Henry Wilt est assistant professeur de culture générale dans un lycée technique londonien. Ses élèves ne sont pas persuadés de son utilité. Sa femme non plus, persuadée qu'elle aurait mérité un bien plus glorieux destin. Il faut dire que cela fait dix ans que Wilt, effacé et peu revendicatif, stagne au bas de l'échelle universitaire. Son passe-temps : aller promener le chien, jusqu'au pub, et en chemin imaginer quelque méthode inventive de liquider sa moitié.
Wilt 1, de Tom Sharpe, écrit dans les années 70, a un peu vieilli sur certains de ses thèmes, tels que les thèses MLF. Le roman reste toutefois drôle et délicieusement grinçant dans son ensemble, et particulièrement le face à face entre Wilt et la police. Ses classes d'apprentis ont fait du petit professeur un vrai dur.
Extrait p 29 (Editions 10/18, Domaine Etranger) :
"Si les rats étaient le paradygme du Dr Pringsheim, Presse 3 était celui de Henry Wilt. Dans un genre différent, bien sûr. Ses élèves représentaient tout ce qu'il y avait de plus difficile, insensible et bouché parmi les classes d'apprentis, et pour tout arranger, les brutes se croyaient instruites sous prétexte qu'elles savaient lire et pouvaient dire que Voltaire était un sacré imbécile d'avoir mis Candide dans un pastis pareil. Venant après les infirmières d'Infirmerie, et pendant son interclasse normal, les membres de Presse 3 avaient sur lui le plus déplorable effet. Ils avaient déjà produit le même déplorable effet sur Cecil Williams, leur professeur en titre.
- Ca fait deux semaines qu'il est malade, dirent les imprimeurs.
- Je ne suis guère surpris, dit Wilt. Vous êtes capables d'expédier à l'hôpital les mieux portants d'entre nous.
- Y a un mec, il est venu et il s'est gazé après. Pinkerton, il s'appelait. Il a fait un semestre avec nous sur un bouquin. Jude l'Obscur. Oh la crise !... Ca causait que de ce minable, Jude.
- Très juste, dit Wilt.
- Le semestre dernier, il est pas revenu, le vieux Pinky. L'est descendu à la rivière, l'a bouché le tuyau d'échappement, et l'est mort asphyxié, quoi.
- Je ne peux pas vraiment lui en vouloir, dit Wilt."
Une bien plaisante, et même fréquemment hilarante, lecture.
mercredi 1 juin 2011
Ressources humaines
Cadres Noirs, de Pierre Lemaître, narre la descente aux enfers d'un cadre qui sort du circuit, et de petits boulots en humiliation, finit par toucher le fond. Il va être le premier surpris par ce qu'il va y trouver : un homme violent et surprenamment plein de ressources. Tant pis pour la multinationale qui a voulu se moquer de lui.
Raconté à la première personne, le roman se décompose en trois parties. La première fut à mon goût longue et pénible. Heureusement, le changement de narrateur à la deuxième partie est un véritable bol d'air pour l'intrigue qui prend alors toute son ampleur. Une trame originale et riche en rebondissements rend ce roman difficilement posable avant de l'avoir terminé. Une bonne histoire, originale et bien menée.
Deux remarques toutefois. La première concerne un ressort important de l'intrigue : Non, l'informatique, ce n'est pas magique, il faut arrêter de faire gober au lecteur n'importe quoi, même si c'est pour le bien du scénario. La seconde se rapporte au style, très efficace, mais... disons très efficace.
Extrait p 114 (Edition Livre de Poche) :
"Je prends mon élan, je rassemble toutes mes forces encore disponibles et je lui balance mon poing dans la gueule. Il ne s'y attend pas du tout. C'est un cataclysme immédiat. Mon poing fermé lui arrive entre la pommette et la joue, son corps est propulsé en arrière, ses mains, dans un ultime réflexe, tentent désespérément de s'accrocher à la table. Il fait deux mètres en arrière, heurte une autre table, puis deux chaises, son bras, qui cherche un appui, balaye tout sur son passage, sa tête vient heurter la colonne de soutènement, sa gorge expulse un cri rauque, vaguement animal, tous les clients se sont retournés, bruit de verre brisé, de chaise cassée, de table renversée, silence de stupeur. L'espace devant moi est bien dégagé. Je me tiens le poing au creux du ventre tellement il me fait mal. Mais je me lève et je sors dans la stupéfaction générale."
Voilà, voilà. Personnellement, ce qui me fait mal, c'est de lire ça, même si je partage la souffrance du narrateur.
Raconté à la première personne, le roman se décompose en trois parties. La première fut à mon goût longue et pénible. Heureusement, le changement de narrateur à la deuxième partie est un véritable bol d'air pour l'intrigue qui prend alors toute son ampleur. Une trame originale et riche en rebondissements rend ce roman difficilement posable avant de l'avoir terminé. Une bonne histoire, originale et bien menée.
Deux remarques toutefois. La première concerne un ressort important de l'intrigue : Non, l'informatique, ce n'est pas magique, il faut arrêter de faire gober au lecteur n'importe quoi, même si c'est pour le bien du scénario. La seconde se rapporte au style, très efficace, mais... disons très efficace.
Extrait p 114 (Edition Livre de Poche) :
"Je prends mon élan, je rassemble toutes mes forces encore disponibles et je lui balance mon poing dans la gueule. Il ne s'y attend pas du tout. C'est un cataclysme immédiat. Mon poing fermé lui arrive entre la pommette et la joue, son corps est propulsé en arrière, ses mains, dans un ultime réflexe, tentent désespérément de s'accrocher à la table. Il fait deux mètres en arrière, heurte une autre table, puis deux chaises, son bras, qui cherche un appui, balaye tout sur son passage, sa tête vient heurter la colonne de soutènement, sa gorge expulse un cri rauque, vaguement animal, tous les clients se sont retournés, bruit de verre brisé, de chaise cassée, de table renversée, silence de stupeur. L'espace devant moi est bien dégagé. Je me tiens le poing au creux du ventre tellement il me fait mal. Mais je me lève et je sors dans la stupéfaction générale."
Voilà, voilà. Personnellement, ce qui me fait mal, c'est de lire ça, même si je partage la souffrance du narrateur.
Libellés :
* Policier,
* Roman Noir,
Lemaître (Pierre)
mercredi 11 mai 2011
Le Péril Vieux
Le Vieux qui ne Voulait pas Fêter son Anniversaire, de Jonas Jonasson. Mais quel titre ridicule. La couverture du livre est moche, en plus. C'est le petit quelque chose dans la voix du libraire qui vantait le bouquin sur France Info qui m'a poussé à tenter l'aventure.
Et quel bonheur. Inventif. Remarquablement construit. Drôle. Je riais un peu au début du livre, et ouvertement en le finissant.
Allan Karlsson va avoir 100 ans. Et il refuse de fêter son anniversaire en maison de retraite. Pas après une vie comme la sienne. Ancien artificier, témoin et acteur privilégié d'événements historiques majeurs du XXe siècle. Alors il fugue. Et non content de s'enfuir, il vole une mystérieuse valise. C'est là que ses ennuis avec la pègre et la police vont commencer. Rythmé entre scènes contemporaines et flash-back sur la vie d'Allan, les pièces du puzzle de l'existence du vieillard viennent lumineusement s’emboîter.
Extrait p41 (Ed. Presses de la Cité) :
"Il en faisait une affaire personnelle. En effet, Lénine avait osé interdire toute propriété foncière individuelle le jour même où le père d'Allan avait acheté douze mètres carrés de bonne terre russe dans l'intention d'y cultiver des fraises suédoises. "J'ai acheté ce lopin de terre pour quatre roubles seulement, mais on ne m'expropriera pas impunément de mon champ de fraises !" disait le père d'Allan dans la toute dernière lettre qu'il écrivit à sa famille. Il achevait son courrier par ces mots : "Maintenant, c'est la guerre !".
[...]
Quelques semaines plus tard, l'ambassade de Suède à Petrograd envoya un télégramme à Yxhult annonçant la mort du père d'Allan. Il n'entrait vraisemblablement pas dans les attributions du diplomate de donner plus de détails sur ce décès, mais il n'avait pas pu s'en empêcher.
D'après le haut fonctionnaire, le père d'Allan aurait construit une palissade autour d'un terrain de dix ou quinze mètres carrés et proclamé la parcelle "république autonome". Il aurait baptisé son petit lopin de terre "La Vraie Russie", et serait mort dans le tumulte qui avait suivi l'irruption de deux soldats du gouvernement venus démolir sa palissade. Il aurait combattu les soldats avec ses poings dans sa ferveur à défendre les frontières de son territoire, et les soldats auraient été incapable de lui faire entendre raison. Ils n'avaient finalement pas trouvé d'autre solution que de lui tirer une balle entre les deux yeux, afin de pouvoir continuer à travailler tranquillement.
- Tu n'aurais pas pu mourir d'une façon un peu moins bête ? dit la mère d'Allan après lecture du télégramme de l'ambassade."
Je me suis bien amusé.
Et quel bonheur. Inventif. Remarquablement construit. Drôle. Je riais un peu au début du livre, et ouvertement en le finissant.
Allan Karlsson va avoir 100 ans. Et il refuse de fêter son anniversaire en maison de retraite. Pas après une vie comme la sienne. Ancien artificier, témoin et acteur privilégié d'événements historiques majeurs du XXe siècle. Alors il fugue. Et non content de s'enfuir, il vole une mystérieuse valise. C'est là que ses ennuis avec la pègre et la police vont commencer. Rythmé entre scènes contemporaines et flash-back sur la vie d'Allan, les pièces du puzzle de l'existence du vieillard viennent lumineusement s’emboîter.
Extrait p41 (Ed. Presses de la Cité) :
"Il en faisait une affaire personnelle. En effet, Lénine avait osé interdire toute propriété foncière individuelle le jour même où le père d'Allan avait acheté douze mètres carrés de bonne terre russe dans l'intention d'y cultiver des fraises suédoises. "J'ai acheté ce lopin de terre pour quatre roubles seulement, mais on ne m'expropriera pas impunément de mon champ de fraises !" disait le père d'Allan dans la toute dernière lettre qu'il écrivit à sa famille. Il achevait son courrier par ces mots : "Maintenant, c'est la guerre !".
[...]
Quelques semaines plus tard, l'ambassade de Suède à Petrograd envoya un télégramme à Yxhult annonçant la mort du père d'Allan. Il n'entrait vraisemblablement pas dans les attributions du diplomate de donner plus de détails sur ce décès, mais il n'avait pas pu s'en empêcher.
D'après le haut fonctionnaire, le père d'Allan aurait construit une palissade autour d'un terrain de dix ou quinze mètres carrés et proclamé la parcelle "république autonome". Il aurait baptisé son petit lopin de terre "La Vraie Russie", et serait mort dans le tumulte qui avait suivi l'irruption de deux soldats du gouvernement venus démolir sa palissade. Il aurait combattu les soldats avec ses poings dans sa ferveur à défendre les frontières de son territoire, et les soldats auraient été incapable de lui faire entendre raison. Ils n'avaient finalement pas trouvé d'autre solution que de lui tirer une balle entre les deux yeux, afin de pouvoir continuer à travailler tranquillement.
- Tu n'aurais pas pu mourir d'une façon un peu moins bête ? dit la mère d'Allan après lecture du télégramme de l'ambassade."
Je me suis bien amusé.
Ta da ta doum, ta da ta doum
C'est ma faute. Je plaide coupable. Je m'en réjouissais depuis trop longtemps, je me le gardais en réserve, telle une belle bouteille pour laquelle on attend une occasion. Et donc je ne peux m'empêcher d'être un peu déçu par La Maldonne des Sleepings, de Tonino Benacquista.
Honnête polar dont le héros est un couchettiste de la SNCF, habitué des trains de nuit entre la France et l'Italie. Désabusé trop tôt par son métier, il a développé une fâcheuse tendance à envoyer promener tout le monde. Sa maîtresse italienne l'amuse modérément, et il n'a plus la force pour sa régulière parisienne. Le débarquement dans son train-train d'un fugitif maladivement somnolent poursuivi par une bande de méchants kidnappeurs va lui procurer un choc salutaire, réveillant sa fibre altruiste.
Extrait p16 (Edition Folio Policier) :
"Il suffit de prononcer le mot magique de "Wagons-lits" et ça démarre tout seul, on a lu un Agatha Christie, toujours le même, on a vu un ou deux films de la Belle Epoque, on évoque le vague souvenir d'un oncle "qui a bien connu...". Mais là je suis obligé de calmer les enchantements divers, quitte à décevoir. Je ne suis qu'un simple couchettiste, j'entends velours rouge et je réponds moleskine, on me parle de piano-bar et je dis Grill-Express, on cite Budapest et je remplace par Laroche-Migennes, à super-luxe je tarife 72 francs la couchette. Les "Single" et les "T2" (deux voyageurs maximum, très prisé pour les lunes de miel) ne concernent que les premières classes. Moi je m'occupe des pauvres, les familles de six avec des gosses qui chialent la nuit, les immigrés qui font un tour au pays, les jeunes billet-Bige et sac à dos. Et je n'échangerais ça pour rien au monde."
Sympathique polar, dont l'intrigue ne décollera jamais vraiment à la hauteur espérée, il n'en demeure pas moins un fort agréable moment lecture, entretenu par le talent de conteur de Benacquista.
Honnête polar dont le héros est un couchettiste de la SNCF, habitué des trains de nuit entre la France et l'Italie. Désabusé trop tôt par son métier, il a développé une fâcheuse tendance à envoyer promener tout le monde. Sa maîtresse italienne l'amuse modérément, et il n'a plus la force pour sa régulière parisienne. Le débarquement dans son train-train d'un fugitif maladivement somnolent poursuivi par une bande de méchants kidnappeurs va lui procurer un choc salutaire, réveillant sa fibre altruiste.
Extrait p16 (Edition Folio Policier) :
"Il suffit de prononcer le mot magique de "Wagons-lits" et ça démarre tout seul, on a lu un Agatha Christie, toujours le même, on a vu un ou deux films de la Belle Epoque, on évoque le vague souvenir d'un oncle "qui a bien connu...". Mais là je suis obligé de calmer les enchantements divers, quitte à décevoir. Je ne suis qu'un simple couchettiste, j'entends velours rouge et je réponds moleskine, on me parle de piano-bar et je dis Grill-Express, on cite Budapest et je remplace par Laroche-Migennes, à super-luxe je tarife 72 francs la couchette. Les "Single" et les "T2" (deux voyageurs maximum, très prisé pour les lunes de miel) ne concernent que les premières classes. Moi je m'occupe des pauvres, les familles de six avec des gosses qui chialent la nuit, les immigrés qui font un tour au pays, les jeunes billet-Bige et sac à dos. Et je n'échangerais ça pour rien au monde."
Sympathique polar, dont l'intrigue ne décollera jamais vraiment à la hauteur espérée, il n'en demeure pas moins un fort agréable moment lecture, entretenu par le talent de conteur de Benacquista.
dimanche 17 avril 2011
Assassin
Dans le roman Gagner la Guerre, Jean-Philippe Jaworski replonge son lecteur dans le monde qu'il avait dépeint dans son recueil Janua Vera. Ce long récit (près d'un millier de pages, tout de même) est raconté à la première personne par Benvenuto. Benvenuto est un salaud. Un assassin au service d'un podestat de la république de Ciudalia. L'auteur et son narrateur nous présentent les complexes intrigues de jeu de pouvoir au sein de la cité juste victorieuse face à son ennemi ressinien.
J'adore la plume de Jaworski. Il joue de divers registres de langues, du plus châtié au plus argotique avec une joie manifeste. Ses personnages sont hauts en couleur, les raisonnements fins et les descriptions lumineuses.
Mais... Mais Benvenuto n'attire absolument pas la sympathie. Et suivre aussi longtemps un gaillard si détestable n'est au bout d'un moment pas agréable. Alors oui, Jaworski joue de la surprise, nous faisant croire régulièrement à la rédemption de son narrateur, qui au bout du compte ne saisira aucune opportunité dans ce sens. Oui, la vision totalement désabusée de la politique et des motivations des politiciens est finement amenée. Toutefois, le pessimisme absolu de l'auteur dans son récit aurait gagné à être, selon moi, contrebalancé par une note d'espoir. Il n'en laisse aucune. Et je trouve cela dommage.
Extrait page 694 (Editions Folio) d'un échange entre Benvenuto et son compagnon elfe :
"Ah ça y est ! Ca me revient ! s'écria-t-il. J'ai bien un message à te donner ! J'ai rencontré un homme qui voulait te parler.
- Hein ? Et c'est seulement maintenant que tu me l'annonces ?
- Ca m'est sorti de l'esprit...
- Et c'est qui, ce type ? Tu le connais ?
- Je ne l'ai jamais vu jusqu'alors.
- Et il t'a donné son nom ?
- Heu... Il ne me l'a pas dit... Il affirmait être de ton bord... Il te donnait rendez-vous au Dernier Carré ; tu le trouveras à tous les coups, à ce qu'il m'a assuré.
- Et c'était un métèque ?
- Un métèque ? ... Qu'entends-tu par ce terme ?
- Un type un peu nègre. Un basané, quoi !
- Un individu bronzé ? Qui aurait un peu ton épiderme ?"
Je ravalai le chapelet d'injures qui se bousculaient sur mes lèvres.
"Un type bien plus bronzé que moi., grondai-je, foncé comme un bon marron."
Annoeth haussa les épaules, et me répondit avec un sourire vaguement fat :
"Je n'en ai aucune idée. A nos yeux, tous les Humains paraissent nés dans la même portée."
En dépit de ce bémol personnel, l'ensemble reste une bien belle lecture.
J'adore la plume de Jaworski. Il joue de divers registres de langues, du plus châtié au plus argotique avec une joie manifeste. Ses personnages sont hauts en couleur, les raisonnements fins et les descriptions lumineuses.
Mais... Mais Benvenuto n'attire absolument pas la sympathie. Et suivre aussi longtemps un gaillard si détestable n'est au bout d'un moment pas agréable. Alors oui, Jaworski joue de la surprise, nous faisant croire régulièrement à la rédemption de son narrateur, qui au bout du compte ne saisira aucune opportunité dans ce sens. Oui, la vision totalement désabusée de la politique et des motivations des politiciens est finement amenée. Toutefois, le pessimisme absolu de l'auteur dans son récit aurait gagné à être, selon moi, contrebalancé par une note d'espoir. Il n'en laisse aucune. Et je trouve cela dommage.
Extrait page 694 (Editions Folio) d'un échange entre Benvenuto et son compagnon elfe :
"Ah ça y est ! Ca me revient ! s'écria-t-il. J'ai bien un message à te donner ! J'ai rencontré un homme qui voulait te parler.
- Hein ? Et c'est seulement maintenant que tu me l'annonces ?
- Ca m'est sorti de l'esprit...
- Et c'est qui, ce type ? Tu le connais ?
- Je ne l'ai jamais vu jusqu'alors.
- Et il t'a donné son nom ?
- Heu... Il ne me l'a pas dit... Il affirmait être de ton bord... Il te donnait rendez-vous au Dernier Carré ; tu le trouveras à tous les coups, à ce qu'il m'a assuré.
- Et c'était un métèque ?
- Un métèque ? ... Qu'entends-tu par ce terme ?
- Un type un peu nègre. Un basané, quoi !
- Un individu bronzé ? Qui aurait un peu ton épiderme ?"
Je ravalai le chapelet d'injures qui se bousculaient sur mes lèvres.
"Un type bien plus bronzé que moi., grondai-je, foncé comme un bon marron."
Annoeth haussa les épaules, et me répondit avec un sourire vaguement fat :
"Je n'en ai aucune idée. A nos yeux, tous les Humains paraissent nés dans la même portée."
En dépit de ce bémol personnel, l'ensemble reste une bien belle lecture.
Libellés :
* Fantasy,
Jaworski (Jean-Philippe)
mercredi 13 avril 2011
La quadrature du cercle
« L’Homme aux Cercles Bleus » est un des premiers (le premier ?) romans policiers de Fred Vargas. On assiste à l’arrivée à Paris du commissaire Adamsberg, prenant ses fonctions dans le commissariat qui sera le cadre de ses futures enquêtes. Il est déjà brumeux, le commissaire, pelleteux de nuages. Il dénoue avec brio les affaires, mais à l’intuition, au ressenti. La méchanceté, Adamsberg, il la voit suinter. Les preuves, c’est l’affaire de la troupe, pour étayer la conviction. Le contrepoint que joue son adjoint Danglard, le rationnel, le terre-à-terre, est salutaire.
Alors que depuis plusieurs semaines, des objets ordinaires sont retrouvés dans Paris entourés d'un cercle bleu, ce qui ne semble à la plupart des observateurs qu'une lubie innocente, inquiète profondément le commissaire Adamsberg. Ce dernier se met à collectionner les articles de journaux à ce sujet et à rechercher une logique, géographique ou autre, à ce curieux phénomène. Jusqu'au jour où ce n'est plus un objet, qui est découvert au centre d'un cercle, mais un cadavre.
L’ensemble est bien écrit, tranquille et sinueux comme la démarche d’Adamsberg. Je regrette simplement d’avoir deviné la plupart des ressorts de l’intrigue très en amont. Fred Vargas avait posé dans ce roman « de jeunesse » la plupart des bases de ses futures intrigues. Une fois qu’on a compris comment elle fonctionne, le suspense devient relatif. Si c’est votre premier Vargas, vous l’apprécierez d’autant plus.
Mon coup de cœur : j’adore les flics de Vargas. Ils sont si humains et touchants. Adamsberg tire d’eux le meilleur. C’est un peu un commissariat rêvé que dépeint l’auteur dans ses romans. Il tient plus du village des Schtroumphs (le flic dormeur, le flic gourmand, le flic à lunettes, la schtroumphette…) que d’une reconstitution réaliste. Mais c’est ce qui en fait le charme.
Et si vous aimez les Experts... il n'y a aucun rapport.
mardi 22 mars 2011
Les tréfonds de l'âme humaine
Trois courts romans sur l'âme humaine, qui n'ont rien à voir entre eux.
Anna Gavalda, dans ce court roman qu'est l'Échappée Belle, nous emmène a la rencontre de quatre frères et soeurs. La vie les a éloignés, lentement, mais leur amour est toujours aussi fort. Ils vont s'accorder, le temps d'un weekend, le temps de se retrouver. Ces deux jours, ils vont les voler au quotidien, aux convenances et aux obligations sociales. Une bouffée d'air frais, en musique. La délicatesse de l'instant, la fragilité du bonheur, le bien-être ressenti à partager quelques instants de plus avec ceux qu'on aime.
Toutes les émotions sont suggérées, ressenties. Un roman caresse. Odeur de rose.
Tonino Benaquista, avec La Boite Noire, nous fait suivre l'itinéraire d'un jeune homme qui a été victime d'un grave accident de la route. Dans le coma, il a parlé. Beaucoup et longtemps. Sa boite noire s'est ouverte. Une infirmière présente a tout noté. A sa sortie de la clinique, elle lui offre la clef de son subconscient. Ainsi équipé, le narrateur va porter un regard neuf sur son passé.
Une belle et optimiste histoire sur la découverte de soi, portée par tout le talent de Benacquista. Un roman pétillant. Odeur citronnée.
Pour info, nouvelle adaptée au cinéma dans un film de Richard Berry, avec José Garcia, que je n'ai pas vu.
John Fante, avec Mon Chien Stupide, amène son lecteur dans la tête d'un narrateur également torturé. Toutefois, ce dernier se pose peu de questions sur lui-même. Scénariste de moyenne envergure et sans confiance en lui, il porte un regard sans aménité sur sa femme et ses quatre enfants. Propriétaire d'une villa en bord de mer sur la cote californienne, le pauvre chou s'estime le plus malheureux du monde et ne rêve que de tout plaquer pour s'enfuir en Italie, ce dont il n'a jamais le courage. La seule satisfaction du bonhomme, c'est l'énorme chien qui vient un jour squatter son jardin et dont les pulsions sexuelles débridées terrorisent ou agressent le voisinage et une partie de ses proches.
L'âme humaine peut aussi être mesquine et petite. Odeur de poubelle.
NB : Je sais, c'est supposé être un roman drôle et satirique. Est-ce ma faute, si je n'ai pas ri ?
Anna Gavalda, dans ce court roman qu'est l'Échappée Belle, nous emmène a la rencontre de quatre frères et soeurs. La vie les a éloignés, lentement, mais leur amour est toujours aussi fort. Ils vont s'accorder, le temps d'un weekend, le temps de se retrouver. Ces deux jours, ils vont les voler au quotidien, aux convenances et aux obligations sociales. Une bouffée d'air frais, en musique. La délicatesse de l'instant, la fragilité du bonheur, le bien-être ressenti à partager quelques instants de plus avec ceux qu'on aime.
Toutes les émotions sont suggérées, ressenties. Un roman caresse. Odeur de rose.
Tonino Benaquista, avec La Boite Noire, nous fait suivre l'itinéraire d'un jeune homme qui a été victime d'un grave accident de la route. Dans le coma, il a parlé. Beaucoup et longtemps. Sa boite noire s'est ouverte. Une infirmière présente a tout noté. A sa sortie de la clinique, elle lui offre la clef de son subconscient. Ainsi équipé, le narrateur va porter un regard neuf sur son passé.
Une belle et optimiste histoire sur la découverte de soi, portée par tout le talent de Benacquista. Un roman pétillant. Odeur citronnée.
Pour info, nouvelle adaptée au cinéma dans un film de Richard Berry, avec José Garcia, que je n'ai pas vu.
John Fante, avec Mon Chien Stupide, amène son lecteur dans la tête d'un narrateur également torturé. Toutefois, ce dernier se pose peu de questions sur lui-même. Scénariste de moyenne envergure et sans confiance en lui, il porte un regard sans aménité sur sa femme et ses quatre enfants. Propriétaire d'une villa en bord de mer sur la cote californienne, le pauvre chou s'estime le plus malheureux du monde et ne rêve que de tout plaquer pour s'enfuir en Italie, ce dont il n'a jamais le courage. La seule satisfaction du bonhomme, c'est l'énorme chien qui vient un jour squatter son jardin et dont les pulsions sexuelles débridées terrorisent ou agressent le voisinage et une partie de ses proches.
L'âme humaine peut aussi être mesquine et petite. Odeur de poubelle.
NB : Je sais, c'est supposé être un roman drôle et satirique. Est-ce ma faute, si je n'ai pas ri ?
Libellés :
* Psychologique,
Benacquista (Tonino),
Fante (John),
Gavalda (Anna)
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