Quel conteur. Quel plaisir toujours renouvelé que d'ouvrir un ouvrage de Neil Gaiman. Des Choses Fragiles est un recueil de nouvelles. Beaucoup primées. Toutes différentes. Des idées simples et si lumineuses que l'on se demande systématiquement : quelle belle idée, pourquoi n'y ai-je jamais pensé ?
Une Etude en Vert, nouvelle mêlant les univers de Sherlock Holmes et de Lovecraft est tout simplement jouissive. La Présidence d'Octobre, où les mois de l'année se retrouvent autour du feu pour se raconter des histoires, est également un grand moment. La Vérité sur le Cas du Départ de Mademoiselle Finch, où le narrateur découvre un étrange cirque en représentation sous Londres, je l'ai relu à haute voix pour la savourer.
Il y a aussi des mini-nouvelles, comme d'Etranges Petites Filles : une douzaine de portraits de moins d'une page. Un exercice dans lequel l'auteur excelle.
Extrait de cette nouvelle : Pluie de sang (page 235, J'ai Lu)
"Voici : un exercice de choix. Votre choix. L'un des récits suivants est vrai.
Elle a survécu à la guerre. En 1959, elle s'est exilée en Amérique. Cette toute petite Française aux cheveux blancs, avec une fille et une petite-fille, habite désormais un appartement à Miami. Elle ne fréquente personne et ne sourit que rarement, comme si le poids des souvenirs l'empêchait de trouver la joie.
Ou bien c'est un mensonge. En fait, la Gestapo l'a ramassée alors qu'elle franchissait une frontière en 1943, et l'a laissée dans un champ. D'abord, elle a creusé sa propre tombe, puis on lui a tiré une balle dans la nuque.
Sa dernière pensée, avant ladite balle, a été qu'elle était enceinte de quatre mois et que si nous ne nous battons pas pour créer un futur, il n'en existera aucun pour personne.
Il est à Miami une vieille femme qui s'éveille, désorientée, d'un rêve où le vent soufflait sur les fleurs sauvages dans un pré.
Il est sous la terre chaude française des os inaltérés qui rêvent du mariage d'un enfant - une fille. On y boit du bon vin. Les seules larmes qu'on y verse sont des larmes de joie."
Avec Gaiman, le but est dans le chemin. Les conclusions m'ont rarement autant plu que le fil des histoires. Je souhaiterais plutôt qu'elles ne s'arrêtent pas. Un peu comme lorsque l'on finit le Seigneur des Anneaux et que l'on se voit obligé de vite le recommencer pour ne pas quitter Frodon et Sam.
mardi 22 mars 2011
vendredi 4 mars 2011
Trou de mémoire
Exceptionnel narrateur, que Lois McMaster Bujold. Memory fait suite à la Danse du Miroir, dans le cadre de la Saga Vorkosigan. C'est loin d'en être le meilleur opus. Toutefois, à la différence d'un Robert Jordan, triste tireur à la ligne dont le nombre d'idées originales par roman dépasse rarement les doigts de la main (j'ai le droit de le penser, quatre romans gobés permettent un début d'approche statistique), Bujold n'écrit jamais deux fois la même histoire. Toujours, elle emmène son lecteur sur un sentier nouveau, non seulement pour son œuvre, mais aussi fréquemment dans l'absolu. Qu'il est bon de se dire que voilà une intrigue qui surprend, qu'on ne relit pas pour la nième fois.
Le héros est comme McMaster Bujold les aime : torturé moralement et affaibli physiquement. Une détermination hors du commun fait le reste. Miles, qui vient d'être exclu de la Sécurité Impériale pour faits de trahison, va être amené à se remettre au service de l'Empereur pour enquêter sur le sort de son ancien chef.
Extrait Page 83 (Editions J'ai Lu)
"Illyan n'oubliait jamais rien. Pour la bonne raison qu'il ne le pouvait pas. A une époque reculée, quand il était lui-même un lieutenant de la SecImp, l'Empereur Ezar l'avait envoyé sur la lointaine Illyrica afin de se faire implanter une biochip mémorielle dans le cerveau. Le vieil Ezar avait eu envie d'avoir un magnétophone vivant qui ne répondrait qu'à lui. La technique, alors, en était encore au stade expérimental en raison des quatre-vingt-dix pour cent de cas de schizophrénie iatrogène observés chez les porteurs de la biochip en question. Ezar, sans le moindre scrupule, avait choisi de courir le risque. Du moins avait-il envoyé le jeune officier le courir à sa place. [...]
Miles se demanda quel effet ça faisait d'avoir trente-cinq ans de souvenirs entassés dans la mémoire, aussi frais et vivants que si les événements s'étaient déroulés la veille. Le passé ne serait jamais adouci par la bienheureuse brume de l'oubli. C'était ça, la damnation éternelle ? Pouvoir revivre jusqu'à la folie la moindre erreur commise, en Technicolor et son stéréo ? Rien d'étonnant à ce que les cobayes soient devenus barjots."
Comme on l'imagine, la puce va se détraquer. Et Miles, bien que discrédité, reprendre du service.
Une lecture plaisir qui m'a donné envie de me replonger dans l'excellente Saga Vorkosigan, et ses quatre prix Hugo.
NB : L'auteur a pour point commun avec Agatha Christie, outre le fait d'apprécier particulièrement les intrigues policières, d'avoir un faible avoué pour l'eau de rose. Mais comme moi aussi...
Le héros est comme McMaster Bujold les aime : torturé moralement et affaibli physiquement. Une détermination hors du commun fait le reste. Miles, qui vient d'être exclu de la Sécurité Impériale pour faits de trahison, va être amené à se remettre au service de l'Empereur pour enquêter sur le sort de son ancien chef.
Extrait Page 83 (Editions J'ai Lu)
"Illyan n'oubliait jamais rien. Pour la bonne raison qu'il ne le pouvait pas. A une époque reculée, quand il était lui-même un lieutenant de la SecImp, l'Empereur Ezar l'avait envoyé sur la lointaine Illyrica afin de se faire implanter une biochip mémorielle dans le cerveau. Le vieil Ezar avait eu envie d'avoir un magnétophone vivant qui ne répondrait qu'à lui. La technique, alors, en était encore au stade expérimental en raison des quatre-vingt-dix pour cent de cas de schizophrénie iatrogène observés chez les porteurs de la biochip en question. Ezar, sans le moindre scrupule, avait choisi de courir le risque. Du moins avait-il envoyé le jeune officier le courir à sa place. [...]
Miles se demanda quel effet ça faisait d'avoir trente-cinq ans de souvenirs entassés dans la mémoire, aussi frais et vivants que si les événements s'étaient déroulés la veille. Le passé ne serait jamais adouci par la bienheureuse brume de l'oubli. C'était ça, la damnation éternelle ? Pouvoir revivre jusqu'à la folie la moindre erreur commise, en Technicolor et son stéréo ? Rien d'étonnant à ce que les cobayes soient devenus barjots."
Comme on l'imagine, la puce va se détraquer. Et Miles, bien que discrédité, reprendre du service.
Une lecture plaisir qui m'a donné envie de me replonger dans l'excellente Saga Vorkosigan, et ses quatre prix Hugo.
NB : L'auteur a pour point commun avec Agatha Christie, outre le fait d'apprécier particulièrement les intrigues policières, d'avoir un faible avoué pour l'eau de rose. Mais comme moi aussi...
Libellés :
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mardi 1 mars 2011
Du coq à l'âne
Michel Pastureau a la rigueur des grands historiens. Les Animaux Célèbres traitent d'une quarantaine de cas d'animaux, chronologiquement, qui ont marqué l'Histoire. C'est incisif, limpide, passionnant. Pastureau fournit des clefs de compréhension de l'histoire à la lumière du rapport de l'homme à l'animal depuis la plus lointaine antiquité jusqu'à nos jours.
Extrait page 245 aux éditions Arlea :
"Au printemps 1804, Napoléon Bonaparte n'est encore que Premier consul. Mais il songe déjà à instituer un nouveau régime impérial et à doter celui-ci d'emblèmes et de symboles nouveaux. Pour ce faire, il prend conseil. Parmi les différents animaux que lui propose son entourage (éléphant, lion, aigle, coq), les abeilles ont la faveur particulière du premier consul parce que, suivant l'heureuse formule de Cambacérès, "elles sont l'image d'une république qui a un chef", c'est à dire "l'image de la France-même". En outre, dans l'entourage du futur empereur, on met en avant une idée antique - chère à Virgile et aux pères de l'Eglise - qui voit dans la société des abeilles un modèle pour celle des hommes.
Mais le choix des abeilles napoléoniennes a également une autre signification. Il permet de rattacher par-delà les siècles le nouveau régime à une dynastie royale qui avait autrefois gouverné la France : les Mérovingiens. De même que l'aigle, parmi ses multiples significations, associe la mémoire de Charlemagne et de l'empire carolingien au nouveau régime, de même les abeilles, en puisant plus en amont encore, rappellent le souvenir de Clovis et de sa lignée."
J'ose dire que la quasi intégralité de l'ouvrage est du niveau de cet extrait. Que de connaissances et d'idées, exprimées avec la simplicité et la structure de ceux qui maitrisent réellement et pleinement leur sujet. Pour citer Boileau : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Ce livre en est une parfaite illustration.
Ce mobre en est une parfaite illustration.Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément
Source : Citation - Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire - Dicocitations - citationCe qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément
Extrait page 245 aux éditions Arlea :
"Au printemps 1804, Napoléon Bonaparte n'est encore que Premier consul. Mais il songe déjà à instituer un nouveau régime impérial et à doter celui-ci d'emblèmes et de symboles nouveaux. Pour ce faire, il prend conseil. Parmi les différents animaux que lui propose son entourage (éléphant, lion, aigle, coq), les abeilles ont la faveur particulière du premier consul parce que, suivant l'heureuse formule de Cambacérès, "elles sont l'image d'une république qui a un chef", c'est à dire "l'image de la France-même". En outre, dans l'entourage du futur empereur, on met en avant une idée antique - chère à Virgile et aux pères de l'Eglise - qui voit dans la société des abeilles un modèle pour celle des hommes.
Mais le choix des abeilles napoléoniennes a également une autre signification. Il permet de rattacher par-delà les siècles le nouveau régime à une dynastie royale qui avait autrefois gouverné la France : les Mérovingiens. De même que l'aigle, parmi ses multiples significations, associe la mémoire de Charlemagne et de l'empire carolingien au nouveau régime, de même les abeilles, en puisant plus en amont encore, rappellent le souvenir de Clovis et de sa lignée."
J'ose dire que la quasi intégralité de l'ouvrage est du niveau de cet extrait. Que de connaissances et d'idées, exprimées avec la simplicité et la structure de ceux qui maitrisent réellement et pleinement leur sujet. Pour citer Boileau : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Ce livre en est une parfaite illustration.
Ce mobre en est une parfaite illustration.Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire arrivent aisément
Source : Citation - Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement - Et les mots pour le dire - Dicocitations - citation
Réalité virtuelle, ennui réel
Amer constat, l'un des romans les plus brillants que j'aie lu ces derniers mois a distillé chez moi un ennui profond. La Cité des Permutants, de Greg Egan, traite de réalité virtuelle, sujet qui pourtant m'intéresse fortement. Et s'il était possible de reproduire jusqu'au niveau moléculaire un être humain virtuellement, cet avatar n'aurait-il pas la sensation d'être vivant ? Quels seraient ses droits et quels seraient les droits que son initiateur aurait sur lui ?
Les sujets de réflexion sont nombreux : s'il est possible de voir sa conscience dédoublée dans le corps d'un avatar virtuel, n'échappe-t-on pas ainsi à la mort ?
Et si un monde virtuel et ses habitants pouvaient s'affranchir de la tutelle de notre monde réel ?
Extrait page 141 :
"Fraichement ressuscité, il s'était constamment inquiété de savoir quels aspects de son passé il devrait imiter pour conserver la raison et lesquels il devrait éliminer pour être honnête avec lui-même. Une fenêtre avec vue sur la ville semblait suffisamment innocente - mais c'était grotesque de traverser à pied ou à bicyclette un décor de foules artificielles, et, les rares fois où il avait tenté l'expérience, il l'avait trouvée intensément déprimante. Cela ressemblait trop à la vie et trop au rêve qu'il chérissait : revenir un jour parmi les vivants. Il ne doutait point qu'il se serait à la longue vacciné contre l'illusion, mais ce n'était pas ce qu'il voulait. Lorsque finalement il habiterait un robot de téléprésence aussi réaliste que son propre corps perdu - lorsque finalement il voyagerait à nouveau dans un vrai train et descendrait à nouveau une vraie rue -, il ne voulait pas que la joie de ces expériences soit émoussée par des années de simulation parfaite."
Le problème est que durant les trois quarts du livre, les brillantes idées de l'auteur sont décrites de façon quasi-cliniques, amenant à les survoler avec un certain intérêt intellectuel, mais sans le moindre engagement. Tout cela manque d'âme, âme paradoxalement remise en avant quand l'action finalement se déroule dans la fameuse cité virtuelle indépendante. Peut-être l'effet fut-il souhaité par Egan ? En attendant, la lecture en est rendue peu attachante, si ce n'est parfois fastidieuse.
Un grand livre, que je ne conseillerai donc que dans le cas d'un intérêt prononcé pour les mondes virtuels, et encore.
Les sujets de réflexion sont nombreux : s'il est possible de voir sa conscience dédoublée dans le corps d'un avatar virtuel, n'échappe-t-on pas ainsi à la mort ?
Et si un monde virtuel et ses habitants pouvaient s'affranchir de la tutelle de notre monde réel ?
Extrait page 141 :
"Fraichement ressuscité, il s'était constamment inquiété de savoir quels aspects de son passé il devrait imiter pour conserver la raison et lesquels il devrait éliminer pour être honnête avec lui-même. Une fenêtre avec vue sur la ville semblait suffisamment innocente - mais c'était grotesque de traverser à pied ou à bicyclette un décor de foules artificielles, et, les rares fois où il avait tenté l'expérience, il l'avait trouvée intensément déprimante. Cela ressemblait trop à la vie et trop au rêve qu'il chérissait : revenir un jour parmi les vivants. Il ne doutait point qu'il se serait à la longue vacciné contre l'illusion, mais ce n'était pas ce qu'il voulait. Lorsque finalement il habiterait un robot de téléprésence aussi réaliste que son propre corps perdu - lorsque finalement il voyagerait à nouveau dans un vrai train et descendrait à nouveau une vraie rue -, il ne voulait pas que la joie de ces expériences soit émoussée par des années de simulation parfaite."
Le problème est que durant les trois quarts du livre, les brillantes idées de l'auteur sont décrites de façon quasi-cliniques, amenant à les survoler avec un certain intérêt intellectuel, mais sans le moindre engagement. Tout cela manque d'âme, âme paradoxalement remise en avant quand l'action finalement se déroule dans la fameuse cité virtuelle indépendante. Peut-être l'effet fut-il souhaité par Egan ? En attendant, la lecture en est rendue peu attachante, si ce n'est parfois fastidieuse.
Un grand livre, que je ne conseillerai donc que dans le cas d'un intérêt prononcé pour les mondes virtuels, et encore.
dimanche 23 janvier 2011
Fragile réalité
S'il est un cas en littérature où l'expression "âge d'or" n'est pas galvaudée, c'est bien la SF américaine des années 40 et 50. Philip K Dick, maître en narration de nouvelles, décline dans Paycheck les différents degrés de la folie et décrit avec art comment cette dernière est tapie juste derrière notre porte, prête à déchirer le voile léger de la réalité quotidienne à laquelle nous nous cramponnons si fort.
Extrait de "Breakfast at Twilight" (p163, Folio) :
"Papa ?" Earl sortit en coup de vent de la salle de bain. "Tu nous conduis à l'école aujourd'hui ?"
Tim McLean se resservit du café. "Pour une fois les enfants, vous irez à pied. La voiture est en réparation."
Judy fit la moue. "Mais il pleut !
- Non, rectifia sa soeur Virginia en écartant le store. Il y a beaucoup de brouillard, mais il ne pleut pas.
- Voyons !" Mary McLean s'essuya les mains et délaissa son évier. "Quel drôle de temps. C'est du brouillard, ça ? On dirait plutôt de la fumée. On n'y voit rien du tout. Que dit la météo ?
- Je n'ai rien pu capter à la radio, dit Earl. Juste des parasites."
Tim eut un mouvement de colère. "Cette saleté s'est encore détraquée ? Je venais pourtant de la faire réparer." Encore tout ensommeillé, il alla manipuler distraitement les boutons de l'appareil.
Les trois enfants allaient et venaient en toute hâte en se préparant pour l'école.
"Curieux, reprit Tim.
-J'y vais" Earl ouvrit la porte d'entrée.
"Attends tes soeurs, lui ordonna Mary d'un air absent.
- Je suis prête dit Virginia. Je suis bien ?
- Très bien, répondit Mary en l'embrassant.
- J'appellerai le réparateur depuis le bureau", dit Tim.
Il s'interrompit. Earl se tenait à la porte de la cuisine, pâle, silencieux, les yeux écarquillés de terreur.
"Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je... je suis revenu.
- Pourquoi ? Tu es malade ?
- Je ne peux pas aller à l'école."
Ils le dévisagèrent. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"
Tim le prit par le bras. "Pourquoi tu ne peux pas aller à l'école ?
- Ils... ils ne me laissent pas.
- Qui ?
- Les soldats." Tout à coup, les mots se bousculèrent. "Il y en a partout et ils viennent par ici.
Le nom du volume, Paycheck, est celui d'une nouvelle qui a été adaptée au cinéma par John Woo avec Ben Affleck et Uma Thurman. Je n'ai pas vu le film, mais la nouvelle est pétillante d'idées.
Inventivité, paranoïa et parfum de 50's, il n'y a que de bonnes raisons d'ouvrir ce recueil de nouvelles, avec le même plaisir qu'était celui de regarder des épisodes de la 5e Dimension.
17/20
Extrait de "Breakfast at Twilight" (p163, Folio) :
"Papa ?" Earl sortit en coup de vent de la salle de bain. "Tu nous conduis à l'école aujourd'hui ?"
Tim McLean se resservit du café. "Pour une fois les enfants, vous irez à pied. La voiture est en réparation."
Judy fit la moue. "Mais il pleut !
- Non, rectifia sa soeur Virginia en écartant le store. Il y a beaucoup de brouillard, mais il ne pleut pas.
- Voyons !" Mary McLean s'essuya les mains et délaissa son évier. "Quel drôle de temps. C'est du brouillard, ça ? On dirait plutôt de la fumée. On n'y voit rien du tout. Que dit la météo ?
- Je n'ai rien pu capter à la radio, dit Earl. Juste des parasites."
Tim eut un mouvement de colère. "Cette saleté s'est encore détraquée ? Je venais pourtant de la faire réparer." Encore tout ensommeillé, il alla manipuler distraitement les boutons de l'appareil.
Les trois enfants allaient et venaient en toute hâte en se préparant pour l'école.
"Curieux, reprit Tim.
-J'y vais" Earl ouvrit la porte d'entrée.
"Attends tes soeurs, lui ordonna Mary d'un air absent.
- Je suis prête dit Virginia. Je suis bien ?
- Très bien, répondit Mary en l'embrassant.
- J'appellerai le réparateur depuis le bureau", dit Tim.
Il s'interrompit. Earl se tenait à la porte de la cuisine, pâle, silencieux, les yeux écarquillés de terreur.
"Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je... je suis revenu.
- Pourquoi ? Tu es malade ?
- Je ne peux pas aller à l'école."
Ils le dévisagèrent. "Qu'est-ce qui ne va pas ?"
Tim le prit par le bras. "Pourquoi tu ne peux pas aller à l'école ?
- Ils... ils ne me laissent pas.
- Qui ?
- Les soldats." Tout à coup, les mots se bousculèrent. "Il y en a partout et ils viennent par ici.
Le nom du volume, Paycheck, est celui d'une nouvelle qui a été adaptée au cinéma par John Woo avec Ben Affleck et Uma Thurman. Je n'ai pas vu le film, mais la nouvelle est pétillante d'idées.
Inventivité, paranoïa et parfum de 50's, il n'y a que de bonnes raisons d'ouvrir ce recueil de nouvelles, avec le même plaisir qu'était celui de regarder des épisodes de la 5e Dimension.
17/20
vendredi 21 janvier 2011
Soap Opera
This is the end.
My only friend, the end
Of our elaborate plans, the end
Of everything that stands, the end
No safety or surprise, the end
Oui, la fin, car cela suffit. Le Cor de Valere et La Bannière du Dragon, respectivement tomes 3 et 4 du cycle la Roue du Temps de Robert Jordan, sont, pour moi, la fin du cycle (jusqu'à ce que j'y retombe, dans un moment de faiblesse). Je ne lirai pas les 21 tomes.
L'auteur n'est pas dénué de talent, ni d'idées, mais il tire à la ligne de façon totalement outrancière. De temps, en temps, il se passe quelque chose. Ces scènes "actives" sont d'ailleurs, paradoxalement, souvent traitées trop vite, pour retomber tristement dans l'état contemplatif . Combien de fois... combien de fois ai-je relu pendant ces quatre tomes un des héros se lamenter sur le thème "oh, pourquoi ne sommes-nous pas restés chez nous ? Pourquoi les Aes Sedai sont-elles venues s'immiscer dans nos vies. Elles nous le paieront." Si je dis quarante fois, je suis certain d'être en dessous de la réalité, et non, je ne me livrerai pas à un décompte systématique.
De surcroit, l'histoire est complexifiée à l'excès, au détriment d'une trame plus pure. Ainsi, dire qu'il existe sur le continent des portes ouvrant sur des chemins passant par un monde parallèle, dangereux mais permettant de gagner du temps de trajet, soit. Mais qu'il existe un autre type de portes, ouvrant sur d'autres mondes parallèles, et dont les héros se servent à peu près pour la même chose, c'est trop.
Pour conclure, ces deux tomes se lisent bien, facilement, mais leur manque d'éclat, de rythme, font qu'une fois le livre posé, on n'a pas particulièrement envie de le rouvrir.
13/20
mardi 14 décembre 2010
Sombres ennemis
L'Oeil du Monde, tome 2 du cycle de Robert Jordan La Roue du Temps, a marqué à mes yeux le véritable décollage du cycle. Après un tome 1 que j'avais trouvé quelque peu plagié, du moins peu personnel, Jordan confère sa patte propre à son histoire. Une bonne dose de paranoïa, liée à l'omniprésence des agents des Ténèbres dans la population tient efficacement en haleine. Pas uniquement dans la population d'ailleurs :
Extrait, page 35 :
"Au même moment, une bande de corbeaux surgit des arbres au-dessous d'eux, une cinquantaine, non une centaine d'oiseaux noirs montants en spirale dans le ciel. Il se figea dans sa pose accroupie tandis que la bande tournoyait au-dessus des arbres. Les yeux du Ténébreux. M'ont-ils aperçu ? Des gouttes de sueur ruisselèrent sur sa figure.
Comme si une pensée avait soudain jailli dans cette centaine de petits cerveaux, chaque corbeau vira brusquement dans la même direction. Le sud. La bande disparut au-delà de la colline suivante, descendant déjà. A l'est un autre bosquet vomit d'autres corbeaux. La masse noire tourna en cercle par deux fois et partit cap au sud."
Les visites nocturnes du Ténébreux, qui hante les rêves des héros, sont angoissantes : classique phobie du rêve dont on n'arrive pas à se réveiller, et où l'on se retrouve mystérieusement vulnérable.
En revanche, la scène finale de confrontation est assez mal amenée, et étonnamment peu claire. Peut-être est-ce volontaire de la part de l'auteur, qui ainsi conserve une part de mystère à exploiter. Il n'empêche que le résultat est peu satisfaisant.
Quant aux protagonistes, Jordan ne les rend pas très sympathiques. D'aucun dirait qu'il les rend complexes. Je trouve surtout qu'on s'y attache peu, ce qui est dommage vu qu'on les voit beaucoup. Et longtemps.
Car Jordan prend son temps. Il tire à la ligne pourrait-on même dire.
Pourtant, étonnamment, la lecture est rapide et éminemment digeste.
14/20 à cette petite littérature bien agréable.
PS : La couverture n'est en rien liée au roman. Je me suis toujours demandé selon quels critères les éditeurs de Fantasy les sélectionnaient.
Extrait, page 35 :
"Au même moment, une bande de corbeaux surgit des arbres au-dessous d'eux, une cinquantaine, non une centaine d'oiseaux noirs montants en spirale dans le ciel. Il se figea dans sa pose accroupie tandis que la bande tournoyait au-dessus des arbres. Les yeux du Ténébreux. M'ont-ils aperçu ? Des gouttes de sueur ruisselèrent sur sa figure.
Comme si une pensée avait soudain jailli dans cette centaine de petits cerveaux, chaque corbeau vira brusquement dans la même direction. Le sud. La bande disparut au-delà de la colline suivante, descendant déjà. A l'est un autre bosquet vomit d'autres corbeaux. La masse noire tourna en cercle par deux fois et partit cap au sud."
Les visites nocturnes du Ténébreux, qui hante les rêves des héros, sont angoissantes : classique phobie du rêve dont on n'arrive pas à se réveiller, et où l'on se retrouve mystérieusement vulnérable.
En revanche, la scène finale de confrontation est assez mal amenée, et étonnamment peu claire. Peut-être est-ce volontaire de la part de l'auteur, qui ainsi conserve une part de mystère à exploiter. Il n'empêche que le résultat est peu satisfaisant.
Quant aux protagonistes, Jordan ne les rend pas très sympathiques. D'aucun dirait qu'il les rend complexes. Je trouve surtout qu'on s'y attache peu, ce qui est dommage vu qu'on les voit beaucoup. Et longtemps.
Car Jordan prend son temps. Il tire à la ligne pourrait-on même dire.
Pourtant, étonnamment, la lecture est rapide et éminemment digeste.
14/20 à cette petite littérature bien agréable.
PS : La couverture n'est en rien liée au roman. Je me suis toujours demandé selon quels critères les éditeurs de Fantasy les sélectionnaient.
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