lundi 2 février 2009

Vampire, vous avez dit Vampire ?


"D" est la nouvelle série lancée par Ayroles (scénariste) et Maïorana (dessinateur). Leur précédente collaboration s'appelait Garulfo. Six tomes de bonheur à placer au panthéon de toute bonne bibliothèque de BD.
Depuis, Ayroles a écrit quelques tomes de Capes et de Crocs (en moyenne un par an). Qui sont également excellents.
"D" est un modèle de construction (utilisation de haute voltige du fameux "suspense de bas de page"), de finesse, d'humour, de frissons... l'ensemble étant superbement illustré avec un luxe de détails qui rendent cette BD non seulement très agréable à lire, mais à relire.
Le thème : une sombre histoire de vampires dans l'Angleterre victorienne. Je n'en dis pas plus afin de ne pas gacher le plaisir de la découverte.

Vous avez compris : je suis fan.
Courez acheter cette merveille, tome 1 d'une trilogie.

Viiiiiiite. Que faites-vous encore là ?

vendredi 23 janvier 2009

Une promesse est une promesse



Promets-moi, d'Harlan Coben, a plusieurs avantages. Le premier est sa disponibilité. Me baladant toujours avec un livre en poche, j'ai tendance à semer derrière moi, du fait de mon pas dynamique et sportif, les bouquins en cours. De temps en temps, retrouver un exemplaire du dit bouquin est problématique. Avec Harlan Coben, le premier relais H du coin fait l'affaire. J'ai mis 10 minutes à racheter mon livre : record battu.
Deuxième avantage : Ca se lit très bien dans le métro, même quand le monsieur à la guitare vient pousser la chansonnette pile poil devant vos pieds. On comprend tout.
Troisième avantage (je les fais dans l'ordre) : Une galerie de personnages pitoresques et relativement sympathiques.
Quatrième avantage : quelques moments inspirés. Peu, à vrai dire, mais c'est mieux que rien. J'ai appris une jolie citation en yiddish : A menst tracht und Gott lacht : l'homme prévoit, Dieu rit. La meilleure citation du bouquin. Dommage, elle n'est pas de l'auteur.

On est devant TF1, en ayant perdu la zapette, et on regarde tranquille le policier du jeudi. C'est pas du Bergman, pas de doute la-dessus. Mais enfin, on ne vit pas que de Bergman. De temps en temps, on regarde un film EuropaCorp (merci monsieur Besson).





Voilou : un petit policier sympathique, et dont je dois me dépécher de parler avant qu'il ne sombre dans les limbes insondables de ma mémoire. Une histoire de disparition de jeunes filles, d'un héros trop cool, de ses copains trop forts, de ses problèmes avec des méchants mafieux, des petits trafiquants et des profs de lycée libidineux. Et comme le héros, il est trop fort, et ben il va tout comprendre.

Je ne mets pas de note, par délicatesse envers les hordes de lecteurs de Coben.

mardi 13 janvier 2009

Un lieu incertain

Un Lieu Incertain, est le titre du dernier Fred Vargas. C'est très léger, très digeste, du Fred Vargas. Un mélange de meurtres horribles et de bons sentiments. L'équipe de poulets du Commissaire Adamsberg est aussi humaine, fragile, attachante que possible. Fred Vargas aime ses flics, et en premier lieu Adamsberg, son pelleteux de nuages, son rêveur, dont les associations d'idées instinctives sont à mille lieux de la rude logique de Sherlock Holmes.
Parce que les Fred Vargas se suivent, et souvent se ressemblent (ce n'est pas une critique, ça s'appelle avoir du style), il est agréable, bien que non indispensable, de commencer par le début. Notamment pour les derniers : il est souhaitable de lire dans l'ordre : Sous les vents de Neptune, puis les Bois Eternels, et enfin un Lieu Incertain.


Si vous voulez vous lancer, j'ai personnellement un faible pour l'Homme à l'Envers (une histoire de loups-garous, brrrrr).
Pars Vite et Reviens Tard, adapté récemment au cinéma, (qui tourne autour de la Peste) est également un bon moment. L'interprétation du Commissaire par José Garcia n'est pas inintéressante. Il est toutefois difficile de transposer au cinéma un personnage qui pense et s'introspecte plus qu'il ne s'exprime.

Un avertissement : une fois qu'on a fini un Fred Vargas, on n'a qu'une seule envie, c'est d'en lire un autre. Attention : primo, ça finit par prendre du temps, et secundo comme les bonbons Haribo, on finit par exagérer et avoir mal au coeur. Alors autant y aller doucement et faire durer le plaisir.

lundi 5 janvier 2009

Et pour quelques démons de plus


J'ai craqué. Le Fléau de Chalion s'était révélé une si agréable surprise, j'ai enchaîné avec Paladin des Ames, de Lois MacMaster Bujold. Même schéma que dans le précédent : Madame Bujold aime surprendre, commencer une histoire de façon très terre à terre, et la terminer sur un mode purement théologique. Une fois de plus, j'ai été surpris : cette délicieuse sensation de ne pas avoir déjà lu vingt fois cette idée, cette trame d'histoire.
Ce livre est le modèle même qu'on commence à lire tranquillement, dans le métro, pour se détendre en attendant la station, et qui à mi-parcours commence à coller aux doigts. Finalement, on le finit à 3 heures du matin, épuisé mais heureux, et certain de se maudire de sa curiosité le lendemain.


Le héros de ce nouvel opus est la reine mère Ista. Une femme démente, personnage secondaire du précédent volume. L'astuce de changer de personnel principal, notamment quand celui-ci est narrateur, afin de donner un nouveau souffle à une saga, s'avère ici efficace.
Comme elle l'avait été dans la Stratégie de l'Ombre, d'Orton Scott Card, qui voulait ainsi renouer avec sa géniale Stratégie Ender (si vous ne devez lire qu'un roman de science fiction, lisez celui-là, enfin, notamment celui-là).

Paladin des Ames a reçu en 2004 les Prix Hugo, Locus et Nebula. Toutefois, depuis récemment, j'ai appris à me méfier...

lundi 15 décembre 2008

Le Fléau de Chalion

Un mois ! Il m'a fallu plus d'un mois pour me remettre à lire suite à ce bouquin nocif. Ah... Jonathan Strange et Mr Norrel, sur le moment, on croit que c'est dur, mais finalement c'est bien pire. Ca vous dégoute de rouvrir un bouquin pour une période considérable. Donc, malgré toute la conviction que je tentais de mettre dans ma précédente critique, avec du recul, ce livre fut surtout une grande souffrance pendant et après-coup.


Heureusement, Lois Macmaster Bujold m'a sauvé. Le Fléau de Chalion. Un style simple et efficace, de belles idées, originales, et un je-ne-sais-quoi de réjouissant en plus. Un petit quelque chose que Robin Hobb ne comprendra jamais, elle, ses apprentis assassins et autres aventuriers des mers, romans qui n'en finissent pas, qui s'engluent volontairement, pour son plaisir financier et celui de son éditeur, de vendre des suites à n'en plus finir.

Ici, l'auteur distille progressivement la toile d'une religion complexe dans un contexte géopolitique qui ne l'est pas moins. C'est très proche de l'Heroic Fantasy, mais avec une patte bien à part. Le héros, Castillar dy Cazaril, est un mélange réussi de forces et de faiblesses. Blessé et amoindri physiquement, il n'en est que plus attachant.
Et les Dieux, qui paraissent purement conceptuels dans un premier temps, se révèlent finalement aussi présents que dans la Grèce Antique.

En résumé, une pure lecture plaisir. Avec une histoire se terminant à la fin du livre (c'est si rare en heroic fantasy).

16/20

mercredi 22 octobre 2008

Magie anglaise

"Jonathan Strange et Mr Norrel", de Suzanna Clarke, dépasse les frontières d'un simple roman. L'auteur retrace subtilement, distille lentement, au gré de notes et d'anecdotes tout au long de l'histoire des deux magiciens, Strange et Norrel, comment la magie anglaise a tenu une place de premier ordre dans l'histoire de nos voisins d'Outre-Manche. Comment également les habitants de toute la partie du pays au dessus du Yorkshire étaient et restent dévoués à leur souverain, le Roi Corbeau, attendant son retour. Ils ne sont sous la férule de l'administration britannique que de façon temporaire, d'après un vieux traité.
Les deux magiciens vont donc porter dans l'Angleterre du XIXe siècle, ennemie acharnée de Napoléon Ier, le renouveau de la magie anglaise et son soutien aux efforts de guerre de la Couronne britannique.
L'ensemble est écrit avec une légèreté et un humour so british, et ne se départit pas d'un doux parfum de scones et de gigot à la menthe.


Le livre, superbement écrit, est à lire, je pense, absolument.
Il a hélas, de par sa forme, un petit coté rebutant, dans la mesure où l'édition de poche (1200 pages écrites en caractères 7, interligne 0,8) n'a de poche que le nom. Mais la souffrance est largement compensée. Quelques faits prouvent que je ne suis pas le seul à en être arrivé au bout : 2 millions d'exemplaires vendus à ce jour, une traduction dans 17 pays, prix Hugo et Locus, roman de l'année 2004 par Time Magazine. A lire, je vous dis.
Toutefois, il faut être juste, il n'a pas plu, mais pas plu du tout à tout le monde : http://www.cafardcosmique.com/Jonathan-Strange-Mr-Norrel-de
Comme le montre cette critique du Cafard Cosmique, qui vous conseille plutot du Joyce, tant qu'à se taper des pavés.

vendredi 3 octobre 2008

Sans parler du chien

Sous ce titre étonnant, Sans Parler du Chien, se cache une petite perle telle que seuls les Britanniques savent en produire. Connie Willis réalise un roman classique de science fiction (voyage dans le temps, paradoxes temporels...) où les emprunts et hommages à "Trois Hommes dans un Bateau" de Jérome K Jérome sont nombreux. Ce dernier livre est d'ailleurs si drôle qu'il mériterait d'être remboursé par la sécurité sociale.


Quoi de plus victorien que ce roman où des nobles oisifs et touchants de naïveté s'adonnent à ce qu'ils savent le mieux faire : perdre leur temps avec une élégance nonchalante.
Petit extrait de Sans Parler du Chien (http://entrepenombreetlumiere.over-blog.com/article-15173876.html): Nos héros sont dans le passé à la recherche d'une potiche disparue :

Je ne terminais pas ma phrase car je venais de la voir. [...] Une des dames de la guilde féminine des autels avait [...] fait de son mieux pour dissimuler sa partie supérieure sous de grosses pivoines tombantes, et en recouvrant de lierre les centaures ainsi qu'un des sphynx. L'éclat du neuf avait par ailleurs tendance à estomper certains détails que mettrait en relief la patine et je la trouvais moins pénible à regarder que cinquante ans plus tard.Mais Verity ne l'avait encore jamais vue.
(Verity) — Doux Jésus ! C'est ça ? C'est positivement hideux.
(Ned) — Ça, nous le savions déjà. Et baissez la voix. [...]
(Verity) — Désolée.... J'ai subi un tel choc. Elle me montra une des décorations, d'un doigt tremblant.
(Verity) — C'est quoi, ça ? Un chameau ?
(Ned) — Une licorne. Les chameaux sont du côté oppposé, avec Joseph vendu comme esclave et emmené en Egypte.
(Verity) — Et ça ? [...]
(Ned) — L'exécution de Marie Stuart. Les victoriens aimaient l'art figuratif.
(Verity) — Et surchargé. Pas étonnant que Lady Schrapnell n'ait pu convaincre un artisan d'en faire une reproduction.
(Ned) — J'avais fourni des esquisses. Je crois que leur refus était fondé sur des considérations d'ordre moral.
Verity l'examinait en inclinant le cou. [...]
(Verity) — Vous n'exagériez pas, en la déclarant indestructible. Ce n'est pas l'effondrement d'un toit qui l'ébrècherait. En outre, ne dit-on pas que ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont ? C'est une loi de la nature. Pas une seule bombe n'est tombée sur la gare St Pancras, pendant le Blitz. Pas plus que sur l'Albert Memorial. Et pour être laid, c'est laid. Je partageais ce point de vue. Tossie approcha, transportée de joie.
(Tossie) — Oh ! Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau !
[...] Tossie l'interrompit pour demander au vicaire :
(Tossie) — Vous le trouvez magnifique, n'est-ce pas ?
(Le vicaire) — Certes. Voila qui démontre quels sommets peut atteindre l'art moderne. [...] (Tossie) — Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau.
(Le vicaire) — Absolument. Il me rappelle l'Albert Memorial.
(Tossie) — J'adore !

Sachez toutefois que ce livre, que j'adule, est détesté par une personne sur deux. Il ne laisse en tout cas pas indifférent. Mais si vous avez un tant soit peu de goût pour la sauce à la menthe et le Chrismas pudding, n'attendez plus un instant.
Je vous parlerai prochainement d'un autre livre fantastique typiquement britannique, et peut-être même du grand Jeeves.