un tyrannosaure, un autre avec un stégosaure et un avec un tricératops.
- Combien pour le tricératops ?
- Quatorze dollars et quatre-vingt dix cents.
- Vous faites de la vente par correspondance ?
- Aucun problème.
- J'aimerais en acheter un et l'expédier...
Un roman intelligent, bien construit, au rythme parfois un peu lent, au style d'une platitude déchirante, qui laisse le souvenir de bons moments plutôt que d'un bel ensemble, du fait de chapitres d'un niveau inégal (le délire mystique sur la vie éternelle de l'un des derniers chapitres est au minimum une faute de goût).
PS : Je ne veux même pas savoir combien d'épisodes (ou de saisons...) les scénaristes d'Hollywood réussiront à tirer de cette histoire.
dimanche 25 septembre 2011
Seeker
Attention, livre brillant. De la SF élégante et intelligente. Seeker, de Jack McDevitt, prix Nebula 2006, est un roman digne de nombreux éloges. Le style est sobre, efficace, non dénué d'humour, et ne va pas sans rappeler les classiques (Stephen King cite McDevitt comme héritier naturel d'Arthur C. Clarke).
Le bémol, j'y pense en citant C. Clarke, c'est un tout relatif manque de rythme et d'action, dans la première partie du livre.
Alex et Chase sont des chasseurs de trésors. Ils recherchent des antiquités et les vendent aux enchères, activité hautement lucrative lorsque le chasseur a du nez. Et comme l'action se déroule dans neuf mille ans, c'est à bord de vaisseaux spatiaux que se font les recherches. Il est un mythe, celui de Margolia, après lequel les héros vont se mettre en chasse suite à la découverte d'une coupe. Margolia, planète dont personne extérieure à la colonie n'a jamais connu l'emplacement, où se seraient établis il y a plusieurs millénaires quelques milliers de colons fuyant un régime tyrannique sur Terre. Un Graal archéologique. Evidemment, si cette colonie existait toujours, elle aurait dû rentrer en contact avec la fédération terrienne...
Extrait p133, Editions Télémaque :
Le lendemain, c'était relâche, mais comme je n'étais pas prête à mettre Margolia de côté, aussitôt après un petit-déjeuner très matinal, je m'installai à mon aise pour regarder Sanctuary, un thriller vieux de trente ans à propos de la colonie perdue. Il racontait une aventure de Sky Jordan. […] Dans cette aventure-ci, son vaisseau s'approchait trop d'une machine extra-terrestre qui drainait toute l'énergie alentour, et c'était une ravissante Margolienne, Solenna, qui volait à son secours. […]
Mais voilà que notre Margolia était menacée par les Bayloks, une horde d'aliens malfaisants. C'étaient eux qui étaient à l'origine du drainage de puissance. Ils crevaient l'écran avec leurs trognes reptiliennes, leurs tentacules grouillants et leurs petits yeux qu'animait une lueur rouge diabolique dès que les lumières baissaient. A quel avantage cela pouvait-il bien correspondre, dans leur évolution… Mystère. En attendant, ils étaient laids à faire peur, comme tout monstre de SFX qui se respecte.
Plusieurs clins d'œil dans le roman à des scénarios simplistes, que l'auteur s'amuse à résumer pour le plaisir de montrer à son lecteur que le chemin qu'il lui fait emprunter est autrement plus fin.
Un livre que je recommande chaudement.
vendredi 16 septembre 2011
L'affaire des Poisons
Ce sont de biens méchants garçons que ce neveu et ses deux amis. Une fois par mois, ils viennent extorquer la pension de cette vieille tante, veuve de colonel, qui vit seule avec son chat dans un modeste chalet en forêt. Ils abusent de son sauna, dégradent son jardin et sa maison. La menacent et la maltraitent.
La Douce Empoisonneuse, d'Arto Paasilinna, décrit une Finlande où, comme dans bien d'autres contrées, la police est toujours là sauf quand on a besoin d'elle. Un pays toujours hanté par ses choix politiques durant la Seconde Guerre Mondiale. Un pays où une vielle femme souhaitant survivre ne peut s'en remettre qu'à elle-même. Et qui par la force des choses va devenir, un peu malgré elle, une empoisonneuse.
Extrait p 89 (Editions Folio) :
Impatiente d'expérimenter le résultat de son travail, la colonelle se mit en quête d'un cobaye. Elle n'osait pas en avaler elle-même une seule goutte, le risque semblait inutilement grand. A ce stade de la fabrication du poison, elle ne tenait pas à l'essayer sur un être humain. Elle eut une idée : elle injecta dans du pain de mie, avec une aiguille, une solution à dix pour cent de son produit ; puis elle enveloppa le pain dans du plastique, le glissa dans son sac à main et partit nourrir les pigeons du parc Sibelius.
Linnea Ravaska avait toujours été opposée aux vaines et douloureuses expériences animales. Quand les colombes du parc, confiantes, vinrent voleter autour d'elle, sa conscience protesta. Elle la fit taire en se persuadant qu'il ne s'agissait pas d'un acte de torture et que, de toute façon, l'essai était indispensable pour le développement de son poison. Elle émietta le pain et le jeta dans l'allée où une demi-douzaine de pigeons affamés attendaient l'aumône.
Un récit narré avec une réelle légèreté et un humour tout finlandais. Cet Arsenic et Vieilles Dentelles finnois se lit avec une facilité rare.
Libellés :
* Comédie dramatique,
Paasilinna (Arto)
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